Le témoignage d’un jeune porteur de projet installé à Miami fait le tour du web depuis plusieurs jours. Olivier Erin-Agot dénonce le « vol » de son projet par le Conseil régional de la Martinique et le Comité Martiniquais du Tourisme, mettant en cause deux personnalités de ces institutions : la présidente du CMT Karine Roy Camille et le directeur de cabinet du président de Région Jeff Lafontaine, destinataire du dossier jugé « initial » par le porteur de projet. Ce dernier a choisi une forme de réponse indirecte, pointant du doigt les effets de « la rumeur », les dangers des nouvelles formes de médiatisation qui se dispensent de travail de vérification, signalant enfin qu’aucune plainte n’aurait été déposée contre la collectivité régionale.

La lettre de doléances de Olivier Erin-Agot à Serge Letchimy

|le 2 Décembre 2013

Monsieur Serge Letchimy Député, Président du Conseil Régional de Martinique,
Hôtel de Région, Plateau-Roy Cluny

Monsieur le Président, Le 3 Mai 2010, je vous ai déposé à votre cabinet, en mon nom et à celui de mes deux autres associées Mme Jessy Denise et Mme Jillian-Janis Erin-Agot, un dossier ayant pour ambition de représenter la Martinique sur Miami, dans le cadre d’une manifestation de grande envergure: la « French Week ».
À l’époque, Ce dossier était suivi et activement soutenu par le Consul Général de France Monsieur Gaël de Maisonneuve, en fonction à Miami jusqu’à juillet 2013, actuellement en poste à Brasilia.

Suite à ce dépôt, j’ai eu un premier entretien avec Monsieur Pamphile, Conseiller régional, le 1er Juin 2010.
Après discussion il en a avisé Monsieur Crusol, Madame Gallot, conseillers régionaux et Madame Roy-Camille présidente du Comité Martiniquais du Tourisme (CMT) par email le même jour.
J’ai eu un entretien avec Monsieur Crusol, dans la semaine du 19 Juillet 2010. Il a été lui aussi très intéressé par le dossier.
Lors d’un congrès à Madiana, en Juin 2010, j’ai approché Madame Roy-Camille sur ce dossier, sans suite.

En Septembre 2010 j’ai eu quelques échanges téléphoniques et par courriels avec Madame Murielle Wiltord, responsable de l’antenne du CMT de New York qui, intéressée par ce projet, nous prodiguait un soutien effectif et efficace car elle souhaitait son aboutissement.
La première semaine de Janvier 2012 j’ai pu avoir un entretien avec Madame Roy-Camille et son directeur de cabinet. Le projet ne leur a pas paru pertinent et le budget trop élevé.

Cependant ce budget prévisionnel prévoyait un plan de financement pluri partenarial avec certes une participation du Conseil Régional de Martinique, mais aussi de la région Guadeloupe, ainsi que des opérateurs touristiques privés. Néanmoins en prenant congé de la présidente du CMT et de son directeur de cabinet j’ai été interpellé par le fait qu’ils aient formulé le souhait que je leur laisse un dossier alors que le projet ne leur avait pas paru intéressant.

En décembre 2012 j’ai eu un entretien prometteur à Paris, avec Monsieur David Dahomay, responsable jeunesse au Conseil Régional de Guadeloupe, sur ce projet et d’autres. Ce dernier y voyant une opportunité pour les DAF, m’encouragea à poursuivre et me donna les coordonnées de Monsieur La Fontaine, votre directeur de cabinet.

Le 4 Janvier 2013 j’ai eu le plaisir d’échanger quelques mots avec vous en attendant d’être reçu par votre directeur de cabinet.
Monsieur La Fontaine sans aucune promesse a néanmoins trouvé le projet intéressant.

Suite à cette rencontre j’ai eu deux entretiens téléphoniques avec Mr Lacascade, directeur des affaires internationales du conseil régional, qui m’a assuré d’un suivi sur ce projet.
En Avril 2013 à la demande de Monsieur le Consul Général de France à Miami j’ai gracieusement aidé à la mise en place d’une réception donnée par le CMT et sa présidente pour le lancement de la ligne direct Martinique-Miami, par American Airlines.

En juillet 2013 au hasard d’un appel de Madame Murielle Wiltord, j’ai su que le CMT montait un projet similaire au notre, pour la même période, dans le même cadre. N’ayant comme objectif que l’intérêt de la Martinique j’ai spontanément proposé notre aide voulant participer, même bénévolement, au rayonnement de notre pays.
Il n’y a eu aucune suite de la part du CMT. Le 31 Octobre 2013 au cours de la soirée officielle, donnée à la résidence consulaire de France à Miami par Madame Hélène Conway-Mouret, Ministre déléguée aux français de l’étranger, en la présence de Monsieur François Delattre, ambassadeur de France à Washington et de Monsieur Philippe Létrilliart, Consul Général de France à Miami,
nous découvrons avec stupeur que c’est NOTRE projet qui est en quasi-totalité réalisé, par des prestataires embauchés par le CMT.
Je vous signale en outre, qu’une semaine avant la manifestation, j’ai été contacté par Madame Valérie Vulcain du CMT de New York, afin de trouver une hôtesse d’accueil pour cette structure puis par l’adjointe aux affaires culturelles du consulat, Madame Kimberley Gautier avec laquelle nous avions aussi échangé sur notre projet 3 ans plus tôt. Mme Gaultier souhaitait quelques conseils sur le moyen de communiquer sur cet événement et de toucher la population martiniquaise et caribéenne, alors que la semaine martiniquaise incluse à la French Week avait déjà commencé.

Nous avons en notre possession les traces de chaque contact, échange, rendez-vous, lettres et emails qui nous ont permis de constituer le dossier déposé à votre cabinet le 3 Mai 2010, dans sa première mouture, ainsi que le dossier que j’ai laissé à Monsieur La Fontaine en Janvier 2013 et qui sans nul doute possible a été l’élément structurant du projet mis en place par le CMT.

La similitude allant jusqu’au choix des mêmes artistes que nous avions proposés. Je ne puis comprendre comment un projet qui d’emblée a été jugé sans aucun intérêt par Mme Roy Camille ait pu en si peu de temps devenir une initiative phare fortement médiatisée et empreint d’un ostensible faste.

Est-ce la tradition de la collectivité régionale, qui lance des appels à projets auprès de la population, de feindre de rejeter les projets des jeunes martiniquais porteurs d’initiatives pour ensuite se les approprier ?

Je ne vous cache pas notre déception et notre volonté de tout faire afin que nos droits légitimes de créateurs de ce projet soient reconnus et obtenir les réparations qu’une telle spoliation et une telle mauvaise foi, de la part d’élus qui prétendent être au service du peuple, implique. Je tenais préalablement à toute action vous faire connaître cet état de fait.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, mes salutations distinguées.

Consultant politique, Parti Démocrate Miami-Dade County|

La réaction de Jeff Lafontaine, Directeur de cabinet du Président de région

|Rumeur, médias, opinion, manipulation: contribution au débat.

La rumeur semble promise à un bel avenir en Martinique, et plus largement dans les sociétés apparemment les plus avancées et les plus rationnelles. Les nouveaux canaux de communication – médias de masse, Internet – lui donnent aujourd’hui une folle vitesse de propagation. Certains thèmes typiques reviennent régulièrement : complots en tous genres, violences, filiation douteuse, infidélité, indélicatesses politiques.. Et la rumeur est boulimique ; elle s’alimente de tout ce qui passe à côté d’elle.

Et pourquoi nous interpelle-t-elle tous ?

Nous sommes de plus en plus des sociétés d’individus. Chacun à son blog, son site, son Facebook, son compte twitter. Chacun devient producteur d’informations brutes, de rumeurs, de milans, et malheureusement de mensonges ! Chacun devient une sorte de média qui hélas n’a pas cette déontologie ni cette exigence qui font un journaliste.

Et nous ?

Prêts à tout avaler, tout gober, tout croire, un sms et nous voilà tous en file indienne dans les stations d’essence au péril de notre propre vie. Tel blog people annonçant sans vérification, que le corps de la jeune fille disparue au lorrain est retrouvée dans le coffre d’une voiture. Et, même au plus haut niveau de l’état français la rumeur fait des ravages autour des amours du président.
Nous avons aussi notre spécialiste de l’actualité pimentée qui depuis l’océan indien fait courir le bruit que la région martinique volerait des « idées », et pour renforcer l’effet de manche, celles du « Consultant politique, Parti Démocrate Miami-Dade County ». C’est ainsi que se présente l’auteur de la mauvaise blague.
Plainte à t elle été déposée contre le conseil regional?

Deux mille « j’aime », huit cent « partager », c’est en ces termes que s’apprécient cette rumeur. La désinformation fait son chemin. Quand on sait qu’avec les moyens techniques actuels, en un clic de souris on peut multiplier à volonté les « j’aime » ou les « partager ». A qui profite le crime?

La contradiction des organes de presse se résument au fait que si leur vocation est d’informer, d’expliquer, d’éduquer l’opinion; la nécessité de leur rentabilité pour subsister transforme l’information en une marchandise qu’ils adaptent à des lecteurs, auditeurs et téléspectateurs qui ont des exigences de consommateurs.

Il n’y a aucun doute que le travail entamé par le club presse martinique a contribué à une avancée notable du respect de la déontologie et de l’éthique de la profession.
Cependant ,la démultiplication anarchique des sources et des moyens d’information tue l’information, et souvent la dégrade.

Et c’est parce que chacun est désormais producteur d’information, que le rôle du journaliste devient encore plus essentiel et encore plus vital. La démocratie sociale créée par les réseaux numériques, a besoin que le journaliste fasse ce que lui seul est en mesure de faire : donner la bonne indication, vérifier, soupeser, étayer, permettre de comprendre, permettre d’agir en toute lucidité, respecter la vie privée et la dignité de chacun, faire honneur à la vérité …

Cela demande un énorme travail, une énorme exigence, une véritable intelligence, une honnêteté de chaque instant. On peut dire que la vitalité démocratique est avant tout une vitalité du journalisme.

Jeff Lafontaine|