Tribune – Guy Ferdinand - N’ayant pas la télé c’est avec plaisir que je tombe sur le journal de France 2 du samedi 09 Mai 2015. La visite du président est largement décrite et on insiste sur les bains de foule antillais en rappelant l’attachement des insulaires au socialisme.

Bizarrement, le sujet suivant traite d’un rapport de la Cour des Comptes, sorti comme par hasard le même jour, décriant les « avantages de vie chère » des fonctionnaires outre mer. Y est décrite l’injustice par rapport à la métropole et le bien fondé historique qui ne se justifierait plus aujourd’hui y est affirmé. Le petit sourire attristé du présentateur en fin de reportage est éloquent.

Monsieur le présentateur du 20 h, les Antilles ont accueilli tous les présidents de la république avec la même ferveur, qu’ils soient de droite ou de gauche : c’est plus par respect de l’institution que par appartenance politique, mais il n’y a pas d’archives à France 2.
Je ne suis pas fonctionnaire donc peux parler librement de leur rémunération. La mention historique utilisée lors de votre reportage est erronée : les Antilles font partie de la zone export de la France, pour des raisons bien nébuleuses. La prime de vie chère est en fait un dopage de la consommation dans les DOM. 80 % de ce que nous consommons vient de chez vous, M. le présentateur. 80 % de la prime de vie chère servent à alimenter votre balance extérieure du commerce. Chaque fois que vous nous donnez généreusement 100 euros nous vous en renvoyons 80 ; plus vous nous donnez d’argent, plus vos entreprises en gagnent. Nous participons par notre redevance à votre salaire, M. le présentateur. Il est très rare que nous ayons une place dans vos journaux télévisés pour promouvoir notre image au même titre que vous le faites pour vos régions intérieures (cf journal du même jour), il est même dommage que nous ne soyons pas sur vos tableaux quotidiens de météo, mais c’est vrai que dans notre parcelle de France il fait toujours beau…

Soyez honnête, M. le présentateur, quand vous parlez des Antilles : venez y faire un tour pour savoir de quoi vous parlez. Vous induisez en erreurs vos téléspectateurs et vous nous décevez. Sachez, M. le présentateur, que nous sommes habitués à ce traitement et que nous aimerions que cela change. Vous avez la chance de faire de l’information, alors faites-la comme ils se doit, en toute objectivité. Donner des informations justes vous grandira. Donnez-nous la place que nous méritons et évitez de dénigrer gratuitement les départements d’outre mer. Nous aussi, M. le présentateur, sommes Français, peut-être pas à part entière, mais croyons aux valeurs républicaines de liberté,  d’égalité et de fraternité. Nous ne sommes pas rancuniers et continuerons malgré vos propos erronés à participer à votre rémunération. N’hésitez pas, en toute objectivité, à parler de ce courier sur votre antenne : je me tiens à votre disposition pour toute information non contenue dans vos archives…
Bien à vous,
Guy Ferdinand