Lettre ouverte d’une administrée au maire de la ville de FORT DE FRANCE Concernant le projet de 30 logements à l’avenue CONDORCET “la Résidence LE CONDORCET“

Monsieur le Maire,

Je me permets de vous interpeler sur une tragédie qui risque de se produire sans l’effort conjoint de votre position de décisionnaire et la détermination des riverains et surtout occupants de la rue Sainte Lucie.

En effet, c’est avec une grande tristesse que l’ensemble des riverains et moi-même avons découvert ce jeudi 20 septembre 2018, l’affiche nous signifiant que serait bientôt démolie la maison créole ayant hébergé un pan de notre histoire en la personne de André ALIKER, pour y construire juste… 30 logements. Logements qui ne laisseront pas de place au jardin créole, comprenant donc nombre d’espèces végétales, pour la plupart centenaire, en voie de disparition et qui venaient composer l’une des alvéoles, à défaut de poumon complet, de notre quartier.

A l’heure où on parle d’éco-actions et d’éco-citoyenneté, de préservation de l’environnement pour une planète déjà en sursis….j’ai dû mal à comprendre que l’on puisse donner l’autorisation à une entreprise de pouvoir détruire un espace que l’on pourrait valoriser de tellement belles et d’autres façons. En lieu et place de cela, on rajouterait des logements dans un secteur déjà sur urbanisé, risquant l’engorgement qui est déjà dans sa dernière limite.

Cet espace vert, cette maison créole est une partie intégrante de notre culture car elle s’inscrit dans la continuité de notre histoire commune. De ce fait, la préserver reviendrait à préserver notre identité. Identité que nous nous devons de faire connaître et surtout de transmettre à notre descendance. Les écoles environnantes, telles que la maternelle Pointe des Nègres A, l’école primaire Pointe des Nègres B, l’école Eugène REVERT, pour ne citer que les plus proches, pourraient y consacrer concrètement une sortie éducative, année après année.

Les quelques propositions de projets qui me viennent seraient :
• La culture du « jardin partagé » par la création de potagers partagés que les riverains pourraient créer et entretenir sous la supervision de jardiniers qualifiés et rétribués. Cela favoriserait le lien social, à l’heure où l’on tend de plus en plus à l’individualisme –favorisé par des appartements neutres sans âme- en dépit de l’explosion des réseaux sociaux. Car « Cultiver un morceau de terre permet, très simplement, de s’extraire de ses préoccupations quotidiennes pour renouer avec le calme de la nature et le rythme des saisons. C’est aussi le plaisir de manger des produits frais au goût incomparable et souvent l’occasion de partager un moment de détente en famille, d’échanger avec les « anciens » qui seront heureux de transmettre leur savoir ou de faire participer les enfants (…) En mangeant des fruits et légumes de saisons, produits localement par vos soins, vous proposez une alternative à l’agriculture intensive lointaine au bilan carbone désastreux. Cultiver son jardin est aujourd’hui un acte politique, disait Pierre Rabhi…A son modeste niveau le projet participe à la quête d’indépendance et d’autonomie de chacun. Il s’agit aussi d’inciter chacun à ne pas laisser mourir les anciens potagers ou vergers. »

  • La sensibilisation à la préservation de la nature par l’apprentissage sur le terrain de la notion d’écosystème. Par exemple, introduire des animaux de trois où quatre espèces différentes mais pouvant vivre en symbiose, qui pourraient errer sur le terrain et l’entretenir par leurs actions. Là encore des créations d’emploi sont envisageables.
  • La sensibilisation de nos enfants mais aussi de la population entière au besoin omniprésent de pouvoir s’appuyer sur la nature qui peut être autant destructrice que protectrice pour peu que l’on essaye de la comprendre mais surtout la prendre en compte. La végétation que possède ce terrain, offre en l’occurrence la fraicheur de ses ombrages contrairement à la chaleur que génère le béton. La protection de nos voies respiratoires en cas d’indice élevé de pollution contrairement à la poussière qu’emprisonne le béton. Un lieu de vie pour nombre d’espèces sauvages utiles qui savent cohabiter, contrairement à ce que pourrait engendrer un environnement stérile où serait concentrée, sur un espace réduit, une population (30 logements) qui tend encore et toujours à s’étendre, car c’est la nature humaine.
  • Cet espace vert valorisé au sein d’une commune aussi dense, dans un secteur autant urbanisé, deviendrait notre « Central Park ». un exemple de discipline et de volonté pour le « vivre mieux, vivons intelligemment ».
  • La maison créole pourrait être aménagée afin que l’on puisse y voir et découvrir le mode de vie relatif à son époque.

    Nous parlons aujourd’hui d’inscrire certains milieux naturels de la Martinique au patrimoine de l’UNESCO, mais nous ne sommes même pas capable de sauvegarder les lieux qui sont au plus proches de nous et qui peuvent servir de relai à cette biodiversité. « Cet ensemble est caractérisé par son continuum forestier unique dans la Caraïbe, (…). Il fait partie aujourd’hui d’un hotspot (point chaud) mondial de biodiversité, et héberge des espèces faunistiques et floristiques reconnues comme irremplaçables à l’échelle internationale. ».

    Notre ile est certes petite mais riche. La ville ne cesse d’avancer sur la campagne et les espèces qui s’y trouvent, n’ont d’autres choix que de chercher à s’adapter à ces nouvelles contraintes modernes. Pourrions nous au moins leur laisser une chance d’y parvenir ?

    La surprise de la vente des terrains cadastrés BO 356 et BO 357 à un promoteur immobilier expansionniste étant passée, nous souhaiterions vivement que vous réfléchissiez aux conséquences à court comme à long terme de cette action sur celles et ceux qui vous ont fait confiance et osent pouvoir encore le faire.

    En attendant, votre réponse et votre action, je vous prie Monsieur le Maire de bien vouloir recevoir mes sincères salutations.
    Cordialement,

    Ingrid JOACHIM Riveraine et citoyenne du monde