Tribune – Robert Sae | Les dirigeants européens ont été contraints de se démarquer de leur allié, le dictateur turc Recep Tayyip  Erdogan, quand celui-ci  a annoncé  son intention de rétablir la peine de mort qui, disent-ils,  est « contraire aux valeurs  des pays membres de l’Union Européenne ». La peine de mort a, en effet, été abolie – plus ou moins récemment- dans les pays en question.  C’est assurément un énorme progrès qu’y ait été admise l’idée que rien ne peut justifier cette barbarie  permettant que des institutions puissent décider de mettre fin à  la vie d’êtres humains, fussent-ils des criminels, par la décapitation, la pendaison, l’exécution sur une chaise électrique ou par injection létale.

Pour autant, les pays membres de l’Union Européenne s’accommodent très bien d’une autre forme de peine de mort conforme aux « valeurs » de leur système capitaliste et qui frappe massivement  des dizaines de milliers de personnes : salariés, chômeurs, agriculteurs, retraités, etc.     Par charrettes, ces victimes des prédateurs qui règnent dans la jungle de leur économie de marché,  sont inculpées et subissent les verdicts émis par le  tribunal des grands capitalistes et de leurs gouvernements aux ordres. Le procès se déroule selon leurs règles : une kyrielle de procureurs, politiques, journalistes, économistes autorisés, se succèdent  pour présenter leur réquisitoire : « Ces prévenus sont une charge pour la société  et ne font pas assez d’efforts pour le développement économique. De plus ils osent s’opposer au besoin de compétitivité et à la remise en cause des conquêtes sociales ! »  Les accusés ne sont pas autorisés à se défendre.  Et les juges, refusant  toute circonstance atténuante à ceux qui invoquent une quelconque  légitime défense contre les atteintes à leur vie, décident de la sentence, en toute conscience des effets de celle-ci. La peine de mort n’est pas énoncée explicitement mais elle est exécutée sans faille. Comble du cynisme, son application  est laissée aux condamnés eux-mêmes : Au choix, mort par absence d’alimentation ou par manque de soin ou encore plus radicalement par le suicide.

On aura compris que la lutte contre la peine de mort n’en est pas à son terme. Elle le sera, d’une part, quand seront  destitués et jugés ces tribunaux d’exception qui, au nom du système capitaliste, préméditent des mises à mort relevant du génocide et, d’autre part,  quand  la protection de la vie de tous les êtres humains sera inscrite  dans les constitutions et, surtout, dans la réalité.