Tribune – Max Pierre-Fanfan – La Grande Caraïbe, zone de passagé obligé du commerce maritime mondial - L’ambition est affichée…Faire de la « Grande Caraïbe », un passage obligé du commerce maritime international…
Avec l’ouverture du troisième jeu d’écluses du canal de Panama (au premier semestre 2016) et l’ouverture du Grand Canal interocéanique du Nicaragua (à horizon 2020), « la Grande Caraïbe » se retrouvera au coeur d’une révolution maritime qui définira la route et les flux des années à venir.
Des porte-conteneurs de près de 400 mètres de long et de plus de 200.000 tonnes viendront irriguer le Golfe du Mexique et la mer des Caraïbes à la recherche de plateformes de transbordements. Des mastodontes d’une capacité de 18.000 conteneurs venant d’Asie pourront ainsi transporter leurs marchandises vers la façade atlantique de l’Amérique et accoster en Europe par sa fenêtre occidentale.
Les pays de la Caraïbe, en particulier le Martinique et la Guadeloupe, devront être prêts pour relever ce nouveau défi historique.
LE CENTRE D’AFFAIRES DE PANAMA 
Lors de la conférence de presse qui s’est tenue, le jeudi 8 octobre, à la Maison de la Martinique,organisée par le comité de pilotage du prochain Salon Caribéen du Transport et de la Logistique (le 11,12,13 mai 2016 en Martinique); le président du « Caribbean Maritime Institute », le Jamaïcain Fritz Pinnock a insisté sur « le fort potentiel de développement économique pour tous les Etats de la région ».
A propos de développement économique, l’Autorité du Canal de Panama (ACP), entité publique de gestion de ce canal assure que le Panama est devenu un centre d’affaires pour toute la région. Depuis la rétrocession de l’infrastructure par les Etats-Unis au Panama en 1999, ce pays a engrangé 8,5 milliards d’euros de revenus. Un montant non négligeable pour ce pays dont le PIB était de 36,2 milliards d’euros en 2012.
Avec l’élargissement du canal, le Panama va assurément augmenter son trafic maritime, ses recettes et améliorer sa compétivité.
Trois fois plus long que son concurrent (286 km, contre 82 km), le projet du Nicaragua, dont le coût est estimé à 40 milliards de dollars, a l’avantage d’être aussi plus proche des Etats-Unis. Il contient outre la voie d’eau, un aéroport international,et deux zones franches. De quoi doper l’économie de ce pays de 6 millions d’habitants qui est considéré par la Banque mondial comme le plus pauvre de la région après Haïti.
LA FRENESIE CUBAINE
Ces deux pays font partie de « la Grande Caraïbe », cette zone logistique en pleine expansion qui s’étend des Guyanes à la Floride sur plus de 4 millions de km2 d’eau et sur près de 4000 km2 de terre. Cette zone voit naître une multitude de projets d’envergure mondiale; notamment à Cuba. Une certaine frénésie entoure aujourd’hui l’île. Des investisseurs publics et privés y déferlent. Le chinois Huawei négocie un accord avec les autorités cubaines pour développer un premier réseau commercial . Les chaînes d’hôtellerie américaines (Hilton Marriott…) rêvent d’y ouvrir des milliers de chambres. La Havane ne compte que 60.000 lits d’hötel et à peine une poignée de restaurants. Andrew Cuomo, gouverneur de l’Etat de New-York, a débarqué, il y a quelques mois avec une nuée des patrons représentant l’aviation (Jetblue), la pharmacie (Pfizer), la finance (MasterCard), et l’agroalimentaire(yaourts Chobani). Les américains( devront attendre la levée de l’embargo par le Congrès) ne sont pas les seuls à rêver de Cuba. Le président de la République française, François Hollande, s’est rendu sur l’île pour faire contrepoids à Washington et défendre les intérêts de la France.
UNE OPPORTUNITE POUR LA MARTINIQUE ET LA GUADELOUPE
Dans ce contexte quels sont les atouts de la région Martinique et la région Guadeloupe?…Ces deux collectivités françaises sauront-elles capter les opportunités qui se présenteront?…Le Grand port maritime de la Martinique s’est préparé pour cette échéance. Le premier volet de l’extension de la pointe des Grives, sur une surface de 3 ha gagnés sur la mer,a débuté fin mai 2015. Par sa position géographique le Hub Martinique a vocation de drainer une part substantielle du trafic de transbordement  vers l’Europe mais aussi vers la Caraïbe du sud et l’Amérique latine. La Guadeloupe ambitionne de devenir aussi un grand Hub de marchandises. Cela dit, ces deux ports devront travailler en complémentarité. « Par rapport à certains des Etats voisins, nos ports bénéficient d’une sécurité et d’une fiabilité dans toutes les étapes du process. Dans la gestion des flux d’informations, dans le respect des normes », précise René Méril, vice-président du Cluster GAT Caraïbes Logistique et Transports.
Les zones portuaires se sont modernisées et développées. Elles disposent d’infrastructures pour accueillir des activités maritimes, logistiques et industrielles. « Cette révolution maritime est une opportunité pour nos entreprises qui devront se positionner sur des niches et créer de la valeur ajoutée dans, par exemple, les secteurs du tourisme et de l’agroalimentaire », confie la présidente du Cluster GAT Caraïbes Logistique et Transports, Sandra Casanova. Afin de mieux faire connaître les opportunités d’affaires pour nos entreprises, le Cluster organisera le premier salon caribéen de transport et de la logistique le 11,12,13 mai 2016 en Martinique. Créé en décembre 2012 par Sandra Casanova, il a pour objectif de fédérer l’ensemble des acteurs économiques privés et publics qui influent sur l’organisation de la Supply Chain. Il accueille trois collèges: entreprises, organismes de recherche et formation, institutions et partenaires.
Une petite ombre au tableau, le ralentissement économique de la Chine, le trop lent redémarrage de l’économie européenne, les difficiles négociations avec les Etats-Unis pour des accords de libre-échange transpacifique et transatlantique, sans compter le mouvement de relocalisation résultant d’un effort visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Mais, il n’y a pas lieu de s’inquiéter vraiment; la Chine reste incontournable pour des productions en grande quantité. Depuis le début de l’année les chargements de ce pays vers les Etats-Unis sont en forte hausse de 24% sur un an. Autre élément rassurant, 90% du commerce mondial passent par le transport maritime.