Et voilà que la France, cette vieille République qui a érigé l’égalité en passion nationale, a inventé pour y parvenir la fiction du citoyen sans origine, ni « race », ni religion, et afin que nul n’ignore l’a inscrit à l’article premier de sa Loi fondamentale, la Constitution ;

voilà que cette France-là, pas celle qui suscita la délation, rendit la messe obligatoire pour les fonctionnaires civils et militaires, remplaça la police républicaine par une police d’Etat, interdit les partis politiques et mit la magistrature au pas ; non, pas celle-ci ; ni davantage d’ailleurs la France où les magistrats furent traités de « petits pois » et les chiffres de la délinquance grossièrement manipulés ;

non, la France aussi brutalement humiliée par cette comparaison avec un régime autoritaire où sévissait la Stasi, c’est la France dont, justement, les électeurs ont choisi de rétablir l’Etat de droit ;

celle qui, depuis le 6 mai 2012, exerce une égale vigilance au respect de la présomption d’innocence (où aucune parole présidentielle ne désigne « coupable » une personne non encore jugée), au renforcement des droits de la défense, à la réelle liberté des juges et au rétablissement de la dignité de leur fonction.

Celle où règne le Droit, au fondement de la démocratie, ce droit qui protège les innocents et apporte réparation aux victimes, encadre les enquêtes et les audiences et, la justice étant dite sur des actes avérés, assure à la société le même traitement aux délinquants, quel que soit leur rang.

Evacuons peut-être cette tentative inutilement perfide de ramener la diversion par la question de qui savait ou pas. Est-ce un sujet pour l’Exécutif de savoir ou pas ?

Oui, s’il compte intervenir. Oui, s’il a le droit d’intervenir. Oui, tant que le code de procédure pénale autorisait les instructions individuelles. Oui, lorsque savoir à l’avance permettait de diligenter un magistrat complaisant ou docile pour prendre en main ou enterrer, de délocaliser une affaire, de démembrer une procédure, de déplacer un magistrat, récalcitrant ou simplement et plus souvent, juste normalement rigoureux.

Non, lorsque cette information qui ne prévient pas mais rend compte, concerne, non l’intention qui pourrait encore éventuellement être contrariée par une entrave politique, mais la décision judiciaire, déjà prise. Non, depuis que la loi du 25 juillet 2013 interdit formellement les instructions individuelles et protège les magistrats, le cas échéant, contre toute ingérence dans les procédures.

Non, en clair, lorsque le gouvernement s’interdit lui-même d’intervenir, va jusqu’à inscrire cette interdiction dans la loi, proclame à voix claire que les magistrats doivent pouvoir agir librement et en indépendance, sous la seule contrainte du Droit établi par le législateur émanant lui-même du suffrage universel.

Et oui, les procédures sont et doivent être les mêmes, que l’on soit puissant ou misérable.

L’institution judiciaire est un service public particulier, une autorité constitutionnelle, qui repose sur les principes de séparation des pouvoirs, d’égalité devant la loi, du droit à un procès équitable, d’autorité de la chose jugée.

C’est au nom du peuple français que sont prononcées sentences ou relaxes. C’est par leur statut, leur indépendance, leur impartialité, leur neutralité, que les magistrats garantissent au peuple français que nous sommes tous égaux devant la loi.

Depuis vingt mois, ce gouvernement n’a eu de cesse de consolider ces conditions. Une étape reste à franchir : la réforme constitutionnelle du Conseil supérieur de la magistrature. Elle nécessite trois cinquièmes des voix et dépend de la seule opposition parlementaire.

Puissant ou misérable, c’est la grandeur de la démocratie que de faire de l’un et de l’autre un citoyen comme les autres. Dans la norme du droit. Normal.