J’ai eu l’occasion d’écrire ces dernières années que l’un des dangers qui guettait l’humanité était la montée des fanatismes religieux, et des convictions « civilisationnelles » – selon l’expression consacrée par Claude Guéant – et leurs conséquences. Les révolutions populaires du maghreb, pour nécessaires qu’elles aient été, ont montré leurs limites. Des dictateurs ont été chassés, laissant la place à des religieux, rapidement contestés. Pouvait-on croire que des décennies d’oppression et de terreur stoppées dans le sang laisseraient aussi facilement la place à des systèmes politiques porteurs de nouvelles restrictions. Mais ces nouveaux rejets soulignent une chose : les religieux, musulmans dans les pays concernés, étaient les seuls à avoir conservé, ou à s’être dotés d’une organisation capable d’administrer la cité, et surtout de mobiliser les populations. Et cette capacité de mobilisation n’est pas l’apanage du seul Islam. La résistance des tibétains à la Chine, autour de leurs religieux, la violence des « familles françaises » contre le mariage homosexuel, autour de valeurs religieuses, ou plus simplement l’immense ferveur autour d’un Pape au Brésil il y a quelques semaines, illustrent à leur manière cette puissance conservée, ou renaissante de la religion. Une puissance souvent « aveugle », que n’accompagnent que trop rarement libre arbitre, sens critique ou tout simplement bon sens.

L’intervention militaire que préparent les nouveaux croisés occidentaux – France, Grande-Bretagne et Etats-Unis en tête – en Syrie contre l’avis de l’ONU est un véritable risque d’explosion généralisée. Elle intervient après 30 ans de guerre froide entre les Etats-Unis et l’Iran, après 20 ans de pourrissement accéléré des relations culturelles entre occident et moyen-orient, entre chrétienté et islam, après 10 ans de radicalisation de ces tensions, depuis les attentats de New-York. Elle touche un pays clef du moyen-orient, qui assurait, au même titre que l’Egypte, l’équilibre des forces dans la Région face à Israël. De nouveaux déséquilibres naissent de l’affaiblissement de ces pays dont les dirigeants tombent les uns après les autres, en même temps que s’évanouit la fragile stabilité de la région. Des déséquilibres inévitables – dit-on – qui ouvrent néanmoins la voie à de nouvelles frustrations géopolitiques et identitaires, et à l’expression religieuse dans ce qu’elle comporte de plus sectaire : de nouveaux extrémismes, de nouveaux affrontements, de nouvelles folies des hommes.

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