Tribune – CNCP | Quand, à la fin des années 70, les organisations indépendantistes ont commencé à  s’imposer dans le paysage politique martiniquais, une campagne de désinformation massive a été déclenchée par les colonialistes et les réactionnaires locaux sur le thème : « Avec l’indépendance la sécurité Sociale et les retraites disparaitront ! ».  Aujourd’hui, les faits montrent que c’est en restant soumis à la domination coloniale de la France que nous connaitrons assurément la suppression de tous les dispositifs de protection sociale dont bénéficiait la population.

La Martinique n’est pas encore indépendante et pourtant il est évident,  qu’après le sabotage de la Sécurité Sociale (via le déremboursement des soins et des médicaments), qu’après la mise à mal du système d’indemnisation du chômage (via le durcissement des conditions d’accès et la diminution des sommes versées), le régime français à entrepris de mettre définitivement fin au système de retraite qui avait été imposé par de longues et douloureuses luttes syndicales.

Rappelons, au passage, aux anti-indépendantiste que les différents dispositifs de  la Sécurité Sociale ont été étendus dans notre pays, bien après leur instauration en France et ce grâce au combat des communistes qui étaient accusés  à l’époque par les patrons et les assimilationnistes de vouloir priver les travailleurs d’une partie de leur salaire.

Les premiers coups ont été portés en 1993 sous François Mitterand. Depuis, le démantèlement  a été successivement orchestré par Chirac, Sarkozy et Hollande. Aujourd’hui, c’est Macron, fervent représentant des multinationales et de la finance, qui est chargé de la mise à mort définitive  du système de retraite. On constate que les gouvernements  français, qu’ils soient de « gauche » ou de « droite » sont les défenseurs de sauvages  politiques ultralibérales.

Tout ce sabotage qu’ils osent qualifier de « réforme » s’appuie sur une constante : rallongement de la durée du temps de travail et réduction du niveau des pensions !

Derrière la propagande, se cache  une véritable arnaque !

Leurs propagandistes – politiciens, économistes et journalistes – se relaient sur la scène pour justifier les mauvais coups : Leurs maitres n’auraient pour but que « d’équilibrer les caisses et de garantir une retraite aux générations futures ». « Le nombre des actifs diminuant, les cotisations ne suffiraient pas à garantir de pensions au nombre croissant de retraités, disent-ils. »  Et puis,  « Il faut corriger les « inégalités » entre les couches de la population causées par le trop grand nombre de régimes qui permet à certains de percevoir de plus grosses pensions. » Leurs motivations seraient donc la générosité et le désir d’équité ! En vérité, c’est à une véritable arnaque que se livre le régime français. En quoi consiste, en effet,  la prétendue « réforme » ?

  1. Supprimer les « régimes spéciaux »

Sous prétexte d’égalité, il s’agirait de supprimer les avantages acquis de haute lutte par les salariés pour compenser la pénibilité de leur travail. L’entreprise de diabolisation des corporations concernées s’appuie sur la caricature. Par exemple, un cheminot devrait voir sa pension rabotée, au prétexte qu’il ne souffre plus physiquement. Le fait que, dans le temps d’activité, il soit  corvéable à merci et que sa vie de famille en soit lourdement impactée, les nantis s’en moquent royalement ! Une deuxième escroquerie se cache derrière le « régime unique » projeté : Le régime de certaines professions est  équilibré et dispose de réserves financières importantes (Par exemple celui des avocats). Non seulement  le gouvernement veut faire main basse sur ce pactole mais, surtout, il veut pousser les personnes concernées à se tourner vers le secteur privé de la banque-assurance.

Pour démasquer l’arnaque, il suffit de poser une simple question : le régime spécial qui garantit aux grands patrons du CAC 40 des retraites chapeau et des indemnités mirobolantes sera-t-il fondu dans le « régime unique » ? La réponse est bien sur que non !  Savez- vous, par  exemple  que PSA a mis  21 millions d’euros  de côté pour  le départ du PDG, Philippe Varin !

  1. Mettre en place un régime unique par « points »

Avant l’offensive libérale, le montant de la pension était calculé sur les dix meilleures années de carrière. La première attaque a consisté à faire le calcul sur 25 ans (donc à inclure les bas salaires du début de carrière pour  baisser le montant de la pension). Avec le régime par points, les pensions seraient calculées en fonction des sommes cotisées sur l’intégralité de la carrière.

Les cotisations seront calculées à partir d’un taux unique de 28,12 %  qui sera appliqué sur les salaires à partir de janvier 2025. Sur ces 28,12 %, seuls 25,31 % donneront droit à des points. Les 2,81 % restants participeront au financement du système. Arnaque !

Au démarrage de la réforme 10 euros cotisés permettraient d’acquérir 1 point. 1 point acquis serait converti en 0,55 € de retraite. Arnaque encore ! Le plan du gouvernement prévoit que « Le rendement définitif ne pourra être acté qu’en 2024 en fonction des hypothèses économiques qui prévaudront alors ». Autrement dit, on ne peut absolument pas présumer du montant de  pension qu’on percevra. Tout dépendra du climat économique, des aléas de la démographie ou des objectifs budgétaires fixés par le gouvernement !

  1. Fixer un « âge pivot » de 64 ans pour bénéficier d’une retraite à taux plein

Arnaque ! Ce que le gouvernement  présente  comme étant une liberté de choix donnée,  n’a pour but que de repousser l’âge du départ à la retraite, sachant que beaucoup partiront avant et subiront un malus. Voila ce qui est prévu : « Ceux qui le souhaiteront pourront toujours partir à 62 ans, mais avec moins de points accumulés. S’y ajoutera une décote de 5 % par année en dessous de l’âge pivot ! A l’inverse, une majoration de 5 % sera accordée pour chaque année au-delà de l’âge pivot.» On sait que la tendance est au licenciement de masse et qu’il est impossible d’être réembauché au-dessus de la cinquantaine. Rappelons que 6 salariés sur 10 sont hors emplois à l’âge de la retraite et, qu’en moyenne, les seniors sont écartés de l’emploi à 58,5 ans.

On sait aussi que l’espérance de vie en bonne santé en France est inférieure à 64 ans en moyenne.

Parlons alors du véritable problème et de  la véritable solution

Expliquer toutes les mesures scélérates des gouvernements libéraux par des histoires de nombre d’actifs par rapport aux nombres de retraités relève de l’escroquerie intellectuelle. Depuis 1960, la productivité a été multipliée par 5, ce qui signifie qu’un actif de 2010 produisait déjà 5 fois plus de richesses qu’un actif de 1960 et les experts estiment qu’à l’horizon 2030, la productivité aura encore doublé.

 

Cela signifie simplement que le seul véritable problème est le pillage par les vampires capitalistes des richesses créées par les travailleurs et que la seule solution est d’imposer qu’une part plus importante de celles-ci soit affectée au financement des  retraites. Le chantage à la « responsabilité » qui est servi par le gouvernement quant à la nécessité de résorber le « déficit des caisses » ou du « budget de la nation »  est totalement indécent. Ces gens  font des cadeaux fiscaux aux plus riches,  gaspillent des milliards dans l’armement et les interventions militaires,  ne mènent aucune action sérieuse contre la fuite des fortunes dans les paradis fiscaux et ils ont le toupet de donner des  justifications morales au  racket des couches populaires.

La preuve est faite, une fois de plus, que c’est le système capitaliste qui doit être éradiqué !

Pour le CNCP :

Jean ABAUL, Alain LIMERY, Robert SAE