Dans une récente tribune, Serge Letchimy, ex président de Région, battu lors des élections territoriales de décembre 2015, fait une sorte de retour sur le devant de la scène, après des mois d’absence du terrain « politicien ». Il avait poursuivi son travail en qualité de député de la Martinique, mais avait évité les prises de position sur la situation politique de la Martinique. Dans ce texte aux accents lyriques qui dénonce une violence politique qui serait selon lui née en décembre 2015,  l’ancien président de région dénonce  la situation de marasme dans lequel se trouve le territoire, et tente de se refaire une image positive auprès de l’opinion. 

« Jamais la Martinique n’a été aussi près de la rupture. Tout craque dans une spirale infernale de violence politique et d’impuissance collective.

S’il y a une chose qui a parfaitement réussi en Martinique ces derniers temps c’est l’instauration , depuis décembre 2015, d’un climat de terreur devant lequel s’inclinent autorité d’Etat, institutions publiques ,mairies, corps professionnels ,représentants syndicaux qui tous, tout en contestant « en ba feuille » cette situation , légitiment silencieusement la violence inouïe qu’elle génère et qui s’abat impunément sur le peuple martiniquais.

De nombreux exemples pourraient étayer cette réalité : un TCSP mis en agonie; un excédent budgétaire (2015) constaté, depuis 2016 par les juges de la chambre régionale des comptes et ceux de la cour des comptes, mais jamais intégré ; des salariés de la collectivité territoriale de Martinique maltraités, éliminés sauvagement ; une économie à l’arrêt ; des associations solidaires plantées dans la souffrance de leurs salariés souvent licenciés ; un pays stagnant ; un discrédit de la Martinique sur plan national et international consommé et irréversiblement installé ; un cyclotron perdu ; des hôpitaux malades ; des fonds européens en situation de dégagement d’office….

Des cancans politiques – matin-midi et soir – entre alliés ou ex-amis devant des jeunes qui fuient le pays , des personnes âgées matraquées socialement ou abandonnées ;
Une population choquée ; des inégalités qui se creusent ; des violences qui s’instaurent ; des meurtres qui se banalisent dans un pays qui ne cesse de s’effondrer économiquement et moralement.

Mon propos n’est pas seulement de dire à haute voix ce que tout le monde dit tout bas , en coulisses , y compris les partisans d’hier.
Mon objectif n’est pas d’ouvrir une nouvelle polémique politique, on n’en a pas besoin.
Et encore moins de profiter de ce drame politique que nous vivons.
Mon message , au delà de la tristesse que j’éprouve et que nous partageons tous (tes) face à cette lamentable situation , c’est de dire aux Martiniquais de ne pas perdre espoir et de se préparer à des lendemains meilleurs.

Pour y parvenir il faut ,
Tenir debout et croire en l’avenir.
Croire malgré tout en notre pays, la Martinique
Ne pas tomber dans la facilité du populisme dont les bases sont d’ores et déjà réécrites malheureusement avec ceux qui hier contestaient, avec talent , le caractère dangereux de toutes stratégies de soumission sociale qui conduiraient le peuple inéluctablement à l’assujettissement, et la pire des aliénations, celle de nous mêmes par nous mêmes.

Pour y parvenir il faut garder le cap et faire renaître les idées et les valeurs fondatrices de la politique, notamment,

. Le respect de l’autre y compris le pire de nos ennemis.
. Qu’une idée à débattre vaut mieux qu’une violence lâche et gratuite
. Que le dialogue est la mère nourricière de la démocratie
. Qu’une vision humaniste est la base de toute démarche de gouvernance et de progrès dans un pays.
. Qu’investir c’est construire le progrès
. Que la liberté de conscience et politique est inaliénable . Et, qu’aucun agent public ne peut être inféodé à un mouvement politique.
. Un projet politique ne peut se réduire a une « combine politique « de circonstance, cela conduit inéluctablement au larbinisme, à l’opportunisme et en fin de compte au chaos.
. qu’un pays sans projet est un paquebot ivre sans cap
. que face à cette mondialisation féroce qui prévaut , perdre sa notoriété politique est suicidaire. C’est malheureusement notre cas aujourd’ hui au profit de la Guadeloupe et de la Guyane.

Alors mes chers compatriotes,

C’est désormais aux seuls résistants, aux hommes et aux femmes de ce pays, conscients du drame , auxquels il revient la lourde responsabilité de s’opposer sans concession à cette machine à détruire et de projeter un autre avenir avant que cette « interminable passage de boue » ne nous emporte.

Serge Letchimy Martiniquais