Analyse – Gilbert Pago | En 1958, quelques enjeux politiques tant intérieurs (autonomisme, indépendance, construction fédéraliste) que caribéens (émergence politique d’afro-descendants à la direction d’états en pleine décolonisation), se font jour.

Tant le le Parti Communiste Martiniquais (P.C.M), que le Parti Progressiste Martiniquais (P.P.M) de Césaire rejettent la politique de départementalisation et revendiquent leur anticolonialisme. C’est aussi le cas du Groupe de la Gauche Socialiste (futur P.S.U).

Les autres membres des élites politiques et administratives de l’île pour des raisons différentes et contradictoires ont un œil ouvert sur ce qui se passe dans le bassin Caribéen et ses abords continentaux. Ce milieu restreint suit depuis longtemps les travaux de la Commission des Caraïbes. L’Information, deux à trois fois par semaine, suit quelques actualités des îles mais surtout argumente avec permanence sur la construction de la Fédération des Antilles Anglaises, prélude à l’indépendance de cette nouvelle nation avec des dirigeants comme Grantley Adams, Norman Manley et Eric Williams.

Les planteurs martiniquais vont piocher dans les petites îles voisines, la main d’œuvre agricole à très bon marché pour leurs champs de canne à sucre. Les intellectuels anticolonialistes dans leur petite minorité trouvent dans le bouillonnement politique de la Caraïbe anglophone et néerlandaise la preuve que les petits pays peuvent penser à des formes d’émancipation administrative et politique ; tandis que ceux des Antillais les plus attachés au système départemental louent les lois alors promises dès 1946 pour des mesures sociales semblables à celles qui s’appliquent en France.

Les syndicalistes, en particulier la puissante Fédération de la C.G.T. (Confédération Générale des Travailleurs), très liée au P.C, solidement implantée dans l’agriculture (Plantations de cannes à sucre), les usines sucrières, un peu moins dans les distilleries, largement active sur le port de Fort de France, les chantiers de réparations maritimes et le bâtiment, mènent par contre une lutte intense contre la venue de travailleurs « étrangers » et « Anglais ». Bien sûr, ils défendent les conditions de vie des ouvriers agricoles et luttent contre les licenciements consécutifs à la restructuration de l’économie sucrière, ils s’opposent aux bas salaires, à la disparition des zones d’arbres à pain et de parcs à bœufs et moutons sur les espaces agraires des planteurs, à l’expulsion des familles «casées» sur de nombreuses rues cases-nègres que l’on ferme. Le syndicat G.G.T. des ouvriers agricoles réalise de nombreux rassemblements, des assemblées générales, de fortes délégations et un puissant congrès de 4OO délégués sur cette doléance. Par contre les termes d’étrangers et d’Anglais marqués de xénophobie sont contraires à toute ouverture sur la Caraïbe.

Les autres centrales syndicales, telles Force ouvrière, bien implantée chez les cadres d’usine, les administrations municipales et départementales, le commerce, les banques et en partie dans l’agriculture partage cette exigence contre la venue d’«étrangers». La C.F.T.C. troisième force de regroupement salarial mène le même combat.

La revendication est reprise par tous les parlementaires auprès du gouvernement français. Tout à la fois Justice, le Progressiste et l’Information soutiennent cette sommation.

De l’empathie culturelle à la culture politique

Et pourtant ! …Le contexte caribéen joue tout de même son rôle. Dans le domaine culturel, l’engouement pour la musique caribéenne est marqué. Les nouvelles générations d’artistes l’imposent de fait aux groupes musicaux traditionnels au grand dam des défenseurs de la biguine, de la mazurka, de la valse et du boléro.

Les disputes sont nombreuses et la présidente         madame Eda-Pierre, du concours annuel de la chanson créole du carnaval a quelques réticences devant l’engouement pour ces sons nouveaux. Le métissage rapide des traditions lui fait craindre la disparition du fond musical martiniquais.

En fait la nouvelle génération des créateurs est sous le charme des courants musicaux des îles voisines. Elle admire le steel band  et le calypso de Trinidad[1], née des fûts de pétrole abandonnés aux misérables de San Fernando et Port of Spain, elle s’imprègne de la musique lancinante des paysans (guajiros) cubains et aussi du son, elle bat au rythme de la batterie de jazz des pauvres noirs américains du Deep South et de New Orleans, elle trépigne sur les secousses du mérengué et de la pachanga des désœuvrés des bars du vieil ex-Ciudad Trujillo, elle s’assimile aux descendants des négros bombons des campagnes de Borriquen réfugiés en ce moment dans le Viéjo San Juan sous les rythmes du boléro et du Guacanco.

Francisco en 1956 a 24 ans, il réadapte la biguine et la mazurka. Il introduit dans l’orchestration le tambour bèlè qu’il réhabilite. Il lance la biguine-lélé et de nouvelles sonorités pour le vidé mais surtout il popularise largement la musique latino américaine suite à de fréquents séjours à Puerto Rico et au Vénézuéla. Organisateur de spectacles, de bals, Il fait venir Carlolita Fernandez ou la Señora Conchita. Jacques Gil, ayant tout juste 20 ans, est un grand batteur de jazz, influencé par New Orleans, il aime le Rock and roll ou le Hula Hop, marquant ainsi sa soif de nouveauté et sa volonté de recherche musicale. Il ouvre en 1959, le très fameux Bambou Club, au centre ville de Fort de France, il y réalise de nombreux bœufs de musique latino- américaine accompagnée de biguine, de jazz, tout cela réadapté aux souffles nouveaux. A ces deux organisateurs de spectacles, il faut ajouter un autre génie, le jeune pianiste hors pair Marius Cultier, âgé en 1959 de 16 ans, créateur éblouissant et compositeur prolifique. Vous trouverez à côté d’eux Georges Julien dit Pita âgé de 24 ans, ou Milo Baudin, récemment décédé, ou encore Paul Julvécourt. La musique de Cuba, de Puerto Rico, du Vénézuéla leur est chère mais ils l’adaptent aux rythmes martiniquais. L’empathie pour Cuba est forte. Yves Baron, expliquait que Cuba et Castro leur tenaient au cœur car « c’était la Revolucion con pachanga ».

I – Présence de Cuba aux Antilles françaises : une perception sympathique.

Sur le plan politique, la Caraïbe donne aussi une autre projection. Cuba de Batista, Saint Domingue de Trujillo, Vénézuéla de Jiménez, Colombie de Pinilla, Panama de Bazan et de La Guardia, Salvador de Lémus, Guatémala de Ydigoras, Nicaragua de Somoza et Haïti de Duvalier entre autres sans parler du Honduras, du Costa Rica, de la Bolivie, du Brésil, de l’Argentine etc sont des terres de dictature, de misère des peuples, d’exploitation par les grandes sociétés yankées comme la United Fruit Company, de coups d’Etat et d’états de siège s’accompagnant de massacres horribles.

L’opinion martiniquaise est à chaque fois sensible aux révoltes populaires qui s’y déploient et qui réussissent quelques fois à renverser les dictatures. Le renversement de Pérez Jiménez au Vénézuéla a suscité quelques espoirs dans des changements démocratiques. La presse martiniquaise a approuvé cette chute[2]. Elle en vient, à complimenter le jeune avocat cubain Fidel Castro, maquisard, « barbudo », rebelle dans la Sierra Maestra dont l’aventure dans le second semestre de 1958 commence à être mieux connu en Martinique[3]. Son histoire ressemble à une sympathique fable, même si « L’Information » se demande vraiment s’il n’est pas de mèche avec les communistes.

Cependant en 1958, on s’est intéressé au sort du Vénézuéla, à l’éviction de Jiménez et au gouvernement de Larrazabal, beaucoup plus qu’à la percée du mouvement du 26 juillet de Fidel Castro dans l’Oriente Cubain.

Pour l’année 1958, « Justice » a beaucoup plus parlé du Vénézuéla, du renversement de Jiménez, de la libération des dirigeants communistes vénézuéliens et des tentatives d’ancrer la démocratie dans ce pays. Cette même année, « Justice » aura consacré quatre articles à Cuba. Dans le premier article, celui du 27 mars, le rédacteur relate l’enlèvement datant du 23 février du célèbre coureur automobile argentin Fangio à la Havane. Le même article parle du déploiement le 10 mars, d’un immense drapeau cubain à Paris sur la tour Eiffel proclamant « Liberté pour Cuba ». Pour ces deux événements réalisés par le « Mouvement du 26 juillet », le rédacteur de Justice ne parle ni de Fidel Castro, ni du Che, ni même du « Mouvement du 26 juillet ». Il s’agissait pour les rebelles de populariser la lutte révolutionnaire cubaine et ces actions ont eu un retentissement mondial. « L’Information » a publié trois articles, mieux informés et seulement deux jours après les faits. Le 10 avril dans Justice, il y a une minuscule note sur Cuba dans laquelle l’on cite Fidel Castro et le 28 août, une note d’une ligne indique que les américains aident Batista contre les patriotes de Fidel Castro.

On ne peut pas dire que les communistes martiniquais aient en cette année 1958, un engagement résolument pro-castriste. En fait, ils soutiennent le P.S.P (Parti Socialiste Populaire Cubain qui est le parti communiste cubain) avec lesquels ils ont peu de contact sauf à travers ce qu’ils savent des informations venant du P.C.F. (et de sa presse dont l’Humanité) et du Bureau d’Information des Partis Communistes. Le P.S.P. a de fortes divergences avec le mouvement du 26 juillet et malgré des rencontres et des actions de plus en plus concertées, leurs tactiques sur bien des points se contredisent. Pour aller vite, il s’agit de la ligne prolétarienne confrontée à la méthode de la petite bourgeoisie radicalisée, anti impérialiste.

« Le Progressiste » pour 1958 aura écrit trois articles sur Cuba, tandis que « L’Information » en parlera dans vingt articles. Ce dernier journal en dit plus que la gauche anticolonialiste (P.C.M. et P.P.M.) sur Cuba, Fidel Castro et le « Mouvement du 26 juillet ».

La grave crise de mai 1958 en France, explique, en partie, ce relatif silence sur Cuba. Nos deux partis P.C.M et P.P.M embourbés dans leur terrible guerre depuis la démission de Césaire en fin 1956, ont fort à faire avec la débâcle institutionnelle en France, ce fort retour de la droite aux premiers postes, de la crise du 13 mai, du retour du général De Gaulle, des événements d’Alger, du changement de République et de constitution, du référendum et des nouvelles législatives, et de municipales du début 1959. La guerre d’Algérie a précipité l’effondrement de la IVème République, mis à l’ordre du jour des préoccupations auxquels les partis et l’opinion ont accordé plus de place comme étant des soucis civiques immédiats.

A la date du samedi 16 août, « Le Progressiste », dans une note légèrement détaillée, présente le combat de Fidel Castro dans la sierra, et « Justice » le 28 août, en une note d’une courte phrase indique que les Etats Unis aident Batista dans sa lutte contre Fidel Castro. Il faut attendre les 1er et 8 novembre pour « Le Progressiste » parlant des élections organisées par Batista, et le 18 décembre pour « Justice » quant à une possible intervention américaine pour retrouver des articles (le dernier de l’année) sur Cuba. On est pourtant à ce moment, tout juste à la veille de la victoire des révolutionnaires cubains.

Quoique brusque, la victoire des révolutionnaires cubains n’était pas inattendue pour ceux qui s’y intéressaient; mais avait-on, en janvier 1959, mesuré qu’elle aurait des effets encore plus considérables que la retentissante destitution de Jiménez au Vénézuéla ?

Après la fuite de Batista et l’entrée de Fidel Castro le 5 janvier à la Havane, l’attention plus forte des partis anticolonialistes se porte sur la révolution cubaine. L’attention aussi de la rédaction de « L’Information » !

Pour être plus tardif que ses deux confrères qui se sont prononcés en janvier, « Le Progressiste » dans son premier article daté du 7 février[4] retrace ses « Commentaires sur un grand événement antillais : La Révolution Cubaine ». C’est la première réaction à souligner que cette révolution vient amplifier l’onde révolutionnaire se déployant du nord au sud de La Caraïbe depuis la révolution vénézuélienne.

Le rédacteur salue cet acte cubain dont « l’opinion martiniquaise (n’a) pas attaché … toute l’importance qu’il mérite ».  Il affirme : « la Révolution opérée par Fidel Castro et ses amis, est de ceux qui sont appelés à influencer durablement l’histoire des Antilles et de l’Amérique du sud ». Il souligne  « la constitution d’un axe Caracas-La Havane, qui a l’ambition de devenir le centre de ralliement de toutes les forces démocratiques et nationalistes du monde ibéro-américain » et approuve la possibilité évoquée par Castro « que tous les gouvernements latino-américains forment un bloc contre les gouvernements qui oppriment le peuple dans plusieurs pays » et puissent « groupés avec l’appui de l’opinion publique unanime, chasser les derniers dictateurs ». Nous avons dans ces extraits tous les éléments de l’empathie qui ira en grandissant des militants anticolonialistes antillais pour la Révolution cubaine. D’abord le salut aux nouveaux démiurges (Fidel Castro et « ses amis »), puis l’impact sur les Antilles et l’Amérique latine (Antilles et l’Amérique latine ( après les faitsnt mondial dans leution vient rejoindre le premier boulversement qui a eu lieu avdonc pour nos deux îles), puis encore, l’axe Caracas-La Havane (soutien aux forces démocratiques et nationalistes) et ensuite, chasser tous les dictateurs ( Trujillo, Duvalier, Somoza). Au moment de la guerre d’Algérie, de la montée de la revendication des indépendances en Afrique, de l’adhésion d’Aimé Césaire au groupe parlementaire des députés d’Afrique noire, la révolution cubaine bénéficie de cette attirance de la jeunesse radicalisée.

« Justice » se félicita de la victoire de la révolution Cubaine et du succès de Fidel Castro soutenu par les forces démocratiques du pays dont le Parti communiste Cubain (P.S.P) qui a appuyé le cours anti impérialiste de Castro. La tactique dans les Amériques centrale et du sud, est de favoriser la constitution de fronts anti impérialistes isolant les U.S.A et proposant des ouvertures démocratiques n’excluant pas les communistes.  Aux éditions des quatre premiers jeudis du mois de janvier 1959, il y eut deux notes l’une sur la probable entrée, de Castro à la Havane et l’autre sur l’épuration, et deux articles, l’une sur la victoire de la révolution démocratique et l’autre sur le fait que le peuple de Cuba décidera de son avenir. Mais cette cascade rédactionnelle ne dura pas. « Justice » ne parla plus de Cuba pendant trois mois. Le 23 avril, pour dire en une phrase, que Fidel Castro est en visite aux Etats Unis. Le 18 juin pour signaler, en une brève, qu’il y a eu une tentative de complot de la part de partisans de Batista. Comme soutien à la Révolution d’un pays voisin, le peu d’articles rédigés et les thèmes abordés ne représentent pas un appui conséquent. Or la situation de Cuba est bien complexe et présente des éléments positifs à faire connaître et aussi des menaces à dénoncer. On connaît ces problèmes en Martinique, « L’Information » en parle, les journaux venus de France les relatent : Le voyage, en janvier de Castro au Vénézuéla, le pacte de Caracas pour La Caraïbe, le gouvernement de Fidel Castro, ses premières déclarations, son alliance et ses démêlés avec Urrutia le président, les premières mesures révolutionnaires, le voyage de Castro en avril à Washington aux Etats Unis et sa rencontre avec Richard Nixon, le vice-président. De plus à cette époque, la fièvre contestataire à l’exemple de la révolution cubaine a gagné plusieurs pays. Des révoltes en Haïti, à Saint Domingue, au Panama, au Costa Rica, au Nicaragua, en Colombie font dire que Cuba entretient cette flamme puisqu’elle accueille les réfugiés politiques et rebelles de ces pays. Duvalier d’Haïti, Trujillo de Saint Domingue coopèrent avec les U.S.A. à la « conférence pour la paix » contre les troubles et le « Mouvement révolutionnaire dans les Caraïbes[5] ». Foster Dulles, pour les Etats Unis déclare organiser le retrait de la mission armée de son pays installée à Cuba.

« Justice » du 7 mai et celui du 25 juin ont relaté dans des brèves, les révoltes du Panama et de Saint Domingue. Il faudra quand même attendre les numéros de Juillet et août pour une série de 6 articles sur des thèmes aussi importants que la réforme agraire, la crise gouvernementale et la démission de Castro, la rupture des relations avec  la République Dominicaine et l’échec d’un complot contre Castro. En fait, quelques militants communistes, enthousiasmés par la Révolution cubaine se mettent à se regrouper autour de Edouard Delépine, âgé de 27 ans, revenu de France et nommé professeur au Lycée de Jeunes filles de la rue Ernest Renan. Celui-ci a appris l’espagnol pour lire et écouter les discours de Castro. Il se passionne pour la théorie du « foco » mais il effraie en grande partie la direction du P.C. qui apprécie son allant, son enthousiasme mais cherche à tempérer ses penchants « aventuristes ». Commence alors à naître cette double tendance sinon générationnelle mais établissant une distinction entre la vielle garde et les nouveaux militants en grande partie très jeunes.

Après une pause de deux mois et demie, « Justice » reprend des articles beaucoup plus militants sur la Révolution cubaine. Le journal relate la mobilisation populaire à Cuba en défense de la Révolution contre les attaques des contre-révolutionnaires, le soutien de la fédération paysanne vénézuélienne à la Révolution cubaine, le soutien des indépendantistes puerto ricains à Cuba et la nationalisation  de l’hôtel « Havana Riviera ».

II – Les événements de Décembre 1959 et leurs incidences immédiates.

Le dimanche 20 décembre à Fort de France sur la Savane, un concert de musique latino-américaine ouvre la soirée. La « Buena Concepcion » dirigée par le batteur Jacques Gil du New Orleans syncopers a réuni Marius Cultier, Milo Baudin, Georges Julien dit Pita, Paul Julvécourt. Mais des incidents surviennent à une centaine de mètres. Le racisme et la brutalité des C.R.S., les contentieux qu’ils avaient déjà créés, le comportement de l’Association des Anciens d’Afrique du Nord déclenchent la colère de la population. Après trois jours d’émeutes, de pillages, d’incendies de commissariats, trois morts, des dizaines de blessés, et des arrestations, Fort de France a mis à jour sa colère.

Quelques jeunes militants anticolonialistes présents aux côtés des manifestants veulent diffuser quelques slogans politiques sur la situation aux Antilles. Ils resteront déçus. On pourra présenter cette émeute comme une manifestation semblable à la révolution cubaine tant de la part de l’opinion publique française que de celle des autorités ; il n’en a rien été. Fanon y a vu le début de la lutte de libération de la Martinique. Son jugement était forcé. Pourtant ces évènements vont servir à radicaliser le combat anticolonialiste en Martinique, et aussi en Guadeloupe, Guyane, dans les milieux antillais et Guyanais en France. D’abord toutes les tendances politiques de Martinique qu’elles furent communistes, progressistes, socialistes, radicales, gaullistes furent unanimes à réclamer le départ des C.R.S. de la Martinique, la non venue du croiseur de Grasse comme force supplémentaire anti-émeute, l’application rapide de mesures sociales promises par la loi de départementalisation. Mais surtout elles réclamèrent que « Les Martiniquais obtiennent une plus large participation dans la gestion de leurs propres affaires ». Si « Décembre 59 » n’était pas le grand combat libérateur de la décolonisation, il marquait comme une renaissance du combat pour l’autonomie que le Parti communiste Martiniquais affiche deux mois après l’émeute dans un grand meeting le 22 février 1960.

On dénombre pour l’année 1960 dans « Justice », sur la Révolution Cubaine, 46 articles dans 33 tirages hebdomadaires alors que la parution annuelle est de 52 numéros. Il y a donc un vrai intérêt pour Cuba et les articles sont rarement des notes ou des brèves mais des articles de fond. Cette année- là, le P.C.M. entreprend le voyage officiel de deux de ses dirigeants à Cuba pour assister au congrès du P.S.P et visiter plusieurs régions cubaines. Le P.C.M tient à Fort de France, deux meetings centraux sur la Révolution Cubaine et dans ses sections plusieurs réunions.

 

 


[1] Raphael Narcisot, fils des Terres Sainville à Fort de France, est à cette époque le champion du limbo, dansé sur le steel band et gagne même le concours à Port of Spain du limbo caribéen.

[2] Sur les années 1958, 1959 et 1960, nous avons dépouillé deux journaux militants : L’hebdomadaire Justice, organe du P.C.M et les parutions moins régulières du Progressistel du P.P.M d’Aimé Césaire. Nous n’avons pas pu obtenir à temps l’accès à la collection de Présence Socialiste (Groupe de la Gauche Socialiste devenant le P.S.U.) qui regroupait de jeunes militants intellectuels anti colonialistes ayant rompu avec la SFIO.

Nous avons dépouillé aussi, pour 1958 et 1960, le journal quadri-hebdomadaire L’Information de tendance centro-libérale satisfaite de la démarche d’intégration départementaliste. Nous n’avons pas élargi notre choix à La Paix, tirage aussi lu et diffusé que L’Information mais reflétant plus directement les points de vue de la hiérarchie catholique et de la puissance économique « békée », ni non plus, à La Petite Patrie, l’Aurore, l’Appel ou encore Le Sportif.

[3] Le Progressiste du 16 août 1958   apporte sa pierre à cette forme de légende. « La rébellion de Castro dure maintenant depuis deux ans… En novembre 1956… le bateau sur lequel il fait le voyage, est coulé par les forces gouvernementales. Avec douze survivants, Fidel Castro prend le maquis. Les rebelles sont aujourd’hui plus de 5 000 dans la sierra, sans parler des réseaux urbains clandestins et de la « résistance civique ».

[4] Le Progressiste ne manque pas aussi de régler ses comptes avec le P.C., il reprend cette citation du Monde » : « Dans cette histoire deux vaincus : Batista le dictateur sanglant et d’autre part le Parti Communiste, lequel, pour avoir soutenu officiellement puis officieusement Batista a perdu la confiance des masses cubaines »

[5] « L’information » relaie toutes ces informations avec des articles en première page sur les invasions à partir de Cuba, de pays comme Haïti, Saint Domingue ou le Panama+