Tribune – Alain et Stéphane Louis-Gustave - Ces derniers mois,  les bavures mortelles de la police américaine portant sur des noirs désarmés se succèdent à un rythme qui peut sembler inhabituel.

Pour ne s’en tenir qu’à l’année en cours, au moins six cas ont été rapportés et on ne peut certifier que tous les cas sont portés à la connaissance du public.

Cette situation devient si insoutenable que le TIME du 9 avril a consacré sa couverture et six pages à ce problème avec ce superbe titre, « La vie d’un noir a de la valeur ».

Car, 150 ans après l’abolition réglementaire de l’esclavage, 50 ans après la loi pour les droits civiques censée asseoir définitivement l’égalité entre blancs et noirs, et 6 ans après l’élection du premier Président noir des Etats Unis,  il est de moins en moins tolérable de devoir constater que les noirs, qui représentent une part significative de la population, font l’objet d’un traitement  manifestement inéquitable de la part des forces de police (et aussi de la justice). Plusieurs points méritent d’être soulignés.

Premièrement, il est évident que malgré le temps, malgré des progrès réels acquis de haute lutte et illustrés par des icones aussi symboliques que Martin LUTHER KING, Condelezza RICE, Colin POWEL, Richard WRIGHT, Paul ROBESON, Alvin AILEY, David DINKINS (1er maire noir de New-York) et d’autres encore, la communauté noire n’est pas encore bien acceptée aux USA (loin s’en faut).

Deuxièmement, des voix de plus en plus nombreuses commencent à s’élever pour dénoncer l’insuffisance de formation des forces policières et la toute puissances du lobby des armes, dont voici quelques exemples :

a)    Il est plus dangereux à 17 ans d’acheter une bière que d’acheter une arme à feu. C’est ce qui a couté la vie au jeune Martin TRAYVON en Floride en 2012. A cette occasion Barack OBAMA déclara que s’il avait eu un fils, celui-ci aurait pu ressembler à la victime. Cela n’a bien évidemment pas empêché le policier assassin d’être, si l’on peut dire, « blanchi », alors que la victime n’était « armée » que d’un paquet de bonbons.

b)    Récemment le  New-York Times a révélé que 80% des villes de plus de 20 000 habitants (l’équivalent du Robert ou de Sainte-Marie) sont dotées d’unités spéciales d’intervention semblables au GIGN, utilisées dans des situations souvent loin de justifier un tel déploiement de force. Bien sûr, la majorité de ces interventions concerne les noirs qui sont pourtant une minorité de la population.

Troisièmement, la sous représentation des noirs dans la police est criante, même dans les régions  à majorité noire, comme on a pu le constater dans l’affaire Ferguson. Il est clair que les excellents Fossoyeur et Ed Cercueil des romans de Chester Himes n’ont pas eu la descendance qu’on aurait pu espérer.

Toujours selon le New-York Times, et à partir de ces utiles statistiques ethniques (dont la France refuse obstinément de se doter), il ressort qu’en 2010 les contrôles d’identité ont été 6 fois plus nombreux chez les noirs qui représentent environ 14% de la population que chez les blancs qui représentent 2/3 de la population et même 4 fois plus que chez les hispaniques qui sont, eux aussi, beaucoup plus nombreux que les noirs. No comment!

Les résultats d’une récente étude visant à évaluer la confiance de la population quant à l’aptitude des policiers à résoudre de façon acceptable les problèmes de sécurité sont sans appel : 31% des blancs se déclarent confiants (ce qui est loin d’être un raz se marée), 21% des hispaniques le sont  également et seulement 4% des noirs (allez savoir pourquoi ?)

Derrière la police il y a aussi la responsabilité de la justice (à très large majorité blanche même si le ministre de la justice est noir), qui a une tradition bien établie de juger les évènements à partir des comptes-rendus des policiers, lesquels se déclarent toujours en état de légitime défense, même lorsqu’ils sont confrontés à des témoignages opposés. C’est ce qui s’est passé pour le jeune Martin TRAYSON et dans l’affaire Michaël BROWN à Ferguson.

Mais un changement est peut-être en train de s’ébaucher : Dans les derniers cas qui ont défrayés la chronique et exaspéré (c’est peu dire) la communauté noire, l’usage de vidéos enregistrées par des témoins ont permis de démontrer les mensonges des policiers. La technologie fait de tous les témoins de faits divers des paparazzi en puissance. C’est ainsi que l’émotion suscitée par la mort de Walter SCOTT, abattu de 8 balles dans le dos le 4 avril à North Charleston en Caroline du Nord, a incité un témoin resté jusque là muet à produire une vidéo montrant l’exécution pure et simple, le 2 avril, d’Eric HARRIS dans l’Oklahoma. C’est ce qui a permis de mettre en accusation le policier réserviste en cause, alors que le dossier était sur le point d’être classé.

Enfin, un programme de formation plus poussé des policiers est en train d’être mis en place dans tout le pays.

God bless America.

God bless black people of America.

 

 

Alain et Stéphane LOUIS-GUSTAVE