Tribune – Pierre-Alex Marie-Anne | Après avoir sonné le glas, comme annoncé  dès Avril 2015 ( voir le blog de  ‟Politiques Publiques″  du 17 de ce mois)  de l’ancienne majorité à la défunte Région, la reconstruction du Lycée Schoelcher est susceptible de  constituer un test majeur pour la crédibilité des  dirigeants de la nouvelle CTM .

D’abord remarquons que ce sont  bien  ces responsables qui, de manière  surprenante  s’agissant  d’une  collectivité  nouvellement crée dont  la vocation première est le Développement économique conditionnant  tout le reste, ont placé cette question en tête des priorités de leur action politique .

Analysons donc cette démarche  quelque peu  singulière !

Pour tout esprit se voulant  libre et non  inféodé à une quelconque  chapelle  deux éléments essentiels s’en dégagent : le sort réservé à la  communauté éducative  d’une part, le parti architectural  affirmé dans le dossier technique, de l’autre.

Le respect dû à la  Communauté Educative

Elle  le  mérite  amplement pour avoir fait de cet établissement d’enseignement secondaire  un des meilleurs de France ; ses exigences en matière de maintien de son unité et de sa cohésion  tant sur le plan pédagogique que sur celui de la gestion s’avèrent en conséquence parfaitement légitimes.

Ce qui ne l’est pas  par contre, c’est qu’elle soit toujours dans l’incertitude du sort qui lui est réservé à moins de six mois de la prochaine rentrée ; il n’est pas admissible qu’elle doive encore attendre les  conclusions  d’un  soi-disant  comité d’experts  où dominent  les considérations  politiques pour  arrêter les  conditions matérielles et pédagogiques  de la nouvelle année scolaire .

Il est impératif que tout ce qui s’y rapporte  soit bouclé dans les plus brefs délais et en tout état de cause avant la fin du mois en cours,  car les délais normaux de préparation  d’un évènement  aussi considérable que l’organisation de l’accueil  et de la scolarité de plus d’un millier d’élèves sont d’ores et déjà  largement dépassés.

Il y va de l’avenir de nos enfants, l’ancien  prof de math qui dirige actuellement la CTM devrait  le savoir mieux que quiconque.

Ce serait commettre une lourde erreur que de croire que les enseignants, leurs syndicats , les parents d’élèves et  plus généralement la population  pourraient accepter sans réagir  que des considérations politiciennes prennent le pas sur le devenir des générations futures ; une telle faute ne manquerait pas  de porter un coup irrémédiable  à la crédibilité  des nouveaux responsables de la CTM et à la confiance  pouvant leur être accordée.

Le parti  architectural du nouveau Lycée Schoelcher

Après de multiples  controverses , une solution d’équilibre  a été trouvée pour remanié intelligemment le projet initial qui pêchait, malgré ses qualités, par son aspect monolithique de grande barre horizontale.

Il réalise désormais une synthèse harmonieuse entre le passé et le  présent  , entre  tradition et  modernité ; la meilleure preuve  en est que ce sont les mêmes architectes  qui  sont à l’œuvre  sur  cette opération .

C’est d’ailleurs  ce qui explique  que la conseillère  en charge des questions d’éducation au Conseil Exécutif  ait  pu  de bonne foi déclarer sur les ondes , avant d’être malencontreusement contredite , que c’était bien le projet  de l’ancienne mandature  , disposant  déjà  d’un permis de construire  permettant d’engager sans autre retard  les travaux qui avait été retenu .

Si donc, pour on ne sait quelle obscure raison, on devait revenir à la case départ  et reprendre l’ensemble de la procédure, cela reviendrait à signer l’arrêt de mort  de cet établissement  prestigieux qui tient à cœur à tous les martiniquais.

Le lycée Schoelcher - faut-il le rappeler- n’est pas un établissement ordinaire  mais un lieu de mémoire ; il est  le symbole indiscutable de la longue marche  de la société martiniquaise vers  son émancipation par le moyen de la Culture et de l’Instruction ; il a nourri en son sein les plus grands esprits qui ont porté haut le renom de notre pays : les CESAIRE ,les FANON , les ALIKER , les MENIL ,les GLISSANT, les TURIAF , les LOUIS-ACHILLE  pour ne citer que les plus connus.

C’est donc avec  une grande humilité et un profond  de respect  que l’on doit  se pencher sur son devenir : on ne joue pas impunément avec les symboles !

Il va de soi  que la municipalité de Fort de France,  dépositaire de cet élément incontournable de notre patrimoine , ne se laissera pas faire comme elle l’a déjà laissé entendre ; or qu’on le veuille ou pas ,le Droit est de son côté car la délivrance du permis de construire comme l’établissement  des prescriptions   du PLU relèvent de sa compétence souveraine  ; de plus, le classement partiel  de cet établissement  à l’inventaire des monuments historiques lui garantit le concours vigilant de l’architecte en chef desdits monuments contre toute entorse qui pourrait être faite  à cette disposition réglementaire.

On risque  par conséquent , si la sagesse tant vantée ces derniers temps ne prévaut pas, de  repartir  dans une guerre Picrocholine qui ne laisserait derrière elle que des perdants :

 d’abord la jeunesse martiniquaise privée d’un outil d’excellence  dont elle a un urgent  besoin, le contribuable ensuite qui ferait  inévitablement  les frais de toutes ces péripéties , les entreprises aussi  dont les carnets de commandes sont au plus bas et qui  espèrent l’ouverture rapide de grands chantiers mais  surtout  n’en doutons pas , la classe politique ,sans distinction, qui aura fait  en l’occurrence la démonstration de son incapacité à s’élever au dessus des contingences politiciennes  pour  servir l’intérêt général dans le cadre des importantes responsabilités qui sont désormais les siennes.

C’est donc à un test majeur que nous allons assister qui déterminera pour  longtemps, soyez-en sûr, la suite des évènements.