Tribune – Yves-Léopold Monthieux - Et le G20 mourut, faute de chef… Voilà que se termine en effet une piteuse aventure politique, en prélude à la drôle de campagne électorale qui s’annonce pour l’élection de la collectivité territoriale de Martinique (CTM). Intervenant à un moment essentiel de l’histoire martiniquaise, elle pourrait conduire à une orientation déplorable de la nouvelle démocratie qui est annoncée. L’un des camps politiques majeur de la Martinique se voit ainsi saborder par une initiative qui se révèle totalement farfelue et qui ouvre la porte à une perspective d’hégémonie du camp d’en face, peu propice au développement de la démocratie. Hémorragie chez les uns et hégémonie chez les autres, ce sont les deux pulsions inverses qui accompagnent les élans de notre classe politique. Et le député-maire de Ste Marie, l’inspirateur du putsch manqué, continue de jouer… J’imagine Serge Letchimy obligé de fermer la porte d’EPMN (Ensemble pour une Martinique nouvelle) pour donner du sens à sa victoire annoncée, en décembre 2015, ou pour ne pas risquer d’effrayer la population à l’idée de l’instauration d’un parti unique en Martinique.

Le député-maire de Ste Marie n’aura pas réussi son putsch mais il sera parvenu à semer la zizanie au sein du Mouvement indépendantiste martiniquais (MIM) et compromis gravement le succès de la coalition conduite par Alfred Marie-Jeanne. Dès le déballage public par le député du nord de sa grande amitié pour son « frère » Jean-Philippe Nilor, lequel fut à cet égard moins prolixe, j’avais compris que le député du Sud allait au-devant de graves déconvenues. Et son parti avec. J’ai aussitôt songé à ce baiser de Judas qu’AMJ avait adressé à Claude Lise en guise de vœu de bonne année. Dans sa guerre contre le Parti progressiste martiniquais, n’oubliant certainement pas, cependant, la fameuse séquence où il déchira en public le rapport Lise-Tamaya, le patron du MIM savonnait ainsi la planche entre le sénateur-président du conseil général et son parti. On connaît la suite.

On n’ose croire que ce pu-putsch fut animé par le même machiavélisme, consistant finalement à séparer son ami Jean-Philippe de son père spirituel, Alfred Marie-Jeanne. On comprendrait que le geste indiquât un intérêt politicien de la part de son commettant. Mais on n’a toujours pas compris la finalité de l’opération. Sinon il est tout aussi difficile d’imaginer que, doté d’une naïveté confondante, le député-maire n’ait pas eu le sentiment de piéger son « frère » du MIM. De même, on ne comprend pas que ce dernier n’ait pas vu venir le danger ou n’ait pas su arrêter à temps l’initiative malheureuse de son ami qui lui demandait tout simplement de trahir son maître. Alors qu’il vient de tirer un trait sur le G20 on est en droit de se demander quelle était la stratégie de Bruno Nestor Azérot. Avait-il reçu l’accord de l’ami conjuré qu’il avait pressenti pour la mener  à bien, lequel déclarait pourtant dès les toutes premières heures qu’il ne voulait pas en être le chef ? C’est bien la première fois qu’on voit se produire un putsch sans chef.

Et l’on en vient à s’interroger sur la maturité politique de nos deux jeunes députés, l’un qui, à cause de la règle du non-cumul des mandats, n’a rien à cirer d’un résultat négatif à l’élection de la collectivité unique, mais qui voudrait y apporter sa pierre ; le second, qui avait tout à perdre dans l’aventure où il s’est laissé entraîner. Par ailleurs, on peut  se demander comment 20 maires ou assimilés ont pu se regrouper derrière une telle absence de chef. Sans oublier que, le syndrome de la mort du brigoaidant, un maire du Nord-Caraïbe se voyait déjà en haut de l’affiche politique multicolore.

Le député-maire continue de jouer, ai-je écrit plus haut. En effet, il ne paraît pas se lasser de ses oukases lancés tous azimuts. Dans un premier temps, croix de bois croix de fer, il ne veut ni de Marie-Jeanne ni de Lise parce qu’ils sont trop vieux ; dans un second il se rallie au plus vieux des deux, en rejetant le cadet pour cause d’illégitimité à se présenter dans le nord. Aujourd’hui il voudrait bien rejoindre Serge Letchimy à condition que celui-ci se sépare du maire du Lorrain. Certes, l’homme aux oukases qui font flop a bien compris que si son collègue et voisin du nord-atlantique se répand tout à coup sur les écrans de télévision en proférant à son endroit des propos peu amènes, c’est pour arrêter dans l’œuf son repli éventuel vers EPMN et éviter ainsi la concurrence. Mais tout a un prix, surtout en politique, et il ne devrait pas coûter bien cher au stratège de Plateau Roy d’obtenir des deux maires un compromis apaisant. A moins que Bruno Nestor Azérot ne décide de rejoindre Yan Monplaisir. A quelle condition ?

Dans une précédente tribune je posais la question : « Après St Pierre, où Serge Letchimy s’arrêtera-t-il » ? EPMN pourrait bien embarquer Sainte Marie. Ne resterait plus alors sur la côte atlantique que le Robert et le Vauclin. Le président du PPM, d’EPMN et de la Région ne devra-t-il pas arrêter lui-même cette promesse d’hégémonie que lui font les maires martiniquais.

Yves-Léopold Monthieux, le 5 avril 2015

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