Tribune – Groupe des anciens parlementaires de la Martinique [Alfred Almont, Roger Lise, Guy Lordinot, Pierre Petit, Anicet Turinay ] | Dans un monde aujourd’hui en pleine mutation, nous sommes exhortés de toute évidence à la rénovation de la psychologie collective pour nous apprêter à faire face aux changements qui déjà se manifestent et mieux servir un développement durable qui  faut-il le souligner-constitue le véritable enjeu du moment.

Un tel enjeu s’impose  d’autant plus qu’il repose plus que jamais, au-delà de l’économie et du social, sur la protection et la valorisation de l’Environnement qui conditionne notre cadre de vie. Ceci étant, nul ne saurait ignorer que notre environnement se trouve de plus en plus confronté aux dangereuses conséquences du réchauffement climatique qui hélas menace sérieusement notre Planète et nous appelle à nous préparer à faire face à ces dérèglements notamment en revoyant nos attitudes. Cela suppose de pratiquer le vivre-ensemble en ayant le sens des convenances, de la retenue, du savoir faire, du respect de l’environnement….

Il importe en conséquence que nous modifions nos comportements ; il est urgent que nous en prenions conscience. S’il est vrai que le développement durable, créateur de richesses et d’emplois dans la sécurité, s’organise et se structure par les voies législative et réglementaire sur la base d’un cortège de textes (lois, décrets, arrêtés, délibérations…), il plonge ses racines dans le mental de l’humain qui guide ses comportements. Il importe donc que l’esprit soit débarrassé de toutes ces  empreintes négatives que lui aurait procurées tout facteur exogène.

Au-delà des clichés qui n’ont pas lieu d’être, les Territoires d’Outre-mer font partie à n’en point douter des mieux placés pour susciter l’innovation et l’excellence en raison de leur situation géographique, de leur environnement naturel, de leur histoire, de leur appartenance à l’Union Européenne. Ils constituent indiscutablement de remarquables terrains d’expérimentation dans les secteurs émergents, supports du développement durable, tels les énergies renouvelables, les nouvelles technologies, des réseaux de transports novateurs, la biodiversité, des espaces maritimes appelant à sensibiliser aux atouts de la mer, autant de domaines au sein desquels il peut être mis en œuvre par nous mêmes une réelle expertise. De tels atouts doivent être pris en considération car ils ne sont pas négligeables.

Il s’agit dès lors de valoriser nos capacités dans la solidarité et faire valoir des potentialités de nature à favoriser le rayonnement à l’heure où la Martinique, confrontée au vieillissement de sa population, fait état d’une démographie en forte baisse due en particulier au nombre important de départs (notamment chez les jeunes).Une telle situation appelle tout naturellement à préparer la relève, en particulier à travers des formations professionnelles adaptées aux besoins et mises au profit de perspectives régionales, cela pour éviter dans les temps à venir toute pénurie en matière de main d’œuvre. Les emplois seront d’ ailleurs de plus en plus qualifiés et devront dès lors trouver preneurs. Ce peut être l’occasion de s’attaquer au chômage, en privilégiant des études de projets sous tous leurs aspects (technique, économique, financier, social) et de favoriser ainsi le retour de ceux qui seraient partis faute de perspectives.

L’actualité nous invite déjà de manière opportune à innover s’agissant par exemple des déchets dont l’évacuation et le traitement doivent être sérieusement organisés, dans la mesure où ils peuvent être recyclés pour être utilisés comme de précieuses ressources appelées à être de véritables matières premières.

Notre modèle économique n’aurait-il pas atteint ses limites ? Il va de soi qu’il n’est pas efficace faute d’être adapté ; il importe de considérer qu’à situation différente doivent s’appliquer des mesures différentes. Le moment est largement venu de briser les chaines de la fatalité en faisant vivre ensemble un grand dessein pour notre Territoire dont les atouts ne manquent pas. Rien ne semble déterminer d’avance le cours des évènements, rien n’est fixé d’avance par un quelconque destin. Il est temps de mettre un terme à toute tendance à considérer que n’arrive ce qui doit arriver et se montrer de ce fait passif ou résigné face aux circonstances. Il faut donc mettre un terme aux préjugés et évacuer durablement tout sentiment d’infériorité, dans le respect de la trilogie républicaine certes, étant bien entendu que « égalité » n’est pas « uniformité ».

Le contexte d’aujourd’hui nous offre du reste l’opportunité que soit établi un véritable lien entre le monde politique et le monde économique, un lien qui serait un préalable à la construction d’un vrai projet sociétal. C’est en particulier l’occasion de faire valoir la place incontournable des Entreprises dans le processus du vrai développement et de promouvoir enfin dans la responsabilité cette culture d’entreprise propre à favoriser l’investissement, à assurer l’activité ainsi que l’emploi et à susciter l’attractivité.

Cela est possible car les capacités et les talents ne manquent pas. Il faut à cet égard se réjouir qu’un certain nombre d’Entrepreneurs n’aient pas hésité à s’engager en mettant en exergue les aptitudes de ce secteur d’activité. A cet égard, l’association  « Contact-Entreprises » ainsi que la Confédération des Petites et Moyennes Entreprises ont pris récemment l’initiative d’appeler à modifier le regard sur demain à travers un ouvrage intitulé « Martinique Attractive ». Il s’agit à n’en point douter d’acteurs engagés dans la voie du développement avec intelligence, qui s’appliquent à répondre aux besoins qui s’expriment et à assurer le renouvellement, suscitant le respect et la considération tant pour leur contribution à la croissance que pour l’exemple qu’ils apportent à notre jeunesse.

Il s’y ajoute le rôle que ce secteur est appelé à jouer face à la baisse des dotations de l’Etat aux Collectivités ainsi qu’aux difficultés que celles-ci éprouvent de plus en plus pour assurer l’investissement par la commande publique. Le partenariat public – privé s’avère de ce fait une alternative pour aujourd’hui et pour demain, cela d’autant plus que les Politiques publiques n’écartent pas actuellement d’être le moteur d’un tournant entrepreneurial, par exemple dans les domaines de l’Industrie et de l’Energie.

Il est en conséquence urgent de prendre le temps de raisonner, de penser à ce qui ne va pas pour réinventer le lien social, renoncer à  » l’assistanat », être soit même dans la cohésion, s’inscrire en acteurs du changement, mettre en avant nos atouts et sortir de ce paradoxe de la non production et de la surconsommation. Un tel objectif s’énonce évidemment sur le volet économique mais à condition qu’il soit vraiment adossé à un projet de société. Quand bien même le volet Institutionnel peut être mis en œuvre, nous ne saurions écarter la nécessité d’une stratégie de reconstruction de notre modèle social appelé à revoir le rapport au travail et contribuer à préserver notre environnement. Il convient assurément d’en prendre conscience, dans un monde qui s’ouvre au quotidien, qui proscrit le renfermement et qui appelle au rapport à l’autre, à la solidarité, à la responsabilité ainsi qu’à la résilience.

Il est encourageant que des membres de la société civile n’hésitent pas à s’exprimer en la matière pour inviter à faire évoluer nos manières d’agir et de penser « afin de rompre avec le fatalisme ».

Il est clair que  là où il y a une volonté, il y a un chemin ; cela suppose bien sûr de faire évoluer les modes d’agir et de penser car nous sommes plus que jamais au confluent de l’expérience et de l’imagination appelée  à servir l’innovation ; il s’agit bel et bien de sortir des habitudes du passé pour s’adapter aux évolutions d’un monde qui tend désormais à la globalisation des échanges.

Il n’existe pas de modèle de développement préfabriqué. C’est nous qui ferons de notre Martinique, dans la vaillance et dans la solidarité, un modèle de développement, véritable paratonnerre contre le chômage et la pauvreté mais encore contre la violence et la corruption. La solidarité Nationale nous y aidera dans la cadre des compétences de l’Etat.