Tribune – Yves-Léopold Monthieux | Et voilà que dès le lendemain de Noël, les partis politiques martiniquais se sont mis à adresser leurs listes aux candidats à l’élection présidentielle de la France. On peut le comprendre de la part de ceux qui ont toujours revendiqué le statut d’appartenance à la République française, souvent sous les lazzis des autonomistes et indépendantistes. Cependant pour tenir compte de la cohérence et de l’esprit des institutions locales, il serait de bon aloi que les interventions d’éventuels députés de droite à l’assemblée nationale, mais aussi des autres, soient précédées de consultations non publiques du bureau ou des deux présidents de la collectivité territoriale de Martinique (CTM). Ces consultations ne sauraient en aucun cas porter atteinte à la liberté politique de ces élus.

On note l’exception notable du Mouvement indépendantiste martiniquais (MIM) qui refuse de participer à l’élection présidentielle. Avec son refus de participer au gouvernement, c’est le seul acte positif de non-appartenance à la France sur laquelle il n’est pas revenu. Mais on peut se demander ce que vaut ce coup de menton, sinon un coup d’épée dans l’eau, s’il est vrai que l’indépendantisme n’a jamais dépassé le stade de l’aimable posture. Je le dis souvent, pas seulement à titre de provocation : je n’ai jamais rencontré quelque part un indépendantiste martiniquais, un vrai.

Ceux qui ne sont pas du MIM et ou ne font pas partie de sa galaxie ne se privent pas de manifester quelque jouissance à présenter leurs listes à des représentants de minorités qu’ils savent insusceptibles de gagner. C’est un rite né de l’époque d’Arlette Laguiller. Il conduit au choix naturel de candidats assurés de l’échec.

En revanche, on peut s’étonner de l’ampleur du soutien apporté à Manuel Valls par Serge Letchimy, pourfendeur de tout début de suspicion de racisme. En effet, faire le dos rond face aux propos dites racistes proférées par l’ancien premier ministre dans la ville où il a été maire nous éloigne des interventions tonitruantes prononcées à l’assemblée nationale. Bref, on sait à quelles contradictions peuvent conduire les amitiés ou les intérêts politiques particuliers. Songeons que les murs de Fort-de-France avaient été maculés d’inscriptions hostiles à Jacques Chirac avant que ce dernier fût considéré, lui, puis son ancien premier ministre Alain Juppé, comme des garants contre le racisme. Il est vrai que cet aspect « petites phrases » retenu contre les élus nationaux relève de la problématique identitaire qui est convoqué depuis quelques années, en Martinique bien plus qu’ailleurs, pour pallier la faillite des idées autonomistes et indépendantistes.

Mais ce qui est d’une incohérence majeure, c’est la déclinaison à tous les échelons du PPM que Manuel Vals avait été choisi après des « négociations » avec le candidat. L’objet de ces annonces médiatiques a une double signification. D’abord, les promesses de Jean-Luc Mélenchon, Benoît Hamon, ou même celles d’Emmanuel Macron auraient pu conduire le PPM vers un choix différent que celui de Manuel Vals. Mais qui peut y croire ? Sinon, faut-il y voir l’origine de celui des contestataires qui ont préféré soutenir le candidat Emmanuel Macron, qui a été d’abondance présenté, au sein même du parti, comme le représentant des banques et du grand capital. La référence par les frondeurs au caractère progressiste d’Emmanuel Macron fait dire à Serge Letchimy que « le mot « progressiste » a beaucoup de sens ». Avec la définition toujours attendue de l’autonomie, voilà que celle du progressisme est ouverte.

Bref, les frondeurs du PPM pourraient avoir ouvert le chemin à leur parti, comme ceux du parti socialiste l’ont fait pour le leur. Serge Letchimy qui voudrait éviter de perdre encore à gauche pourrait appeler à voter, lui aussi, pour Emmanuel Macron. Loin d’être sanctionnés, Fred Lordinot, Daniel Chomet et les autres pourraient avoir été les éclaireurs du parti.

Mais l’incohérence atteint ses limites lorsque les autonomistes et certains indépendantistes expriment une telle attente de l’Etat qu’on pourrait croire que la CTM, qui avait fait l’objet de tant de débats, ne sert pas à grand-chose. Il est ainsi demandé aux candidats à la magistrature suprême de prévoir un programme spécifique pour les outremers et pour chacune d’elles, en particulier. On n’est pas dans l’esprit de la responsabilité locale.

Fort-de-France, le 30 janvier 2017

Yves-Léopold Monthieux