Tribune – Max Dorléans (G.R.S.) | Durant les deux premières semaines du mouvement des gilets jaunes, bien des invités des plateaux des différentes télés dominantes (BFM, LCI…) nous ont rabattu les oreilles avec la question du niveau inadmissible des prélèvements obligatoires en France.

Cette question, loin de nous être étrangère, nous concerne également, tout comme une partie grandissante des revendications portées par les gilets jaunes.

Cependant, à regarder de plus près, cette question semble, sinon avoir disparu, mais s’être dissipée depuis quelque peu. En effet dès le moment où la notion des prélèvements obligatoires (terme utilisé de façon péjorative pour désigner les impôts et cotisations sociales) a cessé d’être abstraite, à savoir dès lors qu’elle a été liée à la question des services publics en recul, et à celle des cadeaux fiscaux et sociaux au patronat, le contour de cette question a évolué.

En effet, à entendre tous nos imposteurs, ce qui plombait le pouvoir d’achat de la population, et conséquemment l’économie française, c’était fondamentalement le niveau insupportable des prélèvements obligatoires en France, championne du monde en la matière, très loin devant les autres nations. Un titre de champion d’autant moins mérité, selon ses détracteurs surfant sur la légitime irritation des usagers devant les services publics, que ces derniers, dégradés en raison des politiques austéritaires,  n’offrent pas à la population le service auquel elle serait en droit d’attendre.

Par exemple, s’agissant de l’Education nationale – comme de l’hôpital public – les résultants, en dépit d’un budget conséquent, sont carrément catastrophiques en termes de comparaison concernant le niveau des élèves et les apprentissages possédés, avec de très nombreux pays, y compris beaucoup n’occupant pas le rang de puissance économique de la France.

Trouvez l’erreur !

S’il est donc facile de pérorer sur les plateaux, en prenant à témoin une fraction importante de la population dont la vie chère et leurs maigres ressources, la désigne comme une proie facile car exaspérée devant l’inacceptable, l’évolution du discours des gilets jaunes pointant l’injustice sociale et l’injustice fiscale, a rétréci, sinon fermé la fenêtre par laquelle ce discours s’était introduit.

En effet, avec la dénonciation de la suppression de l’ISF, avec la critique portée aux multiples cadeaux au patronat dont le CICE (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi), avec la mise sur la place publique des salaires des grands patrons ( le très cupide et coupable Carlos Ghosn), de la fraude et l’évasion fiscales patronales, il est devenu moins aisé à tout ce beau monde de poursuivre sur la voie initiale. Car, est apparue de façon plus concrète, que ce ne sont pas tant les prélèvements (ni nécessairement leur niveau) qui sont en cause, mais l’utilisation de ceux-ci aux fins de cadeaux au patronat. Et donc le détournement de ceux-ci, de cet argent public prélevé sur l’immense majorité de la population, non pour des services publics de qualité financés par ces prélèvements, mais pour l’engraissement du patronat.

Dès lors, la petite sirène sur la nécessité de payer moins d’impôt et de cotisations sociales pour avoir davantage de pouvoir d’achat, c’est-à-dire d’avoir des prélèvements obligatoires moins importants, s’est très vite évaporée, lorsqu’a été révélée où passe la masse de ces prélèvements. Et que de surcroit apparaît l’idée qu’en dépit de ces prélèvements obligatoires toujours plus importants sur la population, les inégalités sociales se sont considérablement accrues, là où en principe c’est l’inverse qui aurait dû se produire avec un argent public utilisé pleinement, et de façon satisfaisante, pour les services publics.

Une petite sirène de plus en plus inaudible, malgré les assauts de quelques uns, s’entêtant à vouloir brouiller les cartes en disqualifiant au possible les actuels services publics –rendus défaillant avec les politiques libérales – pour préparer l’opinion à l’inéluctabilité de leur privatisation.

Alors, oui, les prélèvements obligatoires ne sont pas notre ennemi. Car ils ont vocation à nous protéger, chacun et chacune d’entre nous, indépendamment de notre situation sociale, contre les aléas de la vie. Et demain, avec un apparent meilleur pouvoir d’achat, il va falloir bien passer à la caisse des assurances et autres mutuelles pour l’obtention d’une couverture sociale assurée de façon relativement égalitaire aujourd’hui.

Alors, notre ennemi, ce sont tous ceux et toutes celles qui n’ont pour objectif que de casser ce modèle social dont on a mesuré la valeur comme instrument de solidarité collective des années 45 au début des années 80. Un modèle qu’il aurait fallu développer avec les nouveaux besoins, et l’amélioration de la qualité de ceux existants. C’est ce modèle social que les dominants et l’élite à son service veulent détruire, pour lui substituer un modèle basé sur le profit, le chacun pour soi, c’est-à-dire un modèle où règne la loi du plus fort, sans le moindre souci et respect pour nous, pour nos vies et les générations à venir.

 

Max Dorléans (G.R.S.)