Les modalités d’extension du Terminal de la Pointe des grives suscitent une levée de bouclier  des écologistes. Une opposition à l’utilisation de matériaux sous-marins qui a reçu le soutien de la Communauté d’Agglomération du Centre de la Martinique. La CACEM s’oppose à ce projet qui semble contredire ses efforts d’assainissement et de mise en valeur de la baie de Fort-de-France. La collectivité a d’ailleurs saisi  le Comité de Bassin pour en débattre en séance plénière.

« Une extension contre nature » : une tribune de Jean-Michel Almont, citoyen engagé pour la préservation de la biodiversité de la baie de Fort-de-France, membre du Centre Caribéen du Développement Durable et Solidaire (CD2S).

« A l’heure de la promulgation imminente au niveau national d’une loi protégeant la biodiversité[1], nous voici en Martinique replongés dans l’époque de l’aménagement destructeursans état d’âme des années 1970.

Pour réaliser l’extension du terminal conteneurs de la Pointe des Grives, des ingénieurs divers et variés n’ont pas trouvé mieux comme matériau de remblai que celui de la caye de la Grande Sèche, au cœur de la baie de Fort-de-France, un milieu naturel unique en Martinique, d’une biodiversité riche et inestimable. Il s’agit de détruire 13 hectares de ce récif sur 6 mètres de profondeur pour prélever 800 000 m3. 18 hectares ont déjà été détruits en 2003 pour la construction du terminal, sans aucune restauration.

Un inventaire biologique en cours identifie sur la zone visée, 33 espèces de coraux, dont 5 sont classés par l’UICN (Union Internationale de Conservation de la Nature), 3 « vulnérables » et 2 en « danger », certains sont des monuments coralliens pluriséculaires dont on ne retrouve l’équivalent que sur la barrière de Sainte-Luce, 56 espèces de poissons, dont le rarissime Ange gris, et en quantité Epinephelus striatus, le mérou seul prédateur du poisson lion dans la Caraïbe (classé lui aussi sur la liste rouge de l’UICN), 54 espèces d’éponges, 14 espèces de gorgones, etc.etc.

Le dossier d’autorisation mentionne que le « bilan carbone » et les nuisances dues à l’augmentation du trafic routier seraient défavorables à l’utilisation de matériaux de carrière, et augmenterait l’activité de ce secteur de 10% (sic), il vaut mieux détruire la caye.

Et les dizaines de millions d’euros dépensés pour protéger ce milieu fragile, identifié dans les années 90 comme soumis à une pollution bactériologique intense, en construisant des stations d’épuration (Pointe-des-Nègres SIAFOS 2001, Dillon II Régie des Eaux FDF 1999, Gaigneron Lamentin 2002), en étendant l’assainissement, partiront tout simplement en fumée, mais chacun continuera à en supporter le prix sur sa facture d’eau.

Comment a-t-on pu en arriver à ce dramatique attentat au développement durable et à la logique?

Il faut en premier lieu prendre conscience que la décentralisation portuaire (découlant de la loi du 13 août 2004relative aux libertés et responsabilités locales), inspirée de l’Assemblée Territoriale de Corse qui avait obtenu de l’Etat la cession des ports d’Ajaccio et de Bastia, n’a pas été appliquée en Martinique. Ceci grâce à un amendement déposé à la dernière minute par l’inénarrable sénateur réunionnais Virapoullé (fervent soutien local de la mouvance « chat’ en sac » de 2003). Ces 10 dernières années, pendant que les ports de Brest, Toulon, Nice, Caen, etc, étaient cédés par l’Etat aux collectivités territoriales, en majorité aux Conseils Régionaux, et que ce sont élaborées des politiques de développement portuaire territoriales cohérentes, le port de Fort-de-France est resté propriété de l’Etat, menant ses projets de développement dans l’opacité, bien qu’un vernis de territorialité ait été appliqué sur ceux-ci en 2013 avec la transformation directe d’un port d’intérêt national en Grand Port Maritime de Martinique.

Les politiques, à quelques exceptions notables, semblent paralysés par la situation, les autorisations ont été données par arrêté préfectoral le 10 octobre 2013 et les travaux sont imminents, seule la société civile parait pour le moment en mesure d’arrêter ce crime écologique commis au nom de la conteneurisation et du mal développement, qu’on voudrait travestir en intérêt du citoyen martiniquais. Qui et que serions-nous en acceptant ça? »