Nous avons reçu le 6 décembre 2009 cette tribune de Pierre suedile, Secrétaire général Adjoint du RDM, ancien membre du PPM, et ancien Conseiller Général de Fort-de-France.

« La dignité requiert humilité et respect de la parole donnée

Ayant pris connaissance de la décision du maire de Fort-de-France d’abandonner la mairie pour tenter de présider le Conseil régional, acceptez que je vous apporte de plus amples informations relatives à ce sujet, évoqué dans une émission de KMT.

Avant tout, je veux rappeler que j’ai été membre du PPM et que j’ai du me séparer de militants d’une sincérité à vous décider à vous mettre à l’entier et durable service de l’homme. Nos relations au cours des années se sont attachées à se mouler dans une amitié qui d’aucune manière ne saurait concevoir quelque affadissement ; surtout pas à l’épreuve déstabilisante des vicissitudes de la politique.

C’est ainsi que deux adjoints représentant fort honorablement chacun des genres qu’il nous est donné d’apprécier, m’ont informé de la décision prise par leur maire de s’écarter de la maison confiée, tant par le père et les militants offreurs d’énergie, de courage et d’abnégation, que par les électeurs épris d’une conviction, celle de l’émancipation d’un peuple, que jusqu’ici l’histoire n’a point gâté.

Tourner le dos à la mission, remettre les clefs à un premier adjoint et s’en aller vers des ambitions de président, qui d’un Conseil régional, qui, plus tard, de la première assemblée unique de la Martinique, tout cela révèle des attitudes et des calculs enfouis, dont la source demeure à tout le moins inavouable. Placé alors dans la confidence et dans la stratégie, je me suis surpris à me remémorer ces instants de militantisme, avec mes camarades, sur le terrain, dans les mornes, aux abords des ravines, dans les quartiers les plus excentrés et devant les chaumières dont la vétusté semblait nous dire que le travail ne fait que commencer. User les semelles des chaussures et voir perler la sueur qui vous démontre à quel point la promotion de l’homme requiert humilité, don de soi et solidarité, rappellent inévitablement à la mémoire, en la circonstance, la cause épousée, à savoir remettre en de bonnes mains la maison d’Aimé Césaire.

Il n’est pas question de douter, en ces moments de communion, de l’autre, de celui qui accepte de conserver les clefs et avec elles les valeurs et les buts d’existence de la communauté. Le père n’a-t-il pas montré le chemin en assurant les lendemains quelque cinquante ans de sa vie ? Le prétendant ne s’est-il pas engagé à préserver le seul espace de repli, dans la perspective d’extrêmes difficultés ? L’information m’a donc poussé à m’interroger sur ce départ à l’issue d’une première et unique mandature, et à me questionner sur ce qu’il pouvait advenir de ces grandes causes que le poète a tenté d’inculquer à ceux en qui il avait choisi de placer sa confiance.

Tourner le dos à la mission, à la promesse, à la vocation de celui qui se dit fils spirituel et bâtisseur de ville capitale, se comprend avec d’autant plus de confusion que l’héritier désigné excelle exclusivement dans la propension à faire œuvre de discours insignifiants et dans l’agilité à courber l’échine pour exprimer sa capacité à obéir aux ordres. Qui plus est, ne pas considérer le travail hardi d’adjoints qui inévitablement ne comprennent pas le choix, c’est aussi provoquer nombre troubles, inexorablement préjudiciables aux avancées tant attendues.

Au nom de l’amitié, j’en appelle à mes anciens frères de lutte. Eu égard au respect dont je ne peux les priver, j’interpelle également ceux et celles, compagnons de Césaire, qui croient, qui espèrent et qui portent en eux les valeurs léguées. je m’adresse aux Martiniquais, électeurs foyalais et d’ailleurs, dont la ténacité démontre la détermination à conserver le pas vers la responsabilité, l’autonomie, pour que triomphent la raison , l’humilité et la rectitude politique.

Je vous dis simplement, quelle que soit votre appréciation des positions de chacun, quelle que soit votre interprétation des pistes qui s’offrent à notre peuple, le courage politique et la fierté de la parole donnée doivent demeurer les seuls ingrédients d’un avenir de dignité et de respect des hommes. »

Pierre SUEDILE