Cette tribune est signée de Pierre-Jean Patron, militant socialiste, et membre de Dynamique 73.

 » Toute une idéologie du ressentiment et de la vengeance historique, attisée par certains chefs politiques, par ailleurs totalement incompétents à toute gestion sérieuse, relayée par des intellectuels avides de prébendes, généralement à la recherche de prix bien français, s’est fait jour, s’est largement développée et s’est incrustée dans beaucoup d’esprits.

A l’ombre d’une histoire repensée dont on a fait soigneusement disparaître tout ce qui pouvait être gênant, ainsi Schœlcher un peu trop blanc, on a crée un politiquement correct. La nation, l’identité, la revendication culturelle toutes ces notions qui par ailleurs peuvent paraître légitimes, n’ont servi dans certaines mains, qu’à bâtir une philosophie de l’exclusion et du rejet sur base de victimisation. Nos ancêtres qui se sont battus, vraiment battus, eux, au prix généralement de leur sang, d’abord pour la liberté, contre l’abject crime de l’esclavage, ensuite et ceci pendant plus d’un siècle pour leurs droits de citoyens au sein de la République, sont encore une fois sommés de se présenter à la barre de l’histoire. Leur combat est récupéré comme étant un combat pour la libération nationale. Car l’objectif déclaré de nos indépendantistes aux petits pieds, c’est la LIBERATION NATIONALE.

Cependant, dans un pays où seulement une fraction de 2 % de la population se déclare pour l’indépendance nos émancipateurs ne sont pas fous. Ils savent bien et ils en font l’expérience tous les jours, que leur élucubration n’a aucune chance de convaincre. Dans leur œuvre d’auto-détermination nos braves indépendantistes ne pouvaient se lancer décemment dans la voie de la violence. L’hostilité prévisible de la population aussi bien que les traditions de la Martinique ne se prêtent pas à un terrorisme violent, pas plus que leur propre avidité. Alors ils ont choisi la seule voie possible pour eux, celle du mensonge, de l’hypocrisie, du terrorisme intellectuel. Ils ont choisis, à partir d’une histoire constamment prise en otage, de savamment distiller le poison de la haine. La haine à toutes les sauces et pour tous les goûts.

La HAINE contre l’Autre. Contre tout ce qui n’est pas nous. Pardon, contre tout ce qui n’est pas eux, qui ne pense pas comme eux.

La HAINE contre la France. Une France abstraite chargée à tout jamais de tous les mots et en particulier le colonialisme. On aurait tort de croire que c’est la Martinique qu’ils aiment. Non c’est tout simplement la France qu’ils haïssent. Mais plus généralement leur haine va à l’Amérique, à l’Occident à tout ce qui est blanc et même à la démocratie, invention de l’occident n’est-ce pas ?

La HAINE contre le béké. N’est –il pas le descendant du colon ?

La HAINE contre le métropolitain. Mal coiffé, il sent. Affublé de ces défauts corporels, il est donc par excellence l’étranger qui peut être haï. Assurément le Président SARKOZY, lui, doit sentir très bon.

La HAINE contre le Martiniquais en général. Du moment qu’il ne fait pas ce qu’ils veulent, il devient un nègre franchouillard et un petit nèg.

Bien sur, nous avons été, nous sommes bien souvent victimes du racisme. Mais le racisme est un crime. S’il y a des guerres justes, il ne peut y avoir des crimes justes. On ne peut répondre au crime par le crime. Devons nous perdre notre arme principale qui est l’avantage moral en adoptant précisément un comportement et des idées que nous devons combattre ? En réalité cet argument n’est qu’un prétexte pour déverser sa propre haine.

Et toute cette rage se voit, se sent, se touche presque. Elle dégouline des violences verbales d’un président d’assemblée éructant contre deux conseillères régionales qui ne faisaient que leur devoir. Leur vrai celui-là. Celui qui leur a été confié par leurs électeurs : vérifier la bonne gestion de l’assemblée régionale. Cette haine éclate contre les jeunes Martiniquais coupables de lèse majesté. Ce comportement de violence verbale est repris par l’ensemble des seconds couteaux qui se croient obligé d’imiter le chef. Ainsi un lieutenant peu futé se laisse aller à dire tout haut ce qu’ils disent tous à voie basse dans leur réunions. Ce comportement s’étend à tout un camp, énervé de ne pourvoir s’imposer, alors même que l’objectif est là, à portée de main presque. En effet il y a là tout prêt, les postes valorisants de ministres, la terre des békés, des zoreils, des nègres franchouillards, qui parle de MUGABE ? Et aussi les rencontres prestigieuses avec les chefs de la Caraïbe. On pourra enfin jouer à la grande puissance. Peut-être pas dans la cour des grands, mais au moins dans celle des petits.

Ainsi donc, nous serions commis à un devoir de haine. Devoir de haine parce que nos ancêtres ont été esclaves. Et qu’à tout jamais nous devions rester amarrer à un passé dont ces mêmes ancêtres ont pourtant triomphé depuis longtemps. Devoir de haine parce que nous serions sous le joug d’une puissance coloniale. Devoir de haine parce que nous aurions une couleur de peau différente. Devoir de haine parce que nous devrions faire triompher la « Nation ». Devoir de haine qui s’imposerait à tous les « patriotes »

Mais cette haine à une utilité pratique. Elle s’inclut dans une stratégie peut être consciente et pensée. Là en effet où l’on ne peut convaincre à partir d’arguments probants on peut par contre mobiliser à partir d’éléments émotionnels. Là où sur le plan rationnel (économique, social…) on aurait des difficultés à s’expliquer, il est beaucoup plus facile de l’emporter sur le plan de l’irrationnel. D’où la victimisation qui appelle bien sur la vengeance qui repose en général sur la haine.

Ainsi, les martiniquais seraient d’éternelles victimes. Victimes de l’histoire, de l’économie, du blanc, du colonialisme. Qui ne se range à cet avis est forcément un traitre. Traitre à la Nation Martiniquaise, un ringard et surtout un ennemi du peuple. A tout le moins un être malfaisant et certains dont un « écrivain national » promettre à ces empêcheurs de tourner en Nation de leur régler leur compte dès qu’ils auront le pouvoir (et pourquoi pas tout de suite ?).

La confrontation résultat de cette politique du pire que l’on voudrait imposer par tous les moyens sert à sommer chacun sans attendre et sans réfléchir à choisir son camp. A choisir sans autres éléments à prendre en compte, que ce choix populiste qui serait entre le camp des noirs ou celui des blancs, le camp des colonialistes ou des victimes du colonialisme, le camp des amis ou des ennemis du pays, le camp de ceux qui suivent le chef ou le camp de ceux qui, ignobles individus, sont contre lui.

Mais à bien y regarder toute cette HAINE que charrient nos séparatistes de tous crins est au fond une haine contre eux-mêmes. Car ne nous trompons pas, la haine de l’autre commence toujours par la haine de soi-même ou d’une partie de soi-même. Cette haine à pour première conséquence de faire d’eux des aigris. A moins au contraire qu’ils ne soient plein de haine, que parce qu’ils sont déjà des aigris.

En tout cas, un président d’assemblée, peut-être pas pour bien longtemps encore, alors qu’il était en campagne électorale nous disait : Yo pa ka pa ba moun ki ravin séparé lajan. Yo pa ka ba moun ki fen séparé manjé. Pour que le tryptique soit complet ajoutons que surtout :

YO PA KA BA MOUN KI ÈGRI ÈGZERSÉ POUVWÈ LA

Et enfin ne laissons pas toute cette haine nous emporter. La solution de tous nos problèmes qui sont nombreux et cela est vrai, ne passe pas par l’étroit chemin de la HAINE, celui par trop commode dans lequel certains stratèges du 74 voudraient nous entrainer.  »

Pierre Jean PATRON