Pierre Suedile est Secrétaire Général Adjoint du RDM (Rassemblement Démocratique pour la Martinique).

« Je suis à tout le moins étonné du comportement de certains qui prétendent appartenir au groupe de ceux qui réfléchissent et qui se doivent d’éclairer les consciences. Je ne suis pourtant pas surpris outre mesure car j’évalue le poids du sentiment de culpabilité qu’instillent insidieusement ceux qui brisent les solidarités et les convivialités, pour s’installer, dominer ou simplement assouvir leur sentiment de supériorité.

Nombre de régions pourraient servir d’exemples et partout, le même schéma, la même trame qui démarre par la croix, le fusil et les belles intentions, pour évoluer ensuite vers les vertus de la colonisation inscrites dans les confins de cerveaux formatés, pour servir à souhait et courber l’échine à volonté.

Une fois cette étape terminée, vient alors celle de la mise au pas décrétée et portée, tant par l’autorité et les profiteurs indigènes de situation, que par de nouveaux venus revêtus du sentiment d’être les propriétaires des lieux, et en quelque sorte indisposés par des gêneurs insuffisamment policés pour répondre aux canons de la citoyenneté. La leur, celle qu’ils ont consenti à partager pour confirmer la générosité de « la Civilisation ». De temps en temps, il faut bien nourrir ces rêves que les autres, ceux des continents qui ont eu l’outrecuidance de vouloir se hisser à niveau, cherchent à concrétiser dans les métropoles de plus en plus synonymes de charters et de déportation.

Au détour d’une dynamique bien sombre pour ces peuples de la misère, de l’exploitation et du mépris, apparaisse alors quelque dénonciation iconoclaste destinée à faire pleurer ou à aiguiser les derniers soubresauts de dignité et de mécontentement, manière de prouver que les temps ont bien changé. Non! Les temps, les acteurs et les desseins demeurent et iront en s’amplifiant, en cette époque où les éducations excellent dans leur capacité à modéliser et à instrumentaliser les âmes et les velléités. Toujours au profit des mêmes, toujours aux dépens des autres que la couleur de la peau confine dans les mêmes espaces, dans les mêmes situations de dépendance et dans les mêmes états d’aliénation.

Il faut oublier disent-ils ce passé qui pourtant continue de déterminer et d’influencer le présent et le futur. Il faut oublier ces notions de nation et de peuple qui ne peuvent résister à une mondialisation arc-boutée sur la libre circulation de tout, à l’exception des hommes. Il ne faut pas voir ces murs que la Civilisation dresse pour favoriser certains, les mêmes, et « ghettoriser » les méchants, ceux d’hier et d’aujourd’hui, ceux des espoirs détournés

J’en appelle aux humanistes et aux militants de la condition humaine, j’interpelle les mémoires et les intelligences pour que l’homme et les peuples s’inscrivent dans les préoccupations, dans les promotions et dans les derniers combats qui vaillent. En ces temps d’individualisme, de reniements, de calculs et de rêves, j’affirme que l’histoire ne nous offrira pas très vite, d’autres occasions de faire homme, peuple, homme et peuple épris de dignité.

Acceptez que je fonde ma pensée sur les souvenirs tragiques de tous ceux qui, en Nouvelle Zélande, en Australie, en Argentine, au Zimbabwe ancienne Rhodésie raciste, au Brésil, ici et ailleurs, partout où les talons de la Civilisation se sont posés pour imposer et écarter, plus près de nous dans la région de Kourou, plus proche de nous dans l’île de Mururoa, se sont détournés à tort des vraies pistes de l’émancipation.

Apprenez-leur que les conséquences ne se comptabilisent qu’à l’aune des sueurs, des sangs et de la dépossession des libertés de l’esprit et du corps. Dites-leur que la lutte sublime, transcende et honore ses auteurs. Démontrez-leur que la culpabilité nait et prend corps, des calculs de ceux qui désirent qu’ils se taisent. Montrez-leur que la géométrie des horizons de l’homme ne doit surtout pas servir les intérêts des autres. Chantez-leur l’hymne de celui qui a consacré sa vie à leur ouvrir les seules voies du possible. Placez à leur intention sur la plus haute marche, les aspirations à la liberté, à la dignité et à la créativité. « 

Pierre SUEDILE