Tribune – Emmanuel de Reynal |

Un savant dit Ă  une puce : Saute !

La puce saute.

Le savant lui coupe deux pattes et dit à la puce : Saute !

La puce saute, mais un peu moins haut.

Il lui coupe les quatre pattes et dit : Saute !

La puce ne saute pas. Alors le savant conclut : « Lorsqu’on coupe les pattes d’une puce, elle devient sourde. »

Les entreprises de Martinique sont-elles devenues sourdes ? N’entendent-elles pas les appels des jeunes qui veulent rentrer au pays ? Les supplications de celles et ceux qui rĂȘvent d’investissements, de projets et d’emplois ?

Les ponctions publiques ont coupĂ© la premiĂšre patte de nos entreprises en rĂ©duisant leurs dispositifs d’aide Ă  l’investissement et en veillant Ă  ce que leurs charges d’exploitation les rendent inopĂ©rantes dans la CaraĂŻbe.

Une deuxiÚme patte a été coupée en limitant leur accÚs aux fonds européens, en leur infligeant des délais administratifs interminables et en rallongeant la durée de paiement de leurs factures.

Comme elles bougeaient encore, on pouvait leur couper une troisiĂšme patte en fermant le robinet de la commande publique et en bouchant la vue sur l’horizon Ă©conomique. Avec un tel traitement, elles n’étaient plus vraiment attractives. Elles n’avaient plus d’autres choix que de regarder partir, impuissantes, leurs investisseurs, leurs salariĂ©s et leurs clients


Et c’est sans doute la loi de finance 2019 qui finira par les rendre dĂ©finitivement « sourdes » en leur coupant la derniĂšre patte !

En plus des mesures et taxes nouvelles qui viennent ponctionner nos entreprises et compromettre l’avenir de nos filiĂšres stratĂ©giques (Habitat, rhum, hĂ©bergement touristique
), la rĂ©forme des aides Ă  la compĂ©titivitĂ© supprime en effet 180 M€ de l’économie ultramarine, contrairement Ă  l’engagement du gouvernement de maintenir constant le pĂ©rimĂštre de ces aides.

La Fedom s’est rĂ©cemment Ă©mue de ces mesures dĂ©sespĂ©rantes en prĂ©sentant des simulations chiffrĂ©es par le cabinet Mazars, et en soulignant Ă  juste titre le dĂ©calage entre les dĂ©clarations d’intention du gouvernement et ses actes concernant nos territoires.

Jamais en effet ce dĂ©calage n’a Ă©tĂ© aussi grand : ponctions et taxes sur les entreprises sont les seules rĂ©ponses proposĂ©es aux questions de compĂ©titivitĂ©, d’attractivitĂ© et de confiance.

Pas Ă©tonnant qu’avec de telles amputations, la Martinique soit complĂštement sourde Ă  se dĂ©velopper !