Tribune – Marie-Michèle Darsières

L’Endroit c’est ce que l’on entend, l’Envers c’est ce dont on a entendu parler. On comprendra que pour l’acceptation de ce genre de pratiques, il va falloir encore beaucoup de temps, il y aura encore des déséquilibres qui entraîneront des changements dans notre manière de comprendre les évènements…

Il faudra bien s’interroger sur cette question de fond qui fait débat : qu’est-ce que la Liberté ? Cette Liberté, déclinée, conjuguée, que l’on tourne et que l’on retourne, chacun l’adaptant à sa sauce. La Liberté serait-elle déclinable ? Liberté d’expression, Liberté d’aller et de venir, Liberté de la science et de la recherche, Liberté des uns et pas celle des autres ? Pourtant il n’existe qu’une seule et unique forme de Liberté : celle qu’alimente la Conscience. Parce que l’on ne peut être libre sans que la conscience ne le soit également. Chacun de nous peut bien mourir, mais nous voulons que cet idéal de Liberté vive ! Les hommes disparaissent, mais leurs flambeaux sont repris. Les menaces se transforment, mais un fanatisme en vaut bien un autre. Les guerres se succèdent, mais les idéaux, eux, doivent demeurer…

L’actualité terrifiante, horrible que nous traversons nous invite à réfléchir sur la liberté d’expression, et sur ce qui fait une république et une démocratie. Chacun doit mettre des gants, réécrire, repenser ces mots, parmi d’autres, les faire résonner-raisonner, comme un appel à la responsabilité face aux tragiques évènements, à l’étouffement des perspectives, au rétrécissement de leur écart, à l’épuisement du sens, au dépérissement du monde où Charlie, parmi d’autres, avec d’autres, pense, parle, rit, pleure, dessine, écrit, s’écrie « Je suis Charlie » … qu’est-ce que ce cri veut dire? Pourquoi a –t-il entrainé tant d’autres cris ? Je suis Hamed, Je suis Clarissa …. qui suis-je si je suis Charlie, qui sommes-nous si nous sommes tous unanimement Charlie, Clarissa ou Hamed? Que peut-il rester de NOUS si nous sommes tous Charlie? Si « je suis Charlie », cela ne veut-il pas dire que je suis un autre, un autre qui représente l’urgente nécessité des autres?

La liberté. Qu’est-ce que cela pourrait-il bien signifier après les évènements récents qui ont frappé la France, et le monde entier indirectement ? La liberté, de son verbe libérer, signifie avoir le choix, savoir choisir entre plusieurs possibilités. Mais le Monde n’est pas la France. La liberté n’est pas l’héritage d’un seul pays. Elle est universelle. Même si la France est symbolique pour sa Révolution Française, ses Droits de l’Homme et du Citoyen .  La Liberté n’en demeure pas moins l’héritage de tous au final. Et surtout parce qu’il n’existe pas UNE Liberté, mais DES Libertés….Surtout parce que la première des libertés est celle de la Liberté d’expression . Que l’expression, est la première arme de l’Homme . Et que si cette Liberté n’existait pas, nous vivrions sous le joug d’un totalitarisme planétaire qui nous castrerait de toute envie de dire ce que l’on pense, et donc d’exister par nous-mêmes. Ce drame lié à Charlie Hebdo a soulevé bien des interrogations, au delà même du crime et du terrorisme qui sont largement condamnables . Charlie Hebdo , au nom de la liberté d’expression, n’est-il pas allé trop loin dans ses satires ? jusqu’où peut aller cette Liberté dont les conséquences entrainent tout un Peuple mis en danger à travers le Monde aujourd’hui ? Chacun est en droit de se poser ces questions …. Et peut être tenté d’opposer à ce terrorisme glacial hérité d’une interprétation très particulière de l’Islam, un autre terrorisme : celui des intégristes athées, aiguillonnés par la renaissance d’un nihilisme que l’on croyait enterré.

Car enfin, les caricatures des dessinateurs de Charlie Hebdo, au delà de la simple moquerie peuvent être interprétées jusqu’à la limite de l’insulte… sous couvert de liberté d’expression, tout confondu : Dieu, Mahomet, Jésus, Sœur Emmanuel, le Pape etc… On peut y voir revendiquer la Liberté, sans l’asseoir sur la Raison, sur la Conscience . Certains peuvent même aller plus loin, ce serait le transfert de l’homme à une sorte de liberté divine . Une Liberté, incertaine de l’adhésion de tous, en fait volontairement provocatrice, n’ayant plus ni Dieu, ni Maître, et qui s’engouffre dans des habitudes prenant le risque d’être bousculée, et donc d’engendrer la violence . Il sera temps pour la France de revoir sa notion de Liberté afin qu’y soit associée en toute conscience, celle du respect de l’identité de chaque composante de sa société : Liberté, Egalité, Fraternité … mais aussi IdentitéS .