Tribune – Robert Sae - Le vote pour la désignation des conseillers qui dirigeront la nouvelle Collectivité Territoriale de Martinique (CTM) était incontestablement historique. D’abord parce qu’une évolution institutionnelle venait mettre fin à l’hérésie de la « Région Monodépartementale.» Ensuite parce que ces élections  ont permis d’évaluer les mutations profondes qu’a connu le paysage politique martiniquais au cours de cette dernière décennie.

LES CONSTATS

A/  L’abstention – près de 59 % – reste écrasante et confirme, d’une part, la méfiance de la majorité de la population à l’égard des partis politiques qui pratiquent le jeu de l’alternance et, d’autre part, sa désillusion quant à la possibilité des institutions de porter réponse à ses difficultés quotidiennes.

B/ Dans notre pays, comme à l’échelle internationale, s’affirme une dynamique d’engagement  citoyen.

Constitué il y a moins d’un an, le mouvement NOU PEP LA  a recueilli 6,4 % des suffrages exprimés. Cette dynamique regroupe des militantes et des militants politiques, féministes, associatifs, des syndicalistes, des agriculteurs, des chefs d’entreprises, des sans partis de tous âges qui se sont accordés sur des valeurs et des principes exprimés dans un manifeste « Pour une Martinique vivante, écologique, citoyenne, solidaire et écologique ». La qualité des propositions exprimées, la sérénité et la droiture de son porte flambeau, Marcellin NADEAU, ont  été largement reconnues.

La liste « Martinique citoyenne » conduite par Nathalie JOS, quant à elle, sans appareil et sans expérience électorale, atteint 3,21 %.

C/ Pour la première fois, à l’occasion de ces élections,  on a pu constater  une véritable implosion de nombreux Conseils Municipaux. Les membres des majorités ne se sont pas soumis au choix du maire ou du parti politique auquel il appartient et se sont porté candidats sur les listes les plus diverses.

D/ Les frontières idéologiques se sont déplacées et le clivage traditionnel « gauche - droite » s’est redessiné.  L’alliance constituée autour du PPM regroupe des élus et des groupes qui ont fait le choix du libéralisme économique. Le projet anticolonialiste est occulté par la recherche d’un partenariat avec les autorités Françaises dans « le cadre de la République ».

Après une nuit de tractations, le MIM, avec l’aval du Parti Communiste Martiniquais, du RDM de Claude LISE, du PALIMA de Francis Carole, annonce la fusion de leur liste commune  avec celle de Yann MONPLAISIR. Ce dernier, c’est le nouveau chef de file de la droite et le  relais en Martinique des Républicains de Nicolas SARKOZY.

Ces rassemblements illustrent bien que de nouveaux camps se sont distingués. En Martinique, comme au niveau planétaire, on assiste à une démarcation de plus en plus évidente entre, d’une part,  ceux qui remettent en cause fondamentalement le système économique dominant ainsi que son mode de représentation politique et, d’autre part, ceux qui persistent à aménager ce système dans le cadre de l’alternance.

E/ Le chantage au largage et l’agitation de l’épouvantail de l’indépendance n’a plus d’impact significatif sur la population, même si les provocations de la liste dite départementale (elle prétendait que la carte vitale ne serait plus valable  à partir du 1er Janvier) ont pu susciter des inquiétudes ici ou là.  Cette liste  avait clairement indiqué qu’elle considérait ces élections comme un référendum pour ou contre le maintien du statut départemental. Elle a été renvoyée à sa « représentativité » avec 2,05 % des suffrages.

 

En conclusion, quels que seront les résultats du second tour, une chose reste sure, des mutations profondes sont en cours et conduiront à une complète recomposition du  paysage politique martiniquais.

Robert SAE

05 / 12 / 2015