Analyse Politique | Abonnez-vous et accédez à la totalité de nos articles | La guerre est ouverte au sein du mouvement indépendantiste martiniquais. Au coeur des affrontements, la décision d’Alfred Marie-Jeanne d’apporter son soutien au divers gauche Fabrice Dunon pour les législatives au Centre. Une décision qui dérange au sein du MIM, où deux candidats « maison » avaient fait acte de candidature, parmi lesquels la conseillère territoriale ducossaise Aurélie Nella, soutenue par une large majorité de « komité patryiot ».

Vendredi, plusieurs membres du conseil national du MIM éditaient un communiqué dénonçant vertement une décision unilatérale d’Alfred Marie-Jeanne. Il n’aura pas fallu davantage pour mettre le feu aux poudres. Dans un communiqué en réponse, Daniel Marie-Sainte, secrétaire à l’organisation du MIM a fustigé l’action de « quelques fractionnistes », mettant en cause deux d’entre eux, Sylvain Bolinois, membre historique du MIM, et Marianne Malsa, dressant un parallèle entre ce dernier et son frère Garcin Malsa, qui avait lui-même fait dissidence du mouvement d’Alfred Marie-Jeanne il y a de cela plusieurs décennies.

En réalité, depuis plusieurs mois, et depuis en particulier l’épisode G20, les tensions s’accumulent entre Alfred Marie-Jeanne et ses fidèles, et Jean-Philippe Nilor et ses soutiens, largement alimentées par certains blogs et réseaux sociaux. Le député du Sud, qui avait sans succès tenté de convaincre Alfred Marie-Jeanne de la nécessité d’une liste d’union avec les membres du G20, s’était vu tancer par le leader du MIM en 2015. Depuis, il était rentré dans le rang, et avait soutenu une candidature d’Aurélie Nella au Centre-Atlantique.

Mais Alfred Marie-Jeanne a fait d’autres choix. Des choix qui pourraient avoir pour but de stopper les ambitions de son ancien poulain. A Fort-de-France, il a choisi de soutenir Francis Carole, son partenaire du Palima, grand concurrent de Jean-Philippe Nilor pour le leadership futur de la grande famille indépendantiste. Dans le Nord, à priori pas de candidat, pour laisser le champs libre à Yan Monplaisir, allié de décembre 2015. Et au Centre, soutien à Fabrice Dunon.

En résumé, Marie-Jeanne fait le choix étonnant de ne positionner aucun candidat de son parti sur trois circonscriptions. Que peut-on déduire de ce choix ? Probablement qu’il favorise l’alliance au détriment de son propre parti, pour diluer l’influence de Jean-Philippe Nilor, et permettre que le leadership indépendantiste puisse éventuellement, dans une famille élargie, être assumé par un autre élu.

C’est le nouveau coup politique d’Alfred Marie-Jeanne, qui « attend » désormais les démissions des « fractionnistes » et de leurs soutiens. Un coup politique avec un handicap : des décisions prises en dépit des autres instances du parti, et qui heurtent aujourd’hui certains de ses militants. Invité du journal d’ATV, Jean-Philippe Nilor aura d’ailleurs habilement tiré profit de ce caractère unilatéral des décisions annoncées. Le député qui a indiqué que si Alfred Marie-Jeanne était libre de soutenir qui il souhaitait, il pouvait lui aussi apporter un soutien personnel à un membre de son propre parti.

L’on saura dans les prochains jours si Alfred Marie-Jeanne réussit son énième coup politique, ou s’il précipite l’implosion de son parti. De son côté, Jean-Philippe Nilor qui semble avoir eu le temps de renforcer sa propre influence au sein de son parti, ne manquera pas d’afficher sa volonté de le reprendre en main, ou de le quitter sans nul doute avec bon nombre de militants.

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