C’est un article du « Midi Libre » qui a attiré l’attention de la conseillère régionale UMP de Guyane Christiane Ichoung Thoe Finance. Le Maire Guy Durand, et les instances municipales s’inquiètent de la présence dans le centre ville d’une communauté de jeunes « que l’on a du mal à intégrer », pour la plupart originaires de Saint-Martin. Sur fond de suspicion de trafic de drogue, entre amalgames douteux et épidermiques, Millau, ville socialiste, se lancerait t-elle dans la classification de sa population française ? De quoi faire bondir une élue qui avait très vivement réagi lors de l’affaire Vialatte, et qui a notamment signalé cette situation au président de l’intergroupe DOM du Sénat Georges Patient, et au Ministre de l’Outremer.

« Monsieur le Ministre,

Je vous prie de trouver ci-joint copie de mon courrier à l’attention du Maire de la commune de MILLAU ( 12100) sur un sujet qui m’interpelle au plus haut point, s’agissant de la stigmatisation et du communautarisme dont semblent faire l’objet des jeunes français d’outre-mer au sein même d’instances institutionnelles telles le CLSPD.

L’affaire VIALATTE m’ayant exacerbée et choquée, je veux croire que celle-ci ne soit qu’une mauvaise lecture de ma part de l’article référencée du midi libre.

En ma qualité d’élue ultra marine de la Région Guyane, je sollicite de votre Ministère un regard particulier pour comprendre exactement pourquoi des jeunes français sont stigmatisés et communautarisés dans cette commune, et pourquoi leur circulation ou séjour (date d’arrivée voir l’article) sur le territoire communal pose problème. Mais également savoir si la municipalité baisse les bras sur l’avenir de ces jeunes en situation précaire, comment votre ministère compte les y aider.

Bien qu’étant loin de ma base guyanaise, je ne peux rester insensible aux difficultés que rencontrent des jeunes français, de plus issus de l’outre-mer.

Dans cette attente, je vous prie de croire Monsieur le Ministre, en l’assurance de mes salutations très distinguées.

Christiane ICHOUNG-THOE FINANCE, Conseillère Régionale de Guyane

|L’article du Midi Libre

Millau : Qui sont ces jeunes Antillais installés dans le centre ?

Le Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance était réuni en assemblée plénière, en mairie.
Un enquête menée auprès de la communauté a été dévoilée mardi matin lors du CLSPD.

C’est une communauté qui nourrit interrogations ou parfois fantasmes. Et l’actualité de la semaine passée, avec le démantèlement d’un important trafic de cocaïne en provenance des Antilles françaises (Midi Libre du 21 et 22 mai), n’a fait que dégrader un peu plus encore auprès de la population locale, l’image des jeunes Antillais installés dans le centre-ville.

Hasard du calendrier : mardi matin, lors de son assemblée plénière en mairie, le Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD) a dévoilé les premières données d’une enquête menée sur « les jeunes majeurs et mineurs issus des Dom-Tom et arrivés sur Millau sans adultes référents ».

Pour cela, un groupe de travail a été créé. Il regroupe en son sein le Centre d’information et d’orientation (CIO), la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), le Service pénitentiaire d’insertion et de probation (Spip), la police municipale, la Mission générale d’insertion (MGI) et la Mission locale. « On a souhaité avoir des éléments statistiques précis », explique le maire Guy Durand. Afin de connaître la réalité de la situation de ces Antillais et les problématiques auxquels ils sont confrontés, en matière de logement, de déscolarisation ou d’accès à l’emploi.

45 jeunes vivent à Millau

Au total, 54 jeunes ont été recensés ; 45 vivent toujours à Millau. Parmi ceux-là, tous sont majeurs et il y a très peu de jeunes femmes (trois seulement). Quasiment tous vivent dans le centre ancien, chez des bailleurs privés. « Ils sont tous recensés et suivis par la Mission locale, il n’y a pas de gens qui passent à travers les mailles du filet », assure Guy Durand. « La bonne nouvelle », selon le maire, c’est que 17 d’entre eux sont en situation d’emploi (apprentissage, intérim « régulier », CDD ou CDI) et six sont en formation qualifiante. Soit la moitié d’entre eux. Parmi les autres, sept sont suivis par le Spip, dont certains incarcérés (des chiffres qui sont antérieurs au coup de filet de la semaine passé lors duquel cinq personnes ont été interpellées, ndlr).

Sur les raisons de l’implantation de cette communauté à Millau, le premier édile confie qu’il n’y a « pas vraiment d’explication ». « Les premiers Saint-Martinois sont arrivés il y a quelques années pour suivre une formation au lycée professionnel. Et puis il y a visiblement eu un message autour d’un “Eldorado millavois” et beaucoup de jeunes sont venus… Mais là, ça a ralenti. »

Un message à destination des autorités de Saint-Martin

Le groupe de travail en charge du dossier entend travailler avec les autorités d’origine afin de sensibiliser les familles à leurs difficultés en métropole. « La ville de Millau est en crise, on ne peut pas accueillir des jeunes sans formation, une population que l’on a du mal à intégrer, ajoute Guy Durand. C’est le message que l’on veut faire passer auprès des autorités de Saint-Martin. »

Et localement, en cas d’actes délictueux, le maire demande à ce que soient transmis des signaux de fermeté : « Cette communauté, pas plus que les autres, ne peut faire sa loi. » |