Barack Obama est depuis le 5 novembre 2008 le 44ème président des Etats-Unis d’Amérique. Premier président non-blanc de la première puissance mondiale, il a néanmoins mené campagne en prenant soin de se placer au-delà des clivages raciaux. Un positionnement qui s’est révélé payant.

A la veille de son entrée à la maison Blanche, nous nous étions intéressés à son épouse Michelle, directement issue elle de la minorité noire du pays, et qui devra – davantage encore que le président – prendre en compte les attentes immenses des américains les moins privilégiés, parmi lesquels ceux de sa communauté.

Un président américain…avant tout

Si l’élection de Barack Obama ouvre le champs de tous les possibles, elle n’effacera pas d’un coup de baguette magique les souffrances des africains-américains. Elle ne guérira pas instantanément les plaies de l’esclavage puis de la ségrégation, elle n’annihilera pas le racisme, profond ou ordinaire, elle ne résoudra pas les injustices, les frustrations, les dépendances, la misère et les ghettos.

Barack Obama est depuis 1980 le président le mieux élu en nombre de grands électeurs (364 contre 163 à son adversaire). Il est également élu sur la base du plus fort taux de participation (66%) observé aux Etats-Unis depuis 1908, taux de participation lié à sa personnalité, et aux efforts de mobilisation déployés par ses équipes tout au long de la campagne.

Ces résultats sont la preuve que Barack Obama a véritablement réussi à dépasser tous les clivages, et à apparaître comme un américain, avant tout. On imagine donc mal que ce président des Etat-Unis puisse se comporter autrement que comme le président de tous les américains, qu’il est. Né d’un père kenyan venu étudier aux USA, et d’une mère blanche issue de « l’amérique profonde », élevé successivement aux Etats-Unis, en Indonésie puis à HawaÏ, Obama est de surcroît une véritable synthèse.

C’est très légitimement qu’il a su incarner l’idéal américain, celui des pères fondateurs, dont il a sans cesse martelé l’héritage depuis 2004 et son entrée sur la scène nationale américaine.

Décidément non, Barack Obama ne devrait pas particulièrement être « le » Président des africains-américains.

Fille d’une communauté

Comme lui issue d’un milieu modeste, Michelle Robinson est devenue avocate à la force du poignet. La comparaison s’arrête là. Issue de la minorité « africaine-américaine » de Chicago, la désormais première dame a largement revendiqué ses origines durant la campagne, et ne pourra se dérober à des « responsabilités » raciales et sociales…jamais très éloignées l’une de l’autre aux Etats-Unis.

Autant les retards qu’il prendrait dans la mise en œuvre de son programme social – et voire même les promesses qu’il ne tiendrait pas – pourraient être pardonnées au Président, « prisonnier » d’une fonction, et fils de toute la nation…autant rien ne sera pardonné par les noirs à Michelle Robinson, enfant de la communauté.

Son mari doit répondre aux attentes du pays…croissance, emploi, sécurité, santé…Michelle Obama devra qu’elle le veuille ou non veiller au sort des siens. L’élection a créé chez eux l’espoir…seule Michelle est en mesure d’amoindrir les inévitables désillusions qui naîtront, pour tenter de conserver à son mari l’attachement politique de communautés qui lui ont massivement fait confiance : si comme les autres présidents il a pu compter sur un vote des blancs comparables à celui des précédentes élections, 96% de voix noires exprimées et plus de 60% des voix latino l’ont été en sa faveur.

Le Président a promis une “redistribution” des impôts au profit des classes moyennes et des plus modestes, la sortie de la crise des « subprimes » (ces crédits immobiliers ruineux en partie responsables de la crise financière), la mise en place d’un système de santé public, déjà envisagé par tous les présidents démocrates et leurs premières dames… à la différence de celles qui l’ont précédée, Michelle Obama a envers les noirs une responsabilité communautaire, et l’obligation de faire aboutir ces promesses de progrès social du candidat Obama.

Loin du rôle principalement caritatif de la plupart des premières dames, Michelle Obama devra peser de tout son poids, et user de tout son talent au cœur du débat politique.

Plus encore que celle de son époux, qui reste – au delà des symboles – plus traditionnelle , la charge qui attend Michelle Obama dès le 20 janvier est immense et délicate.