Politique Publiques propose aujourd’hui à votre lecture ce texte reçu de Max Dufrenot, dirigeant du mouvement politique « Congrès Populaire Martiniquais », qui s’il fallait le classer se situerait clairement dans le camp dit des « anticolonialistes ».

«  NOTRE CHOIX AU REFERENDUM

Max Dufrénot et le Congrès Populaire Martiniquais

Empêchons la disparition de notre peuple

D’abord je voudrais dire que j’ai une très grande considération pour les élus d’abord parce qu’ils sacrifient une bonne partie de leur temps a s’occuper de la chose publique même si souvent ils sont payés pour le faire ; ensuite parce qu’ils détiennent la légitimité populaire ; enfin parce que je compte beaucoup d’amis parmi eux, de bords différents, indépendantistes, autonomistes et départementalistes. Je respecte l’opinion de chacun ; mais l’amitié que j’ai pour eux ne peut m’empêcher de m’exprimer en tant que citoyen libre, surtout si c’est pour faire une analyse de la situation, différente de la leur. Alors il ne faut pas qu’ils prennent mes observations pour des attaques, mais plutôt qu’ils acceptent que je les contredise. C’est fort de la légitimité de mon esprit que je n’ai pas perdu la faculté qu’a mon cerveau de fonctionner et de réfléchir ; et le fruit de ces réflexions, il serait égoïste que je les garde pour moi

Le tableau actuel qu’évoquent les élus de nos assemblées, et je vous demande de ne pas vous froisser devant le réalisme de l’image, me fait penser à une bande de funambules : équilibristes, acrobates, jongleurs, se délectant dans la mascarade organisée par l’Autre.

Le gouvernement français a sorti ses armes miraculeuses les articles 73 et 74. Et nos élus se les arrachent avec plus de boucan chez les soixante quatorzistes. Ils cherchent même à faire foule en invitant à la fête les guyanais.Pourtant, nous savons bien qu’un rassemblement d’un grand nombre d’individus ne correspond pas obligatoirement à une addition d’intelligences.

Ex : les moutons de Panurge

Les 40 millions de pétainistes pendant l’occupation allemande alors que De gaulle isolé avait raison

mais l’arme de destruction massive dont découlent ces articles, nos élus ne l’ont pas vue. Ils ne l’ont pas vue car ils sont mis en collapse psychologique. (De l’anglais to collapse, s’effondrer, se résigner). Cette arme, c’est l’article 72-3

Il dit que outremer il n’ y a que des populations. C’EST GRAVE Il nous enlève notre statut juridique de peuple et nous fait un affront. Nous ne sommes plus officiellement un peuple, donc nous n’avons pas le statut juridique d’un peuple, personne n’a le droit de voir ce que la France fait de nous car en tant que population, s’asseoir sur nous relève des affaires intérieures de la République.

Les articles 73 et 74 sont faits pour caser des populations, pas des peuples. En langage clair, ce sont donc des articles néocolonialistes. Il faut que des nationalistes soient vraiment collapsés pour les accepter.

Et revient lancinante à nos oreilles la voix d’Aimé Césaire :

Mon Peuple, quand,
Hors des jours étrangers,
Germeras-tu une tête bien tienne sur tes épaules renouées
Quand cesseras-tu d’être le jouet sombre
Au carnaval des autres
Ou dans les champs d’autrui
L’épouvantail désuet ?

En effet nous sommes transformés en véritables zombis ; nous parlons tous du peuple, nos grands pontes se gargarisent tous du droit de nos peuples ; mais ils n’ont pas remarqué qu’ils parlent de quelque chose qui n’existe plus depuis la révision de la Constitution: le peuple.

En effet, un peuple a droit à l’autodétermination, d’après la Charte des Nations Unis, il est acteur de son devenir. Une population perd ces attributs et tout problème à son niveau demeure une affaire intérieure française.

Pour ne pas offrir le spectacle de gens qui marchent démagogiquement en « Convergence » la tête en bas, allant grossir le groupe des collapsés avec les guyanais, le premier combat a mener est donc de se mobiliser pour revendiquer et exiger la révision de l’article 72-3.

Présenter comme argument que le président Sarkozy a dit « qu’il ne fera pas de révision constitutionnelle» est de l’infantilisme. Car ce ne sont pas « les grands pays qui font les grands hommes mais les grands hommes qui font les grands pays »

Il y a deux problèmes réellement :

- l’urgence d’une simplification administrative

-l’évolution des institutions

Les deux ne sont pas obligatoirement liés et le choix ne s’impose pas de choisir 73 ou 74 pour cela.

Nous partageons l’idée du PPM de proposer le choix de la simplification administrative dans un premier temps et nous disons que pour aller plus loin il faut que ce soit le peuple qui fasse son choix et non une population, comme on veut nous l’imposer en tant que ramassis d’individus d’horizons divers, sans culture commune, sans langue commune, sans histoire commune, sans destin commun.

; et pour cela il faut

Il faut qu’un front commun se forme pour faire avancer notre revendication de révision constitutionnelle pour l’article 72-3 : Martinique, Guadeloupe, Guyane, même combat.

Nous devons donc logiquement refuser le choix qui nous est imposé dans les articles 73 et 74 qui ne peuvent être qu’à contenu néocolonialiste puisque corollaires de l’article 72 insultant

Choisir le 73 ou le 74 ce sera participer à la déliquescente lente ou au trépas brutal de nos peuples francophones de la Caraïbe..

Il faut donc un référendum avec la troisième voie prôné par le PPM ;

Que masque un référendum avec uniquement choix entre 73 et 74 ?

C’est une ruse éculée déjà utilisée Le gouvernement français nous proposera ainsi un choix aléatoire déjà utilisé en 2003. C’est une technique qui s’applique en psychiatrie aux enfants rebelles. Le choix proposé est aléatoire en ce sens qu’il masque le dessein réel.

Il faut comprendre le mécanisme du choix aléatoire:

Dessein réel : La France veut nous faire entériner ce qu’elle a décide : article 72-3

(que nous ne sommes plus des peuples mais des populations). Ce serait donc officiellement la fin de la colonisation reconnue par les colonisés eux-mêmes

Choix aléatoires : Cette perfidie entraîne deux corollaires, les articles 73 et 74 qui proposent des choix néocolonialistes d’autonomies bidons qui s’adressent à des populations et non à des peuples

En faisant choisir par le peuple l’une des deux conséquences 73 ou 74, il nous fait entériner de facto la cause, l’article 72-3.Cela n’importe quel petit mathématicien le sait.

Cela signifierait internationalement la fin de la colonisation française et l’inté-gration des populations par l’aboutissement de la politique d’assimilation

Les choix offerts signent donc le crépuscule ou la mort de nos peuples.

Le crépuscule c’est l’article 73 La mort c’est le 74 qui correspond au cimetière de nos aspirations de peuples.

Pour éviter le piège du néocolonialisme, le bon chemin serait comme nous l’avions suggéré dans notre livre « la grande manipulation politique » un choix évolutif et comme le propose le PPM.

Ce choix est :

a-Indispensable pour progresser : obtenir une clause d’évolutivité du statut

b- indispensable pour la simplification administrative : une seule assemblée

c-Station pour demander la révision de la Constitution

d-Etape pour jeter les bases du développement :

- Ce peut être un premier choix mettant en valeur la simplification adminis-trative. Après fonctionnement plusieurs années, ce peut-être le tremplin vers un article 74 rectifié par une révision constitutionnelle, une véritable autonomie ,où considérés comme peuples et non comme populations nous devrons être reconnus nos trois citoyennetés : européenne, françaises et martiniquaise ou guadeloupéenne ou guyanaise.

Pendant ce temps :

Des actions de revalorisation du citoyen dans son environnement seront développées :

- préparer l’intégration dans l’environnement
- en demandant délégation au gouvernement pour être les représentants dans les assemblées régionales
- rectification de certaines erreurs : redonner à notre langue créole son statut de langue caribéenne
- pratique de l’anglais et de l’espagnol obligatoire au collège, augmenté du portugais au Lycée
- pousser les jeunes à poursuivre leurs études dans la Caraïbe, aux USA et au Canada. Il faudra demander que des équivalences de diplômes soient négociées avec ces universités.
- mettre en place de nouveaux savoir-faire pour faire démarrer l’économie : par exemple mettre à profit la mer et les éléments qu’elle contient (usine de déssa-lage de l’eau, de préparations pharmaceutiques ( perfusions isotoniques, collyres à base de borates, solution d’oligoéléments comme le cobalt, etc)
- exploitation en programme régional des nodules polymétalliques de la mer.
- mise en valeur de la pharmacopée traditionnelle : Industries pharmaceutiques pour l’exploitation de la pharmacopée locale (plantes sèches, teintures, pilules, sirops etc) demande de prise en compte du programme Trabyl de la Caraïbe.

Etc…

- tisser des réseaux dans divers domaines culturels et économiques avec les pays de la zone Caraïbe comme les Petites et les Grandes Antilles, d’Amérique du sud comme le Brésil, la Colombie , du centre le Nicaragua, le Guatemala , le Honduras, et du Nord comme les Etats-Unis, le Mexique et le Canada

- De l’autonomie à l’indépendance :

Ne mettons pas la charrue avant les bœufs. Seul le peuple décidera. Notre droit à l’autodétermination, c’est notre droit de choisir nous-même le mode de relation devant exister entre la France et nous. «