Lettre ouverte – Emmanuel Macron – Paris, le 20 avril 2017 | 

 

Mesdames, Messieurs, mes chers compatriotes de La Martinique,

Dans quelques jours, les Françaises et les Français seront appelĂ©s Ă  Ă©lire le prochain PrĂ©sident de la RĂ©publique. Celui-ci devra assumer une responsabilitĂ© historique, celle de rassembler tous nos concitoyens, de leur assurer sĂ©curitĂ© et protection et de leur offrir de nouvelles opportunitĂ©s de dĂ©veloppement dans un monde qui s’ouvre.

Les Outre-mer sont au cƓur de mon projet. Depuis des mois, je vais Ă  la rencontre de toutes les Françaises et de tous les Français. Je me suis rendu dans plusieurs collectivitĂ©s d’Outre-mer et, en particulier, Ă  La Martinique.

La Martinique fait partie de ces territoires qui par leur culture, leur histoire, leur crĂ©ativitĂ© et leur esprit d’entreprise ont profondĂ©ment laissĂ© leur marque sur notre RĂ©publique. Et la responsabilitĂ© de la RĂ©publique est de rĂ©pondre aux aspirations de tous Ă  la libertĂ© et Ă  l’égalitĂ©. Beaucoup de choses ont Ă©tĂ© faites depuis 1946, mais les droits acquis depuis lors n’ont pas permis de surmonter tous les dĂ©fis d’origine, ni de rattraper le temps perdu.

La Martinique aura toute sa place dans les mesures que j’ai annoncĂ©es pour les Outre-mer. En m’adressant directement Ă  vous, je veux vous prĂ©senter le projet d’émancipation rĂ©elle que je dĂ©fends, loin des caricatures dont il fait parfois l’objet, afin que la Martinique, que la France, se saisissent pleinement des opportunitĂ©s que leur offre le XXIĂšme siĂšcle.

 

  • Des Assises pour rĂ©pondre aux dĂ©fis de court et de moyen termes

DĂšs l’Ă©tĂ© 2017, j’installerai des Assises des Outre-mer chargĂ©es, avec les Ă©lus et les acteurs de la sociĂ©tĂ© civile, de dĂ©cliner les prioritĂ©s et les engagements pour chaque territoire, et de dĂ©finir une feuille de route pour construire les Outre-mer de demain. Des actions concrĂštes seront prises dans les douze prochains mois.

 

  • S’occuper de notre jeunesse et de nos anciens

Parmi ces prioritĂ©s, il y a bien sĂ»r l’avenir de la jeunesse martiniquaise. Beaucoup de jeunes ont envie de faire, de prendre leur destin en main, mais beaucoup trop sont empĂȘchĂ©s. Ceux qui ont dĂ©crochĂ©, n’ont ni formation ni emploi et sont assignĂ©s Ă  rĂ©sidence. Ceux qui sont formĂ©s, parfois trĂšs diplĂŽmĂ©s, et n’ont souvent d’autre choix que de quitter leur Ăźle, sans certitude de pouvoir un jour, lorsqu’ils le souhaiteront, revenir y travailler.

C’est pourquoi mon projet est d’investir massivement dans l’éducation et la formation. Je souhaite lutter efficacement contre le dĂ©crochage scolaire et permettre la rĂ©ussite de tous les Ă©lĂšves. Pour cela, je donnerai la prioritĂ© Ă  l’apprentissage des fondamentaux (« lire, Ă©crire, compter ») en maternelle et au primaire. Je ferai plus pour ceux qui en ont le plus besoin, en divisant par deux les effectifs des classes de CP et de CE1 dans les 146 Ă©tablissements scolaires de la Martinique classĂ©s Ă©ducation prioritaire, et je renforcerai et encouragerai l’autonomie des Ă©tablissements scolaires, pour des solutions pĂ©dagogiques adaptĂ©es aux besoins des Ă©lĂšves et aux situations locales.

Pour aider les jeunes Martiniquais qui ont dĂ©crochĂ© du systĂšme scolaire, je dĂ©velopperai les rĂ©seaux des Ă©coles de la deuxiĂšme chance, ainsi que le service civique. J’augmenterai le nombre de stagiaires du service militaire adaptĂ© (SMA).

Le « pass culture » de 500 euros que je proposerai pour tous les jeunes de 18 ans leur permettra d’accĂ©der aux activitĂ©s culturelles de leur choix. Plus gĂ©nĂ©ralement, 100% des enfants auront accĂšs Ă  l’éducation artistique et culturelle.

Une autre rĂ©alitĂ© de la Martinique est le vieillissement rapide de la population : d’ici Ă  2030, l’üle comptera plus de seniors que de jeunes. Il nous faut rĂ©agir pour nos anciens, et cela commencera par le relĂšvement du montant du minimum vieillesse au-delĂ  de 900 euros.

Pour soutenir ceux qui sont touchĂ©s par la perte d’autonomie et leurs familles, nous dĂ©velopperons les soins Ă  domicile, et nous aiderons au retour Ă  domicile des personnes en situation de perte d’autonomie. Nous devons aussi soutenir les aidants, notamment en les formant, en les accompagnant et en facilitant leurs dĂ©marches administratives.

 

  • DĂ©velopper l’activitĂ© Ă©conomique

Nous devons investir pour moderniser notre Ă©conomie, avec une stratĂ©gie d’investissements ambitieuse pour la France hexagonale et des Outre-mer. Dans le cadre du grand plan d’investissement de 50 milliards d’euros que nous lancerons sur la durĂ©e du quinquennat, nous financerons la formation, la transition Ă©nergĂ©tique, la santĂ© et l’agriculture sur tout le territoire national, y compris les Outre-mer.

La mise Ă  niveau des infrastructures et services publics de base bĂ©nĂ©ficiera de l’enveloppe de 1 milliard d’euros supplĂ©mentaire que je rĂ©serve au financement de plans de rattrapage et de dĂ©veloppement des collectivitĂ©s d’Outre-mer, en particulier celles qui en ont le plus besoin. Ces plans seront construits avec les Ă©lus, et rĂ©pondront prĂ©cisĂ©ment aux besoins de chaque territoire ultra-marin. Et je sais que les besoins en matiĂšre de transports, de mobilitĂ© ou de gestion des dĂ©chets sont encore trĂšs importants en Martinique. Ces investissements sont indispensables pour renforcer l’attractivitĂ© de nos territoires.

Pour dĂ©velopper l’activitĂ© Ă©conomique en Martinique, nous devons aussi soutenir ceux qui entreprennent. Pour aider les entreprises martiniquaises Ă  se crĂ©er et Ă  se dĂ©velopper, nous faciliterons la vie des entrepreneurs et des travailleurs indĂ©pendants en supprimant la caisse qui gĂšre le RĂ©gime Social des IndĂ©pendants (RSI), nous renforcerons le rĂŽle jouĂ© par la Banque Publique d’Investissement (Bpifrance) en organisant sa prĂ©sence directe en Martinique avec un guichet unique pour les entrepreneurs, et nous prendrons des mesures pour rĂ©duire les dĂ©lais de paiement excessifs rencontrĂ©s par les entreprises martiniquaises, notamment les plus petites. Je m’engage, lĂ  encore, Ă  mettre en Ɠuvre les solutions adaptĂ©es.

Je rĂ©duirai progressivement le taux de l’impĂŽt sur les sociĂ©tĂ©s de 33% Ă  25%. Je crĂ©erai des « emplois francs » dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville et j’évaluerai tous les dispositifs de soutien existants.

 

  • Augmenter le pouvoir d’achat

Pour toutes les Martiniquaises et tous les Martiniquais, je souhaite que le travail paye mieux. Nous augmenterons le pouvoir d’achat de tous les travailleurs, en supprimant les cotisations salariales qui pĂšsent sur le chĂŽmage et la maladie, et nous augmenterons la prime d’activitĂ©. Pour un salariĂ© payĂ© au SMIC, ce sera l’équivalent d’un treiziĂšme mois en plus. Les indĂ©pendants comme les fonctionnaires bĂ©nĂ©ficieront d’une mesure semblable, et verront leurs charges rĂ©duites.

Si je suis Ă©lu, je supprimerai aussi la taxe d’habitation pour 80% des mĂ©nages, sans remettre en cause les ressources des collectivitĂ©s territoriales, car c’est un impĂŽt particuliĂšrement injuste. Enfin, en matiĂšre d’optique, d’audition et de dentisterie, je rĂ©organiserai l’offre afin que d’ici la fin du quinquennat les lunettes et les prothĂšses auditives et dentaires soient prises en charge Ă  100%.

 

  • Pour une politique de continuitĂ© territoriale ambitieuse

Pour tous les Français, l’accĂšs Ă  la mobilitĂ© est ce qui permet de s’ouvrir au monde, de construire son identitĂ©, de s’émanciper. Longtemps, dans les Outre-mer, la mobilitĂ© a Ă©tĂ© subie : ce furent les migrations organisĂ©es vers l’Hexagone par le « BUMIDOM » ou encore le dĂ©part des Ă©tudiants pour suivre des cursus universitaires qu’ils ne trouvaient pas sur leur Ăźle.

Je reconstruirai donc une politique de continuitĂ© territoriale ambitieuse en portant Ă  200 000, d’ici la fin du quinquennat, le nombre annuel de billets d’avion Ă  prix aidé qui seront proposĂ©s, en particulier aux Ă©tudiants et aux entrepreneurs. Ces billets ne serviront pas uniquement Ă  voyager vers l’Hexagone, ils permettront aussi de nouer des liens avec l’environnement rĂ©gional et y dĂ©velopper de l’activitĂ© Ă©conomique.

La mobilitĂ© ce n’est pas seulement le transport, c’est aussi la mobilitĂ© des idĂ©es, des cultures, des Ă©changes. Je veillerai donc Ă  la continuitĂ© numĂ©rique : celles et ceux qui sont gĂ©ographiquement Ă©loignĂ©s ne doivent pas, en plus, souffrir d’un Ă©loignement numĂ©rique.

Enfin, la continuitĂ© territoriale passe aussi par la diffusion des artistes ultramarins en Europe, car il y a dans les Outre-mer, en Martinique, beaucoup d’artistes bien connus dans leurs territoires mais qui ont parfois du mal Ă  se faire connaitre dans l’hexagone et en Europe.

 

  • Pour une vraie collaboration entre l’Etat et les collectivitĂ©s

La Martinique a optĂ© pour le statut de collectivitĂ© unique, mise en place le 1er janvier 2016. L’installation et l’appropriation d’une nouvelle institution prend du temps. L’investissement, le dĂ©veloppement Ă©conomique du territoire et l’utilisation la plus efficace des fonds europĂ©ens et de l’ensemble des financements disponibles sont les objectifs communs de l’Etat et de la collectivitĂ©. Dans tous les Outre-mer, nous mobiliserons dans ce sens les services de l’Etat pour aider les collectivitĂ©s qui le souhaitent.

Les collectivitĂ©s territoriales d’Outre-mer doivent pouvoir exercer pleinement leurs responsabilitĂ©s, dans un cadre rĂ©glementaire plus souple, mieux adaptĂ© aux spĂ©cificitĂ©s locales et moins contraignant en matiĂšre de normes. C’est la raison pour laquelle j’engagerai une nĂ©gociation avec l’Union EuropĂ©enne pour adapter les normes aux spĂ©cificitĂ©s martiniquaises et suis prĂȘt Ă  favoriser l’exercice de nouvelles compĂ©tences par ces collectivitĂ©s, comme le permet la Constitution.

 

Le 22 avril, vous aurez à faire un choix déterminant pour notre pays. Je sais pouvoir compter sur vous afin que nous fassions de la France, de la Martinique, une chance pour tous. Je serai aux cÎtés des Martiniquaises et des Martiniquais pour les cinq ans qui viennent.

 

 

Emmanuel MACRON