Par Yves-Léopold Monthieux

Depuis qu’Alfred Marie-Jeanne a, aux dernières élections municipales, opposé à Garcin Malsa un candidat soutenu par le Mouvement indépendantiste martiniquais (MIM), l’ancien maire de Ste Anne a franchi une étape, semble-t-il, décisive. La candidature du patron du MODEMAS pouvait apparaître comme le combat de trop, comme je l’écrivais dans une tribune, le 20 mars dernier. Et il est probable que le président du MIM ait voulu « koubarer » l’arrivée à Ste Anne d’un nouveau maire proche de Ensemble pour une Martinique nouvelle (EPMN). Il ne réussit qu’à attirer sinon à renforcer l’inimitié de celui qui fut l’un des fondateurs du MIM, avant d’en être écarté comme, après lui, Marc Pulvar.

Si les deux défaites aux élections municipales de Rivière-Pilote et de Ste Luce ont ébranlé le MIM, l’initiative du parti de présenter un candidat contre Malsa a jeté la consternation dans les milieux indépendantistes. Depuis, les militants avaient voulu croire au possible rabibochage entre les deux hommes. La réponse vient d’être donnée par Garcin Malsa qui a habilement fait prévaloir les idées sur les hommes, sans réussir, cependant, à occulter sa rancœur à l’égard d’Alfred Marie-Jeanne. En effet, il reproche à ce dernier d’être venu en personne soutenir l’un de ses adversaires, dans le cadre de ce qu’il appelle « une conspiration », contre son parti, contre le mouvement écologiste et contre sa personne. Il a opportunément rappelé les valeurs du MODEMAS, qui, selon lui, ne se retrouvent pas dans les objectifs du MIM qui sont purement électoralistes. Ces divergences le conduisent tout naturellement à refuser l’appel à la réconciliation exprimé, notamment, par un important dirigeant du MIM.

Selon Garcin Malsa, le MIM se désintéresse de la préservation de l’environnement et de la problématique du climat, ainsi que de la question identitaire et de la réparation. Il est exact qu’Alfred Marie-Jeanne ne s’est pas illustré par la défense empressée de l’environnement. Si les dirigeants de l’ASSAUPAMAR lui vouent un culte, ceux-ci ont le mérite de ne rien demander en terme de représentation élective. Déjà, l’ancienne association écologique, le CORDEM, s’était évanouie au sein du MIM. Son chef, qui fut président de la commission Environnement de la Région, avait disparu des listes de candidatures. Par ailleurs, à plusieurs reprises, Alfred Marie-Jeanne s’est dit opposé aux principes de la repentance et de la réparation, chers à Garcin Malsa. Curieusement, cette opposition sur des options politiques essentielles n’a jamais nuit ni à l’un ni à l’autre, les deux personnalités étant encensées indifféremment par les uns et par les autres.

On connaît enfin la méfiance d’Alfred Marie-Jeanne envers les autres mouvements indépendantistes. Lorsqu’il s’y intéresse, il prend bien soin d’écarter les leaders ou les fortes personnalités, comme ce fut le cas du CNCP. Francis Carole qui est, au PALIMA, le seul membre connu de la coalition dirigée par le MIM, doit sans doute sa participation au fait de posséder un électorat à Fort-de-France. Bien entendu, on sait qu’après que Malsa a été écarté du MIM, lui et AMJ se sont toujours regardés en chien de faïence.

Jamais la participation du MODEMAS au RDMIM and Co n’avait été envisagée. A une année d’une élection décisive pour l’avenir de la Martinique et des partis politiques martiniquais, Garcin Malsa et le MODEMAS disent non. Un « Non » qui n’est pas sans panache lorsqu’on considère le risque probable de disparition de ses représentants dans la future assemblée.

Fort-de-France, le 18 novembre 2014

 

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