Par Yves-Léopold Monthieux

On se rappelle que pour mettre fin aux manifestations de rue des lycéens qui se sont déroulées en Guyane, en 1997, le ministre de l’éducation de l’époque avait été contraint de détacher la Guyane de l’académie des Antilles et de la Guyane, en accordant à ce territoire sa propre académie. Avec un aplomb irrésistible, Mme Michaux-Chevry avait obtenu dans la foulée que la Guadeloupe quitte elle aussi l’attelage. C’est ainsi que de façon résiduelle fut créée l’académie de la Martinique qui se retrouva seule avec le « paquebot » de Terreville qui venait de se construire.

Dans des circonstances qui ont été largement évoquées sur ce site, le démantèlement de l’Université des Antilles et de la Guyane (UAG) a été à son tour entrepris. Là encore, l’avenir de la Martinique dépendra des autres sans que son avis ne soit recueilli ou, le cas échéant, qu’il n’en soit tenu compte. Il n’est pas trop tôt pour les décideurs politiques de se pencher sur l’avenir des équipements immobiliers qui seront ainsi libérés. Peut-être faudrait-il reconsidérer la reconstruction du Lycée Schoelcher aux dimensions prévues. Rappelons que les logements du CROUS ne sont déjà que partiellement occupés, ils ne répondraient plus aux exigences de confort des étudiants.

Lors des événements survenus dans les trois DFA fin 2008 – février 2009, le démantèlement de la SARA avait été implicitement évoqué par la Guyane et la Guadeloupe. La possibilité pour ces territoires de s’approvisionner dans des raffineries concurrentes est depuis lors en débat plus ou moins ouvert. Il n’est pas interdit de penser que la mobilisation des distributeurs de carburant s’inscrive pour une part non négligeable dans cette perspective et que les différences constatées dans le règlement du conflit dans les DFA en soient un aspect. C’est peu dire que la survie de la raffinerie ne dépend pas que des décideurs martiniquais. Il dépendra aussi des Guyanais et des Guadeloupéens, soucieux de leurs propres intérêts, que la raffinerie de Californie devienne ou non, à terme, un amas de ferraille.

Il serait irresponsable que la Martinique ne se prépare pas à affronter les conséquences inévitables de fractures conformes à sa volonté de redevenir elle-même et de se recentrer culturellement, économiquement et politiquement dans son environnement caribéen. Après de longues réticences, l’Etat français manifeste depuis une quinzaine d’années son ouverture aux exigences d’évolution de ses élus d’outre-mer. Cette compréhension le conduit à être attentif aux volontés respectives des trois DFA et à anticiper d’inéluctables ruptures. Les évolutions qui surviennent dans les domaines de l’éducation ou de l’énergie attestent de ces bonnes dispositions et pourraient constituer les prémices de fractures à venir.

Il est clair que le rythme et le timing de ces évolutions ne dépendront pas de la seule volonté des Martiniquais et il serait déconcertant que nos intérêts continuent à être à ce point assujettis à l’heure des autres, pas à celle de « nous-mêmes ».

5 février 2014