Tribune – Pour que les luttes actuelles ouvrent la voie à une force politique des travailleurs indépendante des notables de tous bords - La grève des agents des collectivités territoriales principalement celle des municipaux, entamée depuis le lundi 16 mars a touché une grande partie de la population des 34 communes de Martinique.

Démarrée collectivement la grève s’est poursuivie commune par commune. Certains maires ont choisi de négocier plus ou moins rapidement – tels au Marin, Fort-de-France, St-Joseph , ou Rivière Pilote – en donnant satisfaction à quelques points de revendication. Cela n’a pas été le cas  au François, au Trois Ilets, au Lamentin ou à Ste-Anne,  où les maires se sont montrés particulièrement récalcitrants à engager des négociations avec les grévistes.

Ainsi aux Trois-Ilets, le maire Arnaud René-Corail a envoyé les élus couper chaînes et cadenas aux entrées des écoles et des services municipaux. Ce qui a valu au maire les félicitations de personnes se présentant comme « parents d’élèves », qui ont, dans une lettre ouverte, demandé : « Pouvons-nous, Monsieur le Préfet, compter sur l’Etat pour faire respecter les droits de tous les citoyens ? ». Quant à Pierre Samot, le maire du Lamentin, il préférait jouer une partie de cache-cache avec les grévistes plutôt que discuter de leurs revendications.

La plate-forme revendicative des grévistes déposée par  leur  syndicat CGTM-SOEM était connue des maires. En effet une grève avait déjà eu lieu, en juillet 2014, pour obtenir l’application effective d’un accord de novembre 2013 avec les mêmes revendications.  Entre autres :
- titularisation des agents sur des temps complets  (devant bien-sûr apporter une amélioration des salaires),

- participation des municipalités au paiement de la mutuelle comme le prévoit une loi depuis 2008, le niveau trop élevé des examens pour changement d’échelon dans la catégorie C, niveau qui dans les faits empêche les changements d’échelon, et impose par exemple des départs à la retraite avec seulement  4 ou 500 euros. Ils réclamaient aussi la révision de l’application du régime indemnitaire des élus car cette cagnotte  revient plus aux « copains » et  ne sert pas à améliorer le sort des « petits qui triment le plus ».

Cette fois encore, les agents municipaux, parmi lesquels se trouve une forte proportion de femmes, se sont montrés déterminés et actifs sur le terrain, et ce malgré les pressions exercées contre eux.

Ils ont pu arracher de nouveaux engagements des maires, tout en sachant qu’il leur faudra continuer à rester vigilants.

Ils ont su aussi se faire respecter des maires et de ceux qui avec eux utilisent les budgets. Ceux qui  répartissent l’argent à leur gré, et n’ont que mépris pour ceux qui fournissent les services et créent les richesses.

Face à leur combat, bien des maires, donneurs de leçons, et même arrogants auraient à prendre des leçons de dignité.

Mais, en fait, la plupart de ces élus se montrent solidaires de leur président, M.Bonté, et de ses propos anti-grévistes. Ils renoncent à dénoncer les restrictions budgétaires imposées par les gouvernements au service des patrons et des riches et choisissent de s’en prendre aux plus faibles en ne respectant pas les accords signés, en lanternant les agents territoriaux d’années en années.

Le combat mené par les agents de la Territoriale leur ont permis de faire entendre la voix des travailleurs. C’est un exemple important pour l’ensemble des travailleurs confrontés au mépris des patrons et de  ceux qui veulent leur faire payer la crise et rembourser leurs dettes.

Ces derniers jours, bien des travailleurs, des municipalités ou d’autres secteurs disaient : « ces élus montrent qu’ils ne veulent rien faire pour nous  aujourd’hui, ils ne feront pas mieux dans la CTM – collectivité territoriale de Martinique - ».

Si les travailleurs continuent de se battre ainsi au cours des semaines et des mois qui viennent, ils pourront se faire entendre encore plus fort. C’est de cette façon aussi qu’ils se feront respecter des futurs dirigeants de la CTM (Collectivité Territoriale de Martinique), avant même l’élection de Décembre 2015, et après. Bien trop de maires montrent qu’ils se comportent en patrons de combat, méprisant les travailleurs. Il n’y a aucune raison que ces dirigeants politiques et leurs partis changent d’attitude à la CTM. La plupart d’entre eux se donnent une image d’élus responsables à l’égard de l’état français qui leur donne la CTM comme hochet. Ils sont responsables et respectueux à l’égard de l’état français qui « fend les reins » des travailleurs et à l’égard des capitalistes qui font de même.

Les élus dans leur majorité respectent ce système-là : le système capitaliste, et pas les travailleurs. Quand ils disent défendre la Martinique, en réalité ils défendent le système d’oppression actuel contre les travailleurs.

Oui, c’est ainsi que les élus préparent la CTM.

Les travailleurs ont tout intérêt à montrer leur force et à se préparer à avoir leurs propres représentants dans cette CTM afin de ne pas laisser les notables aux commandes sans aucun contrôle. Ainsi, ils aborderont eux aussi la CTM, mais avec leur propre camp, celui des travailleurs. Pas celui de l’union des élus de tous bords.

La grève des municipaux et les autres mouvements de travailleurs, si elle devenait le début d’une montée plus forte du mécontentement des travailleurs et des classes populaires, pourrait alors se transformer en une vraie force politique de la classe des travailleurs.

C’est dans cet esprit là que Combat Ouvrier et ses militants appellent les travailleurs à se mobiliser.

Combat Ouvrier présentera  aux élections pour la Collectivité de Martinique une liste de candidats et défendra cette ligne politique là.

Nous appelons tous les travailleurs en activité ou non, les jeunes; les petits commerçants, les petits retraités, les personnes handicapées, tous les membres des classes populaires opprimées à  rejoindre Combat Ouvrier.

Pour la direction de « Combat Ouvrier », Louis Maugée, Vendredi 27 mars 2015