Tribune – Nestor Radjou - De toute évidence, la nouvelle collectivité ne saurait être opérationnelle, efficace et au service de l’intérêt général avec une insuffisance d’encadrement (qui conduit à l’inefficacité et au gaspillage), un sureffectif (qui obère les budgets), une organisation fonctionnelle inadaptée et une gouvernance défaillante. On attend d’elle, en particulier, qu’elle puisse offrir un cadre suffisamment flexible et transparent pour la mise en œuvre des politiques publiques locales en faveur du développement, de l’intégration, de la cohésion sociale et des solidarités.

A cette fin, dès son installation, il faudrait environ au moins un an à la nouvelle collectivité pour résoudre les multiples problèmes sociaux, techniques et d’organisation qui se poseront à elle lors de son installation. Elle devra en priorité, à la fois, s’approprier toutes les compétences de la nouvelle collectivité, effectuer les choix de résidences, de locaux, d’équipements, installer une nouvelle organisation et culture administrative (celle des objectifs et du résultat), unifier et optimiser l’organisation du travail, le fonctionnement des services et des moyens, redéployer avec humanité les agents territoriaux (sureffectif ; déficit d’encadrement, compétence, redondance, expertise…), clarifier et établir un cadre de dialogue constructif avec l’Etat, les institutions locales et les acteurs de terrains (conventions, partenariats…), mettre en place une expertise territoriale de développement et, enfin, créer 3 agences clés appropriées aux traitement des problématiques de développement de la Guyane (A définir à partir des 3 axes du développement : Territoire, Population et Gouvernance).

C’est un ensemble de décisions qui doivent pouvoir se déployer sur une conception globale de ce que doit être la nouvelle collectivité au service du développement de la Guyane et que l’on peut réduire à 4 axes essentiels : politique, stratégique, fonctionnel et opérationnel. Concrètement, les élus devront d’abord avoir une vision claire de l’état des lieux et t et adopter une stratégie adaptée à sa réalisation d’un projet de développement. En premier lieu, avec l’axe Politique, il est indispensable qu’ils instaurent une nouvelle gouvernance, un nouveau management plus transparent et participatif où la décentralisation du pouvoir (délégation, transparence des décisions et responsabilité), que requiert la logique économique, doit se substituer à la centralisation bureaucratique que véhiculent la logique juridique, administrative et l’autoritarisme. En effet, pour être efficace aujourd’hui, la logique économique prêche en faveur de la délégation de pouvoir, de la promotion des initiatives et de la responsabilité des agents (compétents) à travers la pratique de la culture d’objectif, de résultat et d’évaluation. Une démarche qui s’insère de fait dans le cadre du respect réciproque et du dialogue constructif. Mais la décision des élus ne saurait être efficace sans qu’elle soit accompagnée d’un axe Stratégique en adéquation avec les objectifs retenus., en d’autres termes, sans la définition précise des objectifs prioritaires, du mode de pilotage des actions et des moyens de la mettre en œuvre dans les services d’exécution.

Dans une collectivité, les élus décident et contrôlent, à charge pour les services administratifs et techniques de la collectivité d’exécuter et de réaliser les décisions prises, bien évidemment dans la mesure où ils en ont les moyens fonctionnels et opérationnels. Aussi, l’organisation et le fonctionnement des services de la collectivité doivent être conçus en fonction des compétences de la collectivité (elles sont fixées par la loi), de ses dimensions territoriales (territoire et population déterminent la nature et l’importance des problèmes à traiter) et du projet politique. Par conséquent, l’architecture de la structure et des articulations de l’organisation des services doivent pouvoir rester suffisamment modulables et flexibles pour s’adapter facilement aux évolutions des projets. Il est donc indispensable que soit, à chaque niveau, actualisé et tenu à jour en temps : organigrammes hiérarchiques et fonctionnels, mise à jour de la réglementation, clarification des missions, des objectifs et des responsabilités, rationalisation des procédures, mise en réseau et en synergie, organisation du suivi des activités et des projets, contrôle de gestion, indicateurs de performance, tableaux de bord… Et pour que l’ensemble du système soit opérationnel, il faut aussi qu’il soit doté des moyens et des outils modernes de la gestion rationnelle : Moyens humains (gestion des emplois, fiches de poste, plan stratégique de formation, normalisation des conditions de travail…), matériels (patrimoine, équipements, fournitures, gestion des achats…), financiers (analyse financière – BBZ, comptabilité analytique et d’engagement – Optimisation budgétaire..), de contrôle de gestion, de système transparent d’information, de communication et de contrôle lié aux obligations et procédures (activation des instances de concertation, diversification des supports d’information, réunion d’information et d’objectif, bilan d’activité…).

De plus, il va de soi que le fonctionnement de la collectivité doit pouvoir s’appuyer sur la dématérialisation et une informatisation en réseau afin que l’on puisse à tout instant connaître l’état exact de la situation de la collectivité. Nous devons attendre d’elle une véritable administration électronique moderne dont la vocation serait d’initier un développement endogène et durable de la Guyane.

Enfin, au-delà de l’installation de la collectivité de Guyane, le développement réclame également que l’on surmonte bien d’autres obstacles (communautarisme, attractivité du territoire…) et que l’on traite de nombreux autres problèmes (valorisation de nos ressources, accumulation du capital, assainissement de la société guyanaise, renforcement des liens familiaux, rénovation de l’organisation territoriale, mise en synergie des politiques locales …). Or, l’une des causes principales de ce désordre social est la dispersion des énergies par le « saucissonnage » des missions, des rôles, des fonctions et des actions. Aussi, il reviendra dès lors à la collectivité de Guyane de rétablir l’ordre et l’unité fonctionnelle dans ses domaines d’intervention. Il lui faudra fédérer et mettre en synergie les différents éléments de cet éclatement sociétal à travers une double logique, d’un côté, celle de la concentration et de la centralisation des fonctions et, de l’autre, celle de la promotion de la délocalisation et de la décentralisation géographique des actions.

C’est un travail de Titan qui requiert des élus de la compétence, de la rigueur, du sens de l’intérêt général et surtout une capacité exceptionnelle de travail. Aussi nous devons nous interroger, car le développement de la Guyane ne se réduit pas à des discours. Combien de nos politiques sont-ils capables de comprendre, d’assimiler et de traiter (avec toute la rigueur nécessaire) des dizaines de dossiers techniques et complexes très rapidement, en quelques heures ? Combien sont-ils capables de se « mesurer techniquement » avec les vrais spécialistes nationaux et internationaux, et notamment ceux de l’Administration centrale (Docteurs, Polytechniciens, Enarques … très expérimentés) ?

Cayenne le 28 janvier 2015

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