Tribune – Guy Ferdinand - « La Martinique avance » et nous le voyons tous les jours aux embouteillages et aux files d’attente aux stations, mais surtout aux magnifiques panneaux posĂ©s un peu partout oĂč la rĂ©gion travaille. C’est la partie visible.
Dans l’ombre, une autre Martinique avance. Celle des producteurs, des agriculteurs et des entrepreneurs. Avec le soutien de la rĂ©gion, les producteurs martiniquais sont arrivĂ©s Ă  nous faire des produits d’une qualitĂ© exceptionnelle : l’agneau du parc rivalise avec celui de la rĂ©gion du Karoo en Afrique du Sud et n’a pas Ă  rougir face Ă  celui des prĂ©s salĂ©s. VoilĂ  un agneau martiniquais estampillĂ© Parc Naturel RĂ©gional de Martinique et c’est la nouvelle image d’un parc qui s’aventure hors des sentiers traditionnels. Fini les bureau de Tivoli, voici le Morne Rouge et les plaines de Sainte-Anne mis en valeur.
Avec cet agneau, nous avons rĂ©alisĂ© des recettes de grande qualitĂ© : le colombo est juste sublime, le carrĂ© « Ă  la française » respire le soleil du sud. Que sera PĂąques avec ses gigots ? Le travail qui a Ă©tĂ© effectuĂ© par les producteurs mĂ©rite un grand bravo.
Innover en Martinique n’est pas facile ; changer d’orientation, changer de ce qui se fait est presque impossible, mais un dĂ©clic s’est produit. Nous allons pouvoir mettre en valeur notre patrimoine culinaire. En organisant nos filiĂšres de production, du producteur au restaurateur, et sans passer par les grandes surfaces, nous avancerons ensemble vers un commerce Ă©quitable. Combien de producteurs ferons nous vivre cette annĂ©e ? Si chacun d’entre nous regardait la provenance de ce que nous achetons, je pense que la filiĂšre ananas ne serait pas en faillite. Que dire des rhums martiniquais uniques au monde servis avec des citron importĂ©s ? Nous ne savons que trĂšs peu ce qui se passe chez nous. Malheureusement les Facebook, Twitter et Picasa, grĂące Ă  la puissance de notre ADSL, ne relient pas forcement Verrier (Bellefontaine) Ă  Fond-Marie-Reine (Morne Rouge), Bout-Bois (Le Carbet) aux grandes mĂ©tropoles que sont la Pointe du Bout, Saint-Anne et le Marin.
Bien sĂ»r pour l’instant nos produits locaux sont plus chers que les produits importĂ©s, mais nous pouvons inverser cette tendance. Plus nous consommons local, plus nous faisons avancer notre Martinique, celle d’aujourd’hui et celle de nos enfants. J’entends dĂ©jĂ  les critiques Ă©videntes : tous les Ă©conomistes du « pĂ©yi » qui croient que la croissance du marchĂ© local est une illusion et qui s’efforceront de dĂ©montrer que rien n’est possible. J’ai bien souvenir que diversifier la production Ă©tait impossible. Aujourd’hui les premiĂšres fraises de Martinique ont fait leur apparition, la feuille de chĂȘne est prĂ©sente toute l’annĂ©e, les tomates reviennent de leur maladie et les ananas d’Ajoupa Bouillon eux aussi sortent la tĂȘte des champs.
Il nous faut tous soutenir notre petit pays. Pour ceux qui le veulent, les lundi et jeudi soirs au stade de Dillon vous avez une idĂ©e de ce qui se fait. Chers compatriotes, soyez Ă  l’écoute : jetez-vous sur nos produits locaux ; chers cuisiniers, soyez Ă  l’écoute : lĂąchez les surgelĂ©s pour le frais et goĂ»teux, faites plaisir Ă  vos clients et indiquez sur votre carte « produit de Martinique », osez cet agneau divin qu’est celui du parc…
Merci messieurs les producteurs pour ce grand moment de bonheur.
Guy Ferdinand est restaurateur