Par Maurice Laouchez

Le vote récent de son budget par le Conseil Régional de la Martinique appelle plusieurs remarques.

1/ La date du vote est tardive.

Ce vote intervient le 25 février, soit près de deux mois après le début de l’exercice 2013.
Ce retard peut avoir des conséquences, par exemple, sur le paiement des fournisseurs ou le déblocage de telle ou telle aide attendue par des jeunes entreprises ou des communes.

2/ Le budget est en augmentation, malgré les difficultés des contribuables.

D’un montant de 472 Millions, il augmente de 7%. Une telle augmentation est significative, dans une période où l’inflation ne dépasse pas 2%. Elle implique soit une augmentation des subventions reçues, assez invraissemblable dans la conjoncture actuelle, soit une augmentation des emprunts, ce qui n’est pas le cas, soit une augmentation des impôts, soit, enfin, l’utilisation de sommes antérieurement votées et non utilisées.

La perspective de création de la collectivité unique, en vue d’une amélioration du rapport qualité/prix des deux grandes collectivités, devrait en tous cas conduire à réduire plutôt qu’à augmenter les budgets tant du Conseil Général que du Conseil Régional. On assiste à l’évolution exactement inverse de ce que le bon sens suggère.

3/ Le fonctionnement l’emporte sur l’investissement.

La part du budget consacrée au fonctionnement atteint 253 M€, contre 218 M€ pour l’investissement. Or, la mission essentielle du Conseil Régional, hors la formation professionnelle, est bien de coordonner et encourager le développement économique, donc l’investissement. C’est donc la part du budget consacrée à l’investissement qui devrait être la plus élevée, et pas l’inverse.

Les dépenses d’aide directe au développement économique se limitent d’ailleurs à 76M€, soit 16% seulement. C’est dérisoire, quand on connait les problèmes d’emploi qui frappent l’île.
L’orientation apparaissant au budget explique largement l’insuffisance de l’investissement public.

Le Conseil Régional n’est pas seul en cause, puisque la plupart des communes sont dans ce cas, de même que le Conseil Général. Les intercommunalités suivent le même chemin.

Il est clair que tant que les collectivités publiques consacreront une part prépondérante de leurs budgets aux charges de fonctionnement, elles se rendent incapables de contribuer au développement économique de l’île, tout en favorisant la consommation de biens venus de l’extérieur, et donc la dépendance psychologique et économique.

4/ Portée politique du vote.

Le vote du budget constitue, avec l’élection du Président, l’acte politique majeur de toute assemblée politique. Le budget est l’expression concrète des choix idéologiques et politiques des élus. Il est donc important d’observer quelles sont les formations qui votent en faveur du budget, et quelles sont celles qui votent contre le budget. Il permet de savoir qui est dans la majorité, et qui est dans l’opposition.

En l’occurrence, on a constaté, ce 25 janvier 2013, que seul le groupe dit des « Patriotes et sympathisants » a voté contre le budget, et que le groupe « Rassembler la Martinique » s’est abstenu. Le groupe « Ensemble pour une Martinique Nouvelle », fortement majoritaire, a assuré, sans surprise et par un vote unanime, l’adoption du budget.

5/ Les clignotants sont rouges.

Une étude récente de l’Observatoire du dialogue et de l’intelligence sociale classe la Martinique au dernier rang des 26 régions françaises. Ce classement n’est pas le seul à attirer l’attention sur une dégradation, souvent signalée, de la situation de la Martinique au cours des 15 dernières années.

Personne ne pourra valablement soutenir que le budget qui vient d’être voté par le Conseil Régional donne le signal du sursaut attendu.

* Maurice Laouchez est depuis le 30 janvier 2013 administrateur de la Fédération de la Martinique du Parti radical présidé par Jean-Louis Borloo