Tribune – Cyril Renciot - En 2012, un premier article a vu le jour, traitant de la place des jeunes dans l’activité touristique de la Martinique. Trois ans plus tard, qu’en est-il ? Note-t-on une quelconque évolution, positive ou négative ? Si à l’heure actuelle de nombreuses interrogations demeurent, nous tenterons d’apporter des éléments de réponses au travers d’une analyse.

« L’objectif de cette réflexion étant de mettre l’accent sur l’évolution d’une situation, toute critique ou opinion considérée comme non-constructive, déplacée ou offensante serait fortuite. Avis du rédacteur et constats divers constituent cette analyse. »

« Le rédacteur demeurant libre de ton et d’opinion réfute par conséquent l’idée de nuire à l’image de quelque organisation ou catégorie d’individus. Le désir de susciter une réflexion et faire réagir alimente cette démarche. »

 

CONTEXTE :

Depuis plusieurs années, un terme caractérise parfaitement notre territoire : l’Instabilité. Entre problèmes sanitaires et mouvements sociaux, nombreux sont les phénomènes mettant à mal l’activité touristique.

Toutefois, si les impondérables d’ordre sanitaires (ex : épidémie de « Chikungunya ») ne sont forcément imputables à la population, certains groupements sociaux ne sont guère étrangers à ce que certains caractérisent de « prises d’otage ». Je pense notamment aux grèves récurrentes (grève générale en 2009, multiples blocages du port, fermeture répétitive des stations-services/SARA…).

Dans ce contexte de déséquilibre général où le tourisme peine à se pérenniser, une interrogation demeure : quel est l’avenir de l’activité touristique, matérialisé par la jeunesse ?

Les mentalités, visions du tourisme et actions tout d’abord, sont diverses et variées chez les jeunes.

Si des mesures favorables à la pérennisation de l’activité voient progressivement le jour, elles font face à des freins parfois répétitifs.

Dans une optique d’évolution enfin, les NTIC s’avèrent incontournables.

 

I – Des jeunes qui pensent, des jeunes qui agissent :

La notion de « jeunesse Martiniquaise » apparait comme un éternel paradoxe.

D’un côté, les acteurs de la « Jamaïcanisation » de la société Martiniquaise, jeunes pour la plupart.

De l’autre, des jeunes travailleurs, entreprenants ou entrepreneurs cherchant à apporter leur pierre à l’édifice ou simplement à évoluer dans un domaine qu’ils affectionnent.

La première catégorie citée est la plus médiatisée. Nul ne pourra infirmer qu’un jeune aux actions répréhensibles fait toujours la une du France-Antilles, le tour des réseaux sociaux en un temps record, et l’un des principaux titres du JT.

Paradoxalement, la deuxième catégorie, méritante et luttant afin de redorer le blason, ne sera que peu médiatisée et ce malgré les efforts consentis.

Cela n’empêche pas à certains d’être reconnus à travers leurs actions permettant de valoriser le territoire.

Parmi ces travaux, on compte les portails d’informations touristiques, tels que Veille Tourisme Antilles ou encore les portails de promotion touristique comme Martinique Mi Péyi pour ne citer qu’eux.

Des « books » tels que « La Martinique, un Regard, une Vision » n’échappent pas à cette règle. Le créateur de celui-ci nous gratifie de paysages exceptionnels.

Autant d’actions initiées pas des jeunes et valorisant l’île.

Dans un registre plus général, il m’est impossible de ne pas citer les Lumina, Grands Trophées de la Jeunesse. Cette manifestation organisée par le Conseil Départemental de la Jeunesse, et parrainée en 2014 par un de nos talents locaux en la personne d’X-Man met sur le devant de la scène une jeunesse qui bouge, une jeunesse qui innove, une jeunesse dont on peut être fiers.

Poudre aux yeux ou exemple d’action dont on peut s’inspirer dans le domaine ici traité ?

En opposition avec cette volonté de certains de faire brille leur île, on observe un phénomène qui tend à se développer : la fuite des talents.

En effet, beaucoup font  le choix ou sont contraints de se rendre au-delà de nos frontières (dans l’hexagone ou ailleurs). Leurs projets professionnels ou personnels, choix de vie, ou désir de partir pour mieux revenir justifient cet « exil ».

Ces éléments donnent naissance à des interrogations : Les jeunes se sentent-ils concernés ? Sont-ils motivés ou snobés par les différents acteurs? Le désir d’accomplissement personnel et peut-être d’autonomie financière prime-t-il sur une forme de patriotisme ? Ces deux idées sont-elles incompatibles ?

Si la motivation de certains combinée à certaines mesures représente une alternative, elles font parfois face à des freins répétitifs.

 

II – Des mesures dites « favorables » opposées à des freins parfois redondants :

On peut s’interroger quant aux décisions prises et à leur matérialisation. L’exemple des emplois d’avenirs en fait partie.

Diverses organisations proposent ce type de contrats, permettant ainsi à des jeunes, sur une période donnée, d’exercer une activité rémunérée et d’acquérir de l’expérience. Parmi elles, l’association Jet Attitu’d, organisatrice de la Martinik Cup Caraïbes, emploie une dizaine de jeunes en contrat d’avenir. Ils contribuent à la réalisation d’événements motonautiques valorisant le territoire.

D’autres acteurs du milieu motonautique font également rayonner nôtre île : les membres de Teams, en particulier les pilotes. Parmi eux, Ugo FIDELIN (Champion du Monde Off-Shore 2014) et Christophe CONCORIET (Vice-Champion du monde Off-Shore 2013). Ajoutez-y Patrice ACELOR et vous obtiendrez le podium de la Martinik Cup 2014. Une génération  qui brille dans nos eaux comme en dehors. Les deux premiers cités n’ont d’ailleurs pas fini de briller puisqu’ils participeront en 2015 au championnat de monde de vitesse en Italie, Espagne, Chine, au Qatar et à Abu Dhabi.

Toutefois, au-delà de l’emploi, le développement touristique d’un territoire est-il une priorité aux yeux des institutions ayant une mission d’éducation auprès du jeune public ? Qu’en est-il des formations diplômantes ?

A l’heure actuelle, le lycée Polyvalent Régional Nord Caraïbes de Bellefontaine dispense un enseignement principalement en hôtellerie et restauration.

Les anciens BTS VPT (Vente et Production Touristique) et AGTL (Animation et Gestion Touristique Locale) du lycée de Bellevue ont fusionné en un unique BTS Tourisme. Ce dernier peut accueillir jusqu’à 30 étudiants par promotion.

L’AFPA (Association de Formation Professionnelle des Adultes)  dispose également d’une offre en termes de formations dans ce domaine.

Il est donc possible pour une partie de la population d’être formée ou d’obtenir un diplôme, principalement post-bac, mais qu’en est-il du jeune public ?

Certains citeront la nomination d’un ministre junior du tourisme (actuellement Raika Hazavinicius) participant non seulement à des manifestations locales à caractère touristique, mais également à des événements hors-département tels que le Tourism Youth Congress en septembre 2014 aux Îles Vierges Américaine.

D’autres mentionneront la Semaine du Tourisme à l’Ecole, durant laquelle les élèves sont en « immersion ». Cependant, Constate-t-on un réel impact ? Que retiennent les participants après chaque édition ? Pourquoi ne pas appliquer un concept similaire à un public plus jeune afin que l’idée soit encrée dans leurs mentalités et comportements en société ?

L’innovation est un maître-mot dans une dynamique d’évolution. Il est donc nécessaire de demeurer en vieille vis-à-vis des évolutions, notamment technologiques. Divers acteurs l’ont réalisé, proposant des applications pour smartphones entre autres. Mais innove-t-on suffisamment pour autant ?

L’innovation en termes de produits semble indéniable, à l’image de multiples activités nautiques comme le SUP (Stand Up Paddle), le parachute ascensionnel ou encore les bouées tractées. Toutefois, l’import de ces activités soulève une autre interrogation : est-il plus facile pour un « étranger » de s’implanter que pour un natif de créer son activité ? Une fois encore, le problème de motivation est à évoquer.

Néanmoins, s’agit-il là de l’unique frein ?

Si l’on en croit certains, il semblerait que non.

On assiste à une forme de cannibalisation de certains sites et produits. L’exemple de la plage des salines est le plus flagrant : la majeure partie des croisiéristes et touristes de séjour désirent s’y rendre. Nul doute que cela reflète la beauté du site, reconnu comme l’une des plus belles plages de l’île ; mais n’y a-t-il pas d’autres plages en Martinique ? Est-ce vraiment la seule à valoir le déplacement ? L’île aux Fleurs est-elle donc si pauvre en diversité ? C’est là ce que l’on pourrait croire.

De plus, les oppositions entre générations desservent également l’intérêt général. Entre ceux rejetant les idées novatrices d’une génération plus au fait des nouvelles tendances, et ceux faisant fi des conseils prodigués par les plus expérimentés, nombreux sont les comportements aux conséquences désastreuses.  Divers éléments appuient cette thèse :

-       Des mentalités inadaptées

-       Une prise de conscience collective qui se fait encore attendre

-       Un manque de reconnaissance vis-à-vis de certains talents locaux

-       Des clichés durs à effacer combinés à un refus d’acceptation d’une certaine forme de changement

-       Un problème d’identitarisme (l’histoire et les valeurs « républicaines » priment sur les idéologies et valeurs régionales dans l’éducation)

Que dire des nombreuses discriminations dont certains font l’objet ?

N’oublions pas le problème du transport. En attendant la fin des travaux du TCSP sur le territoire de la CACEM (dont le nord et le sud de l’île ne tireraient à première vue aucun bénéfice), un visiteur demeure contraint de louer un véhicule afin de profiter librement de nos richesses sans se ruiner. Entre le coût des taxis de place et la fréquence des taxis collectifs, le choix est vite fait.

Dernier point, nous avons mentionné précédemment la possibilité ou contrainte d’un départ professionnalisant. Celui-ci doit permettre aux bénéficiaires d’emmagasiner de l’expérience, celle-ci pouvant servir l’intérêt général par la suite.

Un grand nombre de jeunes se sont retrouvés dans ce cas de figure en 2013.

En effet, cette année marquait le retour de la compagnie MSC Croisières en Martinique. Dans l’optique de départs de Fort de France effectués par la compagnie, une campagne de recrutement de Crew Members (membres d’équipage) a été menée en Avril. L’information relative aux entretiens (au Palais des Congrès de Madiana) a été diffusée à la dernière minute (la veille du 1er jour). Cela n’a néanmoins pas éprouvé la volonté du grand nombre de candidats qui se sont présentés, en particulier le deuxième jour.

Quelle aubaine pour les institutions compétentes s’empressant de mettre en avant, par l’intermédiaire des médias, leur rôle dans ce processus censé venir en aide à la jeunesse (une centaine de personne auraient été recrutées après cette session).

Oui mais voilà : passé les recrutements (deux sessions supplémentaires auraient été organisées par la suite) et une rencontre entre candidats retenus et responsables de la compagnie, plus rien.

Si une partie des candidats retenus ont effectivement pris leurs fonctions par la suite (certains ayant certes débarqués avant la fin de leur contrat), beaucoup d’autres resteront sur le carreau.

Et le Comité Martiniquais du Tourisme dans tout ça ? Mis à part pour mettre en avant son implication dans ce processus, le CMT se fera discret. Un article paraîtra par la suite dans le quotidien France-Antilles afin de rassurer les candidats en attente ayant ouvertement fait part de leurs inquiétudes.

Un autre élément s’est avéré défavorable pour une partie des candidats. Une formation de sécurité en mer (STCW 95 dispensée à l’EFPMA de La Trinité) devait être effectuée par tous. Si salariés et demandeurs d’emplois étaient apparemment pris en charge, les étudiants quant à eux furent contraints de financer eux-mêmes cette formation dont le coût s’élève à 692€. Ajoutez-y les formalités médicales et administratives requises et l’on obtient une somme relativement importante, en particulier pour des étudiants.

Est-ce là une façon d’accompagner des jeunes dans une démarche d’accès à l’emploi ? Est-on toujours dans cette dynamique de soutien annoncée dans les médias ? Chacun se fera un avis sur la question.

Toujours dans le registre du « Foutage de gueule », pour reprendre l’expression employée par beaucoup, il est difficile pour les jeunes porteurs de projets pouvant se targuer de trouver une oreille attentive. En effet, nombreuses sont les idées dites inadaptées et rejetées. Ces mêmes idées se retrouvent, dans certains cas, étrangement portées par des organismes et personnalités politiques. Ces mêmes personnalités, excellant dans l’art de la figuration, se présentent comme partisans d’une évolution par et pour la jeunesse.

Peut-on considérer qu’ils accordent la priorité à leur(s) mandat(s) plutôt qu’à leur rôle théorique ?

Clin d’œil d’ailleurs à ces jeunes faisant des études par passion mais finissant par exercer un métier par dépit (quand ils parviennent finalement à trouver un emploi),  du fait d’une offre pas suffisamment diversifiée. N’oublions pas les structures refusant d’embaucher un jeune fraîchement diplômé, prétextant le manque d’expérience (le peu d’expérience dont ils disposent est bien souvent acquise durant leurs stages en entreprise, sur de courtes périodes).

Les diverses mesures prises contribuent à l’obtention d’un résultat. Celui-ci est matérialisé par l’augmentation du nombre de touriste de séjours et de croisiéristes à la Martinique. Elles doivent cependant s’accompagner, comme indiqué précédemment, d’une veille en termes de Technologies de l’Information et de la Communication.

Par conséquent, comment les placer au centre du développement ?

III – Les NTIC au cœur de l’évolution :

Réseaux sociaux, applications pour smartphones… Nombreuses sont les innovations permettant la promotion et la valorisation d’un espace géographique donné.

Certains l’ont compris, proposant de ce fait des versions numériques de guides tels que le Bois Lélé ou encore le Ti Gourmet menant entre autres aux bonnes tables.

Est-ce suffisant pour autant ? Doit-on se limiter à des guides déjà existant ? Concevoir de nouveaux outils ne serait-il pas bénéfique ? C’est là que la nouvelle génération, formé à l’emploi des NTIC, peut montrer son utilité.

En effet, divers milieux bénéficient de ces innovations, notamment les loisirs et sorties en tout genre.

Pourquoi le secteur touristique est-il moins pourvu ? Manque de volonté, de moyens ? Peut-on considérer cela comme la traduction d’une incapacité à innover ?

Au vu des actions menées par certains, la thèse du manque de volonté semble à écarter.

Doit-on donc penser à un manque d’accompagnement ? Cette thèse demeure plausible.

En effet, l’usage des médias, en particulier des réseaux sociaux, n’est plus un mystère pour la génération actuelle. Cependant, cet usage n’est pas toujours effectué à bon escient. La preuve en est ; nombreux sont les clichés et vidéos représentatifs de la tournure particulière que semble prendre la société (violence, sexe, drogue et alcool en sont les principaux thèmes).

Initier les plus jeunes ne permettrait-il pas de mieux anticiper ? Une bonne gestion de l’apprentissage des nouveaux médias ne pourrait-elle pas être à terme profitable à la destination Martinique, et plus généralement à la société Martiniquaise dans son ensemble ?

 

EN CONCLUSION :

Les années passent, la société évolue, mais les jeunes y trouvent-ils leur place ? Cette problématique se pose de manière générale, mais encore plus dans le tourisme. Ce milieu où l’apport de sang neuf et d’idées novatrices s’avère indispensable dans une optique de pérennisation du secteur. Cette pérennité passe entre autre, par une augmentation du nombre de visiteurs et des recettes.

Afin d’atteindre ces objectifs, il me semble nécessaire de mettre à contribution l’ensemble des acteurs composant la société Martiniquaise, et tout particulièrement les jeunes.

Développement économique, perspectives de création d’emploi et opportunités de contribuer à l’essor de la destination Martinique doivent être des Leitmotiv vis-à-vis de notre jeunesse.

Donner leur chance à des jeunes d’avenir, inclure le développement touristique dans l’éducation (en mettant l’accent sur les langues étrangères notamment), susciter des vocations, valoriser l’intégralité du territoire et pas uniquement les quelques sites prisés depuis 10 ans… Autant d’actions à mener afin d’atteindre les objectifs fixés, et ce avec le concours de nos jeunes.