Tribune – Alain Louis-Gustave - Le second mandat de Barack Obama premier président des Etats unis métis noir américain et par ailleurs (où à cause de cela ) prix Nobel de la paix semble prêt à sombrer dans des violences raciales curieusement absentes de son premier mandat .Le carnage réalisé par un blanc bec haineux âgé de 21 ans sur 9 noirs en prière dans une église historique à Charleston ( Virginie occidentale) marque un nouveau sommet dans ce qui risque de devenir un festival de barbarie.

 

On finit par se dire qu’il n’y a peut être plus rien à faire contre la persistance de la haine raciste dans un pays qui se veut certes le temple de la démocratie et de la justice mais qui cultive aussi la violence civile pour le plus grand profit du lobby des armes.

Mais dans le même temps comment ne pas être non seulement ému mais profondément bouleversé par l’attitude pour moi surréaliste des parents des victimes pardonnant l’auteur du massacre et priant pour son salut .Nous sommes là au cœur du mystère de ce  Sud profond où le noir exploité et bafoué garde du respect et presque une forme d’amour pour son tyran.

Dans les films et dans la littérature américaine on a souvent raillé l’infantilisme des noirs mais ici nous sommes en présence d’une forme de transcendance qui confine au sublime. Mais il ne faut sans doute pas rêver et croire que cela suffira pour obtenir la douloureuse réconciliation après tant d’années d’injustice et de violence .

Autre image moins évoquée de la complexité de l’âme américaine.. un débat est engagé depuis plusieurs mois pour changer l’actuel billet de 20 dollars qui a fait son temps. Il est à l’effigie du 7ième président américain le peu regretté Jackson BROWN réputé hyper raciste. A cette occasion la très puissante association femmes du 20ième siècle a lancé une large consultation pour que le nouveau billet rende hommage à une  femme .Et curieusement sur plus de 600 000 votants l’élue est une abolitionniste noire qui arrive largement  devant Eleonor ROOSEVELT et l’indienne Wilma MANKILLER. Si cette consultation devait se concrétiser se serait un choc psychologique sans précédent pour l’ensemble de la population américaine. Cela m’a incité à deux recherches :

1 : Qui était cette fameuse Harriet TUBMAN dont à ma grande honte je n’avais jamais entendu parler.

2 :Passer en revue les principales autres femmes qui ont marquées cette lutte douloureuse et toujours inachevée  vers une totale reconnaissance des noirs sur une terre qui leur appartient autant qu’aux blancs même si eux ils n’ont pas choisi d’y habiter.Ce qui n’est pas sans rappeler notre propre situation.

 

Harriet TUBMAN est née esclave en 1822 dans le Maryland dont la ville principale BALTIMORE est un haut lieu de la colonisation anglaise. Elle s’évade en 1849 pour se réfugier à PHILADELPHIE où elle devient une des grandes figure du l’UNDERGROUND RAILROAD ce réseau mythique qui avait mission de favoriser le passage des esclaves vers le nord. Avant la guerre civile on lui attribue déjà une vingtaine d’expéditions aboutissant à la libération d’environ 300 eslaves .Elle ne sera jamais arrêtée et ne perdra aucun de ses protégés.  Ce quasi miracle lui vaut le surnom de Moise du peuple noir .Pendant la guerre elle est infirmière, espionne et participe à une opération militaire qui libère 750 esclaves. Après la guerre elle continuera sa lutte pour l’émancipation du peuple noir américain jusqu’à sa mort en 1913. Frédérik DOUGLAS un des pères de la conscience noire américaine a dit d’elle « je ne connais personne qui ait volontairement bravé tant de périls pour libérer notre peuple enchainé »

Elle est inscrite au National Women’s Hall of fane qui est le panthéon des grandes femmes américaines .Enfin détail amusant en 1998 un trio de jazz a choisi de porter son nom.

 

Sur le long et douloureux chemin de la libération des noirs et singulièrement des femmes noires se ne sont pas les émules qui manquent pour la fonction de porte drapeau.

 

Déjà avant Harriet TUBMAN il y a eu une certaine Sojourne TRUTH née Isabella BAUMFREE née esclave dans l’état de NEW YORK en 1798. Elle s’enfuit en 1927  pour gagner le Canada où elle se consacre essentiellement à l’évangélisation et à l’alphabétisation des esclaves évadés d’où le nom qu’elle s’octroie ( TRUTH =vérité) parallèlement elle s’engage à fond pour l’abolition de l’esclavage et la défense des droits de la femme. En 1851 elle prononce dans l’Ohio un discours » ne suis-je pas une femme «  qui est un véritable manifeste du féminisme. Après la guerre elle défendra l’idée d’un état noir dans l’ouest des Etats-Unis .Elle est morte en 1883.

 

Elle aussi figure au National Women’s Hall of fane .En 1997 un robot d’une mission de la NASA fut baptisée Sojourne en son honneur .Bien après ces légendaires pionnières on pourrait citer en 1859 Harriet E WILSON auteure du premier roman publié par une noire.

Otélia CROMWELL première noire diplômée de littérature à l’université de YALE en 1926, Bessie COLEMAN première femme noire pilote d’avion.

Et personnellement j’ai un faible pour Cora BROWN première sénatrice noire dans le Michigan en 1952 et pour l’immense Maria ANDERSON première noire admise au prestigieux Métropolitan opéra de New York en 1955( avec l’appui d’Eléonore ROOSEWELT.)

 

Pour conclure le choix de l’effigie du prochain billet de 20 dollars est loin d’être acquis mais on peut considérer déjà que le fait d’envisager que se puisse être une abolitionniste noire est une nouvelle victoire dans la lutte pour le respect de la communauté noire même si les horreurs comme celle de CHARLESTON restent malheureusement toujours possibles.

 

 

Alain LOUIS-GUSTAVE