Tribune – Yves-Léopold Monthieux | L’ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, vient d’être mis en examen. Comme le président Marie-Jeanne en Martinique. Certes, les poursuites dont il fait l’objet pourraient avoir des conséquences politiques importantes pour lui, son parti et peut-être pour la France. Cependant il ne viendrait à aucun commentateur judiciaire ou politique ni à aucun de ses avocats l’idée d’accuser la justice de mener contre lui un procès politique. Il sera puni ou relaxé, au besoin au terme des recours en appel, en fonction de la réalité ou non des faits qui lui sont reprochés. Car il ne suffit pas qu’une personnalité politique soit poursuivie en justice pour qu’on se retrouve en présence d’un procès politique. Ainsi, pas plus que pour l’affaire Cahuzac, l’affaire Dassault ou l’affaire Sarkozy, on n’est, dans l’affaire Marie-Jeanne, en présence d’un procès politique. Car ces personnalités politiques ne sont pas poursuivies pour leurs idées politiques mais pour des infractions de droit commun prévues par la loi, qu’elles auraient commises.

Par ailleurs, que le « président de tous les martiniquais », disons le « Premier » des Martiniquais, appelle la population à défier la justice en descendant dans la rue, cela constitue une atteinte grave à la séparation de pouvoirs, à la démocratie. C’est, bien entendu une faute politique autant que citoyenne. L’organisation de manifestations le jour de l’affaire pour orienter la décision des juges serait d’une exceptionnelle gravité. Et il est juste de dire qu’on sait comment ça commence, pas comment ça finit.

Beaucoup de Martiniquais ont souhaité l’alternance comme moyen naturel de faire vivre la démocratie. L’élection du président Marie-Jeanne, en décembre dernier, a été possible grâce à des milliers de martiniquais qui ont manifesté ce souci. Il serait très dommageable que le début de la CTM soit identifié par l’image qui est celle des républiques bananières où les citoyens sont souvent obligés de descendre dans la rue pour obtenir justice. Il est encore temps pour le président de se ressaisir en invitant la population à rester chez elle. Sinon, il faudrait peut-être renvoyer cette affaire.

Yves-Léopold Monthieux, le 17 février 2016