Hommage – Johanne Juston | La première fois que j’ai rencontré Philippe, je ne l’ai pas vu, je l’ai entendu car c’est sa voix qui a retenu mon attention. Et sa détermination. Nous étions place de la savane, 17 à avoir répondu à l’appel de Lisa David pour lutter contre le Front National. Philippe, comme souvent, avait une longueur d’avance sur nous et alors que nous ne savions rien encore de ce que nous devions faire, lui avait déjà lancé depuis quelques semaines une pétition en ligne et pris l’attache de certains engagés du pays.

C’était un grand et bel homme, charismatique, aux mots choisis. Philippe ne parlait jamais pour ne rien dire. A cette époque nous avions des rendez-vous hebdomadaires afin d’organiser une opposition à l’arrivée des troupes de Marine Lepen en Martinique. Et Philippe faisait partie de ceux qui étaient toujours là, avant ou après une séance de travail ou un cours de Kizomba, une de ses passions.

Ce qui m’avait frappé chez Fritz Manicou, comme l’appelaient ses amis de combats, c’était une dualité très marquée. Il était connu pour ses coups de gueule, ses avis tranchés et ses colères et j’ai eu quelques des mots avec lui pour lui demander d’essayer de mettre un peu d’eau dans son vin quand il intervenait sur les ondes au nom de Marine Déwo qui jouissait d’une image de mouvement trop extrémiste. Et c’était peine perdue (rires), Philippe était comme ça, entier et spontané, sans calcul. Et l’indignation, ça ne se calcule pas. Et nous l’aimons pour cela et nous nous sentions en sécurité en sa présence. Car nous pouvions compter sur lui pour les mobilisations et je crois que Madame Fatna gardera à jamais un souvenir de sa confrontation avec Marine Dewo au Lili’s! (Rires).

Mais je crois que l’indignation, la colère de Philippe face à l’injustice était une de ses facettes car en réunion, je l’observais beaucoup et il était plutôt du genre discret, à écouter, à ne pas parler pour rien, a donner son avis une fois et à se ranger à l’avis général. Il y avait chez lui, je crois, une allergie à l’injustice et ce combat était pour lui quelque chose d’intime. Il m’avait parlé à plusieurs reprises de ses choix de vie personnels, des femmes de sa vie et de ses enfants métisses. Je crois qu’il voulait un monde meilleur pour eux, qui les accepte dans leur identité plurielle.

Et c’est ce que je retiendrai de lui, un homme passionné, entier, volontaire, discret et protecteur, sur lequel on pouvait compter.

Il nous manquera à tous.

Johanne Juston Animatrice de Marine Dewo