Tribune – Yves-Léopold Monthieux - Le succès de la fédération socialiste de Guadeloupe aux élections départementales et la désignation de Mme Borel-Lincertin comme présidente du département apparaît comme le plébiscite d’un homme : Victorin Lurel. Il remporte un succès contre la droite, Lucette Michaux-Chevry, en particulier,  qui, ayant voulu avoir raison de l’horloge biologique, a montré une image déplorable devant les caméras de télévision. Elle a été éliminée dès le premier tour aux élections départementales, ces élections qu’elle avait souhaité voir disparaître alors qu’elle était coachée par son ami Alfred Marie-Jeanne. Eu égard à ses états de service, l’ancienne présidente méritait mieux que cette pitoyable fin de partie.

Ce fut aussi le succès de Lurel contre le sénateur Jacques Gillot, son rival, dont la solidarité avec le président de la région ne sautait pas aux yeux pendant les évènements de janvier – février 2009. L’ancien président du conseil général s’est hasardé sur le sentier de l’évolution institutionnelle qui avait provoqué la chute de la maison Michaux-Chevry. Après l’ancienne présidente de la Région, il est à son tour la victime de sa volonté de supprimer le département. Victorin Lurel, qui avait perçu dans le projet martiniquais « une odeur de largage », a donc invité ses compatriotes à ne pas trop se presser. En réalité il attend de voir comment les choses vont se passer en Martinique.

La situation actuelle de la Martinique s’apparente à celle de la Guadeloupe en ce que les deux présidents de région ont à leur main, le premier un conseil général moribond, l’autre un conseil départemental en avenir. Les objectifs sont évidemment opposés. Le conseil général martiniquais n’avait, au moment de l’élection de sa présidente, qu’un seul objectif : mourir. Le nom de Josette Manin sera à jamais attaché à la disparition du département, tandis que le conseil départemental de Guadeloupe a pour ambition de poursuivre son histoire et de continuer l’œuvre du département.

Quel est ce nouveau département ? Un département où les élus s’appellent désormais « conseillers départementaux », ce qui eut été insupportable pour les élus martiniquais. Les tenants de la rupture institutionnelle immédiate ou différée l’ont donc échappé belle, l’adjectif « départemental » accolé à « conseil » ne sera pas venu renforcer le lien d’appartenance du pays Martinique à la France. Les élus ne font figurer le mot département sur aucun établissement public réalisé par cette collectivité, sauf parfois en petits caractères. Ils ont toujours préféré l’expression neutre « conseil général » dont, par exemple, l’inscription en lettres géantes sur le port de Grand’Rivière est à la mesure du gigantisme de cet éléphant blanc. Le désir n’en demeure pas moins fort – mais c’est une autre histoire – de continuer à bénéficier de tout ce que pourrait résumer l’expression favorite, ô combien assimilationniste, des partisans de la rupture : « continuité territoriale ».

En Guadeloupe le mot département prend du relief du fait qu’il permet de distinguer davantage la Martinique et la Guadeloupe. Cette dernière, par la seule volonté de sa voisine et le choix de ses élus, se retrouve plus près des clochers parisien et bruxellois. Après la légitimation, par la participation de ses ministres au gouvernement, de son appartenance à la France, Gwada qui, jusqu’alors ne se débrouillait pas si mal, pourrait avoir obtenu un argument supplémentaire pour exiger d’être le destinataire de tous les futurs équipements stratégiques de la France dans les Caraïbes. On pense inévitablement au port d’éclatement français dont le choix du lieu d’implantation est encore en attente d’une vraie décision, alors que les arguments écologiques et surtout financiers au profit de la Martinique sont imparables.

Yves-Léopold Monthieux, le 3 avril 2015