Tribune – Jean-Marie Nol – Petit bréviaire des 12 défis majeurs à relever pour la Guadeloupe et la Martinique dès 2017 mais à l’horizon 2025 |  « Le bon sens a de l’avenir ! » proclame la publicité d’une banque. Mais à quel horizon ?

L’exercice de prospective n’est pas des plus aisés. Il est pourtant indispensable. S’essayer à imaginer l’avenir économique de la Guadeloupe et de la Martinique à dix ans permet de dépasser la navigation à vue qui est trop souvent synonyme de manque de stratégie et d’idées fortes. Parmi les déterminants de la croissance de long terme, plusieurs éléments méritent un intérêt particulier car, souvent, ils tranchent avec des croyances bien établies dans les milieux des décideurs économiques et surtout politiques.

Quels sont ces 12 nouveaux défis de la Guadeloupe et surtout  de la Martinique ?

1) Le défi de l’occidentalisation du mode de vie
L’alimentation de la Guadeloupe et de la Martinique n’ est plus majoritairement traditionnelle .
S’agissant du niveau d’activité physique, une étude note qu’il est «peu élevé » chez les hommes mais « particulièrement bas » chez les femmes. Chez ces dernières, la fréquence de l’obésité atteint « un niveau préoccupant », deux fois plus élevé qu’en France hexagonale. Un quart de la population de 15 ans et plus présente une hypertension artérielle et une forte prévalence au diabète et à l’hyper tension artérielle, des chiffres jugés « particulièrement alarmant.
« La poursuite de l’occidentalisation des modes de vie (disponibilité et accessibilité croissantes d’aliments gras et sucrés, augmentation de la sédentarité) conjuguée à l’augmentation de l’espérance de vie, risque de conduire à une augmentation importante du surpoids et de l’obésité et des maladies chroniques qui leur sont associées », avertissent les auteurs de l’étude.

Attention à ne pas pousser le curseur trop loin dans la tentation d’occidentaliser la société Antillaise dans le mauvais sens , celui …..du délitement du lien social et familial !« La vérité de demain se nourrit de l’erreur d’hier… Pourquoi le phénomène  de femmes seules s’accentue -t-il en Guadeloupe et Martinique depuis les années 90 ?
Le phénomène des femmes seules , divorcées ou célibataires se regroupant pour former des cercles fermés aux hommes s’accentue en Guadeloupe et Martinique depuis les années 90 et tranche ainsi avec l’ancien modèle  de femmes seules «  poto mitan  » de famille mono parentale nombreuse au sein de la société Antillaise, mais ou l’homme n’était jamais bien loin !
Nous le répétons avec gravité … Il y a danger à pousser le curseur trop loin dans la tentation d’occidentaliser la société Antillaise dans le mauvais sens , celui …..du délitement du lien social et familial !
En Guadeloupe, selon l’INSEE un habitant sur cinq vit seul. Pour la France entière, on dénombrait en 1982 près de 7 millions de personnes vivant seules, soit 15 % de la population adulte. Entre 35 et 50 ans, on compte 30 % de divorcés parmi les femmes isolées. Entre 50 et 75 ans, deux femmes sur cinq vivent seules.Selon le dernier recensement de l’INSEE, en 2014, il y aurait 38% de célibataires sur le territoire français, soit près de 20 millions de personnes seules de plus de 18 ans, dont 5 millions en Ile de France… Une estimation répartie équitablement entre les hommes et les femmes. Parmi ces personnes : 2,7 millions de veufs, 2,3 million de familles monoparentales, 1,5 million de divorcés et les autres correspondant à l’idée communément admise du célibataire.
Dans la société Guadeloupéenne et Martiniquaise , la montée de la solitude peut , si l’on n’en prend garde ,devenir un phénomène social majeur . Et fait nouveau ,les femmes sont particulièrement exposées à ce phénomène . Cette réalité est le fruit d’une pratique croissante du ‘couple en CDD’ et d’une mutation profonde des rapports hommes -femmes…. les hommes Antillais ont -t- ils peur des femmes Antillaises actuelles , tout le laisse à accroire dans notre société fracturée et en voie d’être déglinguée par la violence !
Il faut ici prendre en considération les facteurs sociaux-économiques. Les femmes d’aujourd’hui ont des attentes bien plus importantes qu’auparavant. C’est le cas sur le plan conjugal. Avant, au temps des colonies le couple n’était pas nécessaire pour survivre. Avec la départementalisation , le mariage avait une utilité sociale. On se mariait  ,  fait nouveau , pour la vie souvent pour des raisons d’ordre culturelle,et pour des questions d’attirance affective et sexuelle etc. Aujourd’hui,en 2016 le couple a perdu ces fonctions historiques.
Par conséquent, les attentes ont changé, les gens ne recherchent plus nécessairement la passion,mais la communication, l’écoute. Et si ces attentes ne sont pas comblées, on change de partenaire.Mais contrairement à ce qui passe en France hexagonale , la femme Antillaise semble rétive à la notion de couples recomposés. Résultat, la relation de couple en Guadeloupe et Martinique est devenue plus instable, plus fragile, moins sécurisée, plus matérialiste ce qui alimente une fois le couple cassé ,ce phénomène de femme seule avec au bout la solitude. Avec la disparition du couple, ce sont parfois des relations amicales qui disparaissent, souvent aussi les relations avec la « belle-famille ». Pour d’autres, au contraire, il est manifeste que ces « relations » se mobilisent en se substituant à l’homme et aident les femmes seules à dépasser les difficultés, notamment économiques, qui suivent généralement la rupture. À ce niveau, la famille jouent un rôle de premier plan. Mais le hic est que le lien familial tend à s’effilocher en Guadeloupe comme en Martinique d’où ce nouveau « facteur de risque » qu’est l’isolement. Car, en effet, contrairement à l’image qu’en donnent parfois les médias, vivre seul n’est pas seulement le résultat d’un choix, l’expression d’une nouvelle éthique individualiste de l’existence, correspondant à la montée des femmes aux responsabilités au sein de la famille , du pouvoir , de l’entreprise , soucieuses de leur indépendance et de leur réussite sociale et professionnelle. L’isolement est aussi bien souvent une situation subie , et de fait rend indispensable le « réseau familial » ou de parenté comme système d’échange et d’entraide .On assiste en fait à une glaciation des rapports hommes/femmes. La drague est devenue ringarde. Dans les années 80, le monde du travail , la vie étudiante ,les bals  et les boites de nuit étaient les premiers lieu de rencontres en Guadeloupe. C’est inimaginable aujourd’hui ! » C’est un vrai fait de société. .
C’est le grand paradoxe de notre époque. Jamais il n’y a eu autant d’outils pour communiquer et se rencontrer. Jamais, pourtant, on n’a autant compté de femmes seules qui ont pour certaines « tout pour plaire », et se retrouvent dans un désert amoureux difficile à comprendre ,notamment pour les femmes les plus diplômées qui souvent font peur aux hommes et ont, de leur côté, une attente immense et des critères impitoyables. Femmes traversant la crise de la quarantaine ou de la cinquantaine , femmes seules, mal mariées ou en quête d’amour absolu, .Quels sont ces clubs et cercles informels qui prolifèrent de plus en plus en Guadeloupe et Martinique de femmes seules qui n’acceptent pas la situation de couple et disent ne plus rien attendre des hommes ?…Non sans susciter la crispation de ces derniers devenus ,et c’est nouveau , plus attachés à la tradition ancestrale du couple au sein duquel la femme Antillaise était soit maîtresse entretenue avec enfants ou femme au foyer soumise à son mari .Aujourd’hui , les choses ont changé ! Pour elles, le club ou le cercle exclusivement féminin est devenu un « deuxième chez soi », un lieu qui permet de « fuir la maison pour se retrouver devant un verre , faire ensemble du sport ou encore voyager , déjeuner et cultiver leur réseau entre femmes issues du même sérail , les hommes étant acceptés uniquement en tant qu’invités. Jamais non plus l’individu et l’épanouissement personnel n’ont eu autant la priorité. Les deux n’allant pas forcément ensemble. Tout d’abord, il y a le célibat consenti : ce sont les personnes qui ont décidé de vivre seules, l’assument et en profitent. Puis il y a le célibat subi : les séparés, divorcés, veufs…
Tout simplement , c’est un phénomène de société, les femmes Antillaises désormais loin de l’image de la femme « poto mitan  » font partie de la presque moitié des foyers français (40,6%) qui sont célibataires.
Et sur ces 40, 6%, 2 célibataires sur 3 sont des femmes.
C’est un signe des temps, le nombre de célibataires a plus que doublé en Guadeloupe en trente ans, passant de 10 à 20 % de la population. Les femmes étant les premières concernées :Notons qu’elles sont en France 4,4 millions aujourd’hui contre 3 millions d’hommes. »
Certes, elles sont toujours plus nombreuses que les hommes célibataires (ceci d’ailleurs pouvant expliquer cela) mais une étude récente de l’Insitut national d’études démographiques (Ined), sur les « personnes résidant seules en France », précise que si le nombre de femmes vivant seules a doublé entre 1962 et 2007, la proportion d’hommes vivant seuls a triplé. So what ? La vie à deux en Guadeloupe et Martinique -serait-elle juste un modèle usé, dépassé ? Un vieux rêve devenu inadéquat surtout que l’on retrouve un phénomène quasi identique chez les jeunes de la génération y ( entre 20 et 35 ans ) ?
Etre jeune et célibataire: pour la génération Y, la solitude n’est plus une tare comme on le constate de plus en plus chez les jeunes aux Antilles .Pourtant, les jeunes solos n’ont rien de la “vieille fille” ancrés dans la conscience collective. Ils sortent, testent, réinventent, se cherchent et font leur cheminement mais rechignent à se mettre en couple. Dans la société Antillaise, on tient un double discours aux jeunes: celui, à travers la publicité ou les films, que c’est tendance d’être célibataire, et celui qu’il est anormal d’être seul à cet âge . Un discours ambigu et stigmatisant, qui ignore “la réalité de ce que vit cette génération”, selon les sociologues qui ont étudiés le sujet. Études plus longues, instabilité au travail, engagement tardif, les Y ne suivent pas le même chemin que leurs parents. Pourtant, le célibat pour un jeune est encore vu “comme une mauvaise période , et le couple comme “quelque chose de plan-plan et ringuard où il n’y a plus de liberté”, là où il n’existe plus aujourd’hui “un modèle de couple ou un modèle de célibat”. Vivre seul ou à deux, ni l’un ni l’autre ne convient: un paradoxe pour la femme Antillaise restée mère poule et pour qui être en couple n’est plus vital à son épanouissement !…Je veux vivre ma vie …la poussiè di plis ki sa , van chayié  ! , mais comme on dit en créole « pa konnet mové , pli ta pli tris « et là à travers ce proverbe créole , c’est surtout sur les dégâts psychologiques occasionnés aux enfants de la génération actuelle ,qu’il va falloir très bientôt se pencher ! … sé jou babyé ou konnet pawol kaché …..
2 ) Baisse de la dépense publique et raréfaction du capital public et privé :

Politique de l’offre, politique keynésienne,soyons clairs à nouveau pour les adeptes de la question :Que faire face à la crise des finances publiques à venir ?
- l’économie de la demande (le keynésianisme), voit la dynamique économique dans le principe de demande effective. Au point de stimuler celle-ci par la consommation ou d’y suppléer le cas échéant par la dépense publique .Cette politique de la demande ,qui a servi de soubassement à la départementalisation,consiste à relancer l’économie en accroissant la demande de biens par le biais , par exemple d’aides à la consommation ou encore de grands investissements publics .
- L’ économie de l’offre (on parle aussi de la « politique économique de l’offre ») estime que pour relancer l’économie il faut dynamiser l’offre en favorisant les investissements privés des entreprises par des baisses de charges et encourager l’épargne des ménages .Selon les partisans de « l’économie de l’offre »,
l’objectif de croissance ne peut être atteint qu’en levant le plus possible les freins fiscaux et règlementaires qui entravent leur développement. Il s’agit donc de lever les freins à l’initiative privée en diminuant l’impôt pesant sur l’activité des entreprises (impôt sur les sociétés, taxes et cotisations diverses, etc.) ainsi que sur les revenus des travailleurs (comme les cotisations sociales).
Inversement, des subventions peuvent et doivent le cas échéant être accordées aux entreprises dans certains secteurs économiques, si les objectifs attendus le justifient.
C’est que la France, grande adepte de Keynes,est resté longtemps obnubilée par le mirage de la « politique de la demande » : il faut favoriser la hausse du pouvoir d’achat, qui entraînera un accroissement de biens et de services, et donc un essor économique ! Sauf que le processus tend à dérailler aujourd’hui d’une façon permanente en Guadeloupe : ce sont avant tout les importations qui profitent de la hausse de la demande (d’où le déficit croissant de notre commerce extérieur) et non les entreprises de production, dont les investissements stagnent : depuis 2000, la consommation a augmenté de 31 %, les importations de 52 % et la production de 1 % seulement . Dans ces conditions, on ne voit pas comment le déséquilibre de l’économie guadeloupéenne pourrait cesser .
En fait, il faut maintenant sans médire le passé procéder d’une façon inverse, c’est-à-dire favoriser une politique de l’offre, comme ont su le faire avant nous certaines iles de la caraibe comme Barbade ou les Grenadines . Pourquoi ce qui a marché dans ces pays ne fonctionnerait pas dans le cas de la Guadeloupe et la Martinique ?
Que faut-il faire alors pour redéployer l’offre ? La priorité essentielle est de s’attaquer à l’environnement fiscal, social et juridique dans lequel fonctionnent nos entreprises, pour le simplifier et le stabiliser par une démarche spécifique à notre environnement régional . Beaucoup d’entreprises, petites ou moyennes, refusent d’embaucher, donc de croître, car la législation sociale est décourageante, les cotisations trop élevées et la bureaucratie envahissante. La fiscalité alignée sur la France Métropolitaine est extrêmement contraignante et ne favorise pas l’initiative : elle pénalise le succès, au nom d’un égalitarisme dépassé, s’appuyant sur un malthusianisme intellectuel étouffant (priorité aux loisirs, à la justice sociale redistributive ; haro sur les politiques, responsables de tous les maux ). Même les artisans n’éprouvent aucun intérêt à accroître leurs activités, alors que l’on constate une pénurie d’offre de services dans de nombreux métiers et dans lesquels s’engouffrent de plus en plus les Haitiens ou autres ressortissants de pays voisins qui paradoxalement trouvent du travail là ou les guadeloupéens et martiniquais disent qu’il n’y a pas de travail au pays . Quant à la création d’entreprise, c’est véritablement toujours le parcours du combattant en raison du manque de moyens financiers des porteurs de projets et de la frilosité des banques , alors on assiste contrairement au discours public à un taux de mortalité des « start-up créoles» particulièrement élevé en Guadeloupe , d’ou notre proposition reprise sur le terrain par l’économiste financier Roland Michel de créer plusieurs fonds de garantie et fonds d’investissement pour les TPE/PME au niveau des communautés de communes et qui devrait permettre de booster l’investissement et donc la création d’entreprises et d’activités nouvelles .
Certains objecteront que l’abaissement de la dépense publique en Guadeloupe et Martinique va détériorer notre situation budgétaire et, par voie de conséquence paupériser une partie de la population, augmenter notre chômage. Cela est vrai, mais c’est un inconvénient provisoire, car il s’agira d’étaler le processus de mutation de l’économie et par conséquent de planifier les conséquences des coupes dans les transferts publics sur une période longue .
On voit donc que la France, après avoir essayé sans succès toutes les autres pistes, aurait tout à gagner à tenter, enfin, de mettre en place une véritable politique de l’offre aux Antilles, afin de sortir de l’impasse où elle se trouve actuellement.
La question reste de savoir si la crise budgétaire aigue de la France sera de nature à assouplir les positions des pouvoirs publics sur les réformes à opérer dans les DOM qui nécessiteraient pour un temps le maintien d’un volant financier encore plus important pour opérer la mutation vers un nouveau modèle économique et social.
Peut-on penser à la fois réduction des coûts et maintien du progrès social ? Heureusement, quoi qu’en disent les études effectuées dans les scanners IRM, on est loin de penser que notre cerveau soit incapable de trouver le bon équilibre entre ces deux façons de raisonner.
En tout état de cause ,l’avenir ne saurait se réduire au « made in France » ,d’ou notre proposition de réorienter les flux commerciaux vers l’Amérique du Nord et du Sud dans le nouveau cadre d’un grand marché unique Antilles /Guyane plus dynamique avec instauration de nouvelles zones franches intégralement réparties sur l’ensemble du territoire et ce de manière à casser l’exclusif colonial et briser le cercle vicieux d’une économie sous perfusion .
L’idée keynésienne qu’un freinage excessif des dépenses publiques nuirait à la croissance n’a pas été abandonnée par les décideurs économiques , alors même que la situation économique dégradée que connait la France n’est manifestement plus adaptée à des raisonnements keynésiens comme cela fut le cas au début de la départementalisation .
Mais en l’absence d’un appareil productif digne de ce nom tant en guadeloupe qu’en martinique, une dépense publique trop faible représente également une menace directe pour la croissance économique et donc l’emploi. Les moyens qui sont alloués selon des procédures administratives échappent, par définition, aux lois du marché. Cette allocation de fonds publics ne bénéficie pas de la recherche permanente d’efficacité et de productivité qui caractérise le marché et permet d’accroître le PIB dans un contexte de crise.
La fonctionnarisation, l’hyperconsommation et l’éclatement du tissu social sont les traductions spatiales les plus nettes de ce modèle, avec pour corollaire une déstructuration et une dévitalisation du tissu économique qui interdit tout développement basé sur la production .
C’est la raison profonde pour laquelle les systèmes politiques comme la départementalisation  , qui ont cru pouvoir remplacer le marché par des processus administratifs , ont échoué sur le plan économique . Privilégier, comme nous le faisons, les transferts publics sans anticiper leur raréfaction prochaine conduit inévitablement à pénaliser la croissance future en cas de restrictions budgétaires importantes de l’état Français comme envisagé par François Hollande ( 65 milliards d’économies sur 5 ans ).
Autre coup de semonce , la raréfaction de la ressource financière pour les entreprises induite par la remise en cause à terme de la défiscalisation et ce en dépit du sursis accordé aux PME/TPE : Si le gouvernement estime nécessaire dans l’immédiat de continuer à soutenir l’investissement productif et le logement social Outremer, d’autres modes d’intervention moins coûteux pour le budget de l’État comme le crédit d’impôt seront imposés à tous les entrepreneurs à échéance de 3 ou 4 ans .
Ainsi la Guadeloupe et la Martinique sont à la croisée des chemins. A la gestion des handicaps traditionnels, s’ajoute celle de défis nouveaux, sur le plan économique comme la baisse des subventions alloués par l’Etat aux entreprises et collectivités locales et la raréfaction du crédit et des aides à l’investissement.

3) Le défi des nouvelles réformes structurelles pour éviter la faillite du système départemental

La période contemporaine qui s’ouvre à compter de 2016 va être le théâtre de mutations économiques, institutionnelles et culturelles radicales qui vont profondément transformé la société guadeloupéenne et martiniquaise et leur économie dans la décennie à venir. On ne peut pas appréhender la crise sociale du début de l’année 2009 en Guadeloupe et Martinique sans prendre en compte les traductions psychologiques de ces transformations. Les marqueurs d’entrée des deux îles soeurs dans la modernité ont été spectaculaire et emblématiques d’un choix de développement basé sur les transferts publics, mais force est de constater que ce modèle est à bout de souffle.
Sur l’axe prioritaire de la réforme économique, les mesures prises après la crise LKP et K5F de 2009 pour rétablir la confiance et pour relâcher les freins qui brident la croissance de nos Pays n’ont pas été à la hauteur des enjeux. Réflexions sociétales et réformes structurelles n’ont pas été menées en parallèle.

Reste un débat sur le tempo de la restriction en cours des finances publiques. L’austérité, en réduisant la demande interne, provoque la récession, c’est inévitable. Il faut pouvoir éviter qu’elle se creuse et se prolonge en anticipant les conséquences de la baisse de la dépense publique.
Le primordial est de rétablir la crédibilité budgétaire des collectivités locales . La rigueur, autrement dit, est prioritaire, ici et maintenant. Réduire drastiquement les dépenses de fonctionnement et de personnel face à la nette diminution des recettes, puis accroitre les dépenses d’investissement par l’autofinancement et un endettement raisonnable est de l’ordre de la nécessité.
A moyen terme, il faudra maintenir ce cap, ceci pour réduire progressivement les impôts locaux qui pèsent trop sur le budget des ménages. N’oublions pas que les ménages paient déjà un lourd tribut à la crise : accroissement du chômage, gel des salaires, voire temps partiel subi, dépenses contraintes de plus en plus importantes (NTIC ,essence, électricité, dépenses alimentaires….), hausse des cotisations sociales….et des impôts locaux !
Face aux défis qui sont encore devant nous et aux dangers qui guettent notre économie , nos élus ne doivent pas hésiter à prendre des mesures impopulaires pour accélérer la mutation de la société guadeloupéenne et martiniquaise et éviter de recourir à l’emprunt pour doper la commande publique.A notre sens , la récente décision de la CTM de recourir à un nouvel emprunt de 125 Millions pour la relance est une erreur et une fuite en avant dans la facilité de gestion …Quid de la réduction et des économies de fonctionnement comme annoncé au moment de la fusion ?

4) Le défi du développement endogène ou auto-centré

Le bilan de 50 ans de politique agricole en Guadeloupe et en Martinique est négatif puisque, comme mentionné plus bas , plus de la moitié des calories consommées dans l’île proviennent des produits importés. On est donc loin de la souveraineté alimentaire.
L’agriculture est marquée par sa spécialisation et sa dépendance extérieure. Ces traits sont quasi permanents, quelle que soit la période historique, et nous en distinguerons quatre. Le principe de l’exclusif détermine l’activité économique. Toutes les ressources du territoire sont orientées pour réaliser une production tropicale à exporter vers la Métropole qui en assure la transformation ou la commercialisation. Du fait de la spécialisation, les échanges internes à l’économie du territoire sont très réduits. Les biens d’équipement et de consommation sont importés de la métropole, d’où une extrême dépendance.
La décennie actuelle, nouveau tournant, marque le début de l’actuelle période de régression de l’agriculture en Guadeloupe et Martinique.
Les productions agro-alimentaires de la Métropole deviennent progressivement dominantes d’autant plus vite que la production locale ne peut faire face à cette concurrence.
Pour l’essentiel, les handicaps sont de trois ordres.
• La mauvaise maîtrise du foncier et l’insuffisance des infrastructures : dans les modes de faire-valoir,
les archaïsmes persistent, tels l’indivision et le colonage. La réforme foncière en Guadeloupe traîne un solde de 30 % et en Martinique , elle demeure inachevée !
Ce qui paraît incompréhensible . La SAU (Surface agricole utilisée) régresse de 1 000 ha par an dans les deux îles.
L’hydraulique agricole est loin d’être suffisante aussi bien en termes de réseau que de quantités.
• Le niveau élevé des coûts de production : plusieurs raisons expliquent le niveau élevé des coûts de toutes nos productions agricoles :
– le prix élevé des facteurs de production (main-d’oeuvre, consommations intermédiaires, capital) ;
– la faible productivité du travail du à la main d’oeuvre pour l’essentiel haitienne ou sainte – lucienne non qualifiée;
– la faible productivité des rendements liée aux méthodes utilisées et au vieillissement des exploitants, à l’insuffisance des moyens pour faire les traitements en temps utile, à l’insuffisance de l’hydraulique agricole, et aux aléas climatiques.
• Les difficultés de commercialiser à un prix rémunérateur : l’écoulement de la production est loin d’être garanti aussi bien, sur le marché local que sur le marché européen. Les prix de vente pratiqués ne permettent la remontée que d’une partie infime de la valeur ajoutée.

5) Le défi de la paix sociale

L’économie guadeloupéenne et maintenant martiniquaise malade de ses conflits sociaux… Après la grève générale de 2009 , le sentiment de gâchis avait repris le dessus dans l’archipel guadeloupéen . Pourtant, aujourd’hui c’est en Martinique que le climat social est plus orageux qu’il n’y paraît et, sur le terrain, certains ne croient plus désormais aux chances du dialogue .
Fini le vieux mythe d’une région agricole à la croissance rythmée essentiellement par les campagnes sucrières et bananières! En 2015, Guadeloupe et Martinique, à l’instar de nombre de régions métropolitaines, disposait d’un secteur tertiaire prédominant, avec de multiples services aux entreprises et aux particuliers. Une croissance en STAGNATION, des gains de productivité en léger recul , un taux de créations d’entreprises qui s’essouffle, une évolution rapide des salaires (+2,1%), une inflation en hausse (+1,7% par an) … malgré un PIB par tête encore très inférieur à la moyenne nationale -soit 56,2% en 2015- un taux de chômage toujours alarmant (environ 24% en 2016) et un taux de couverture extérieure faible (de l’ordre de 10%). Mais, globalement, certains clignotants sont encore au vert en 2016, attestant, au dire des observateurs, la modernisation de l’économie guadeloupéenne et martiniquaise. Tandis que les secteurs traditionnels du commerce, du BTP, du transport et de l’agriculture s’affaiblissent, apparaît en effet une “nouvelle économie”, fondée sur les services à la personne , la sécurité, l’entretien, l’informatique , le numérique , ou encore le conseil.
De quoi susciter, si ce n’est l’euphorie, du moins un certain optimisme. Las! En ce mois de Mai 2016, l’heure est plutôt à la morosité. Une conjoncture guère amène pour nos économistes de l’IEDOM ! Du coup, les patrons râlent et la population soupire, comme l’indique le chiffre du PIB en recul.
Les Guadeloupéens et martiniquais sont inquiets à l’approche de l’échéance présidentielle de 2017 avec le programme ultra – libéral de la droite qui annonce des réformes radicales .
La Guadeloupe serait-elle revenue à ses vieux démons des années 2009 ? Est-elle de nouveau au bord de la crise de nerfs?
Pour la Martinique , la pacification sociale n’a jamais vraiment eu lieu. Il y a eu des répits entre 2009 et 2011, mais reste qu’il manque encore ici une culture du dialogue; le vieux prisme du XIXe siècle -opposition frontale du capital et du travail – demeure en 2016.

6) Le défi du chômage notamment des jeunes et le danger du numérique

Ce chômage étant massif et de longue durée, ses effets sont délétères sur la société locale.
Alors qu’en France métropolitaine environ 40 % des demandeurs d’emploi sont au chômage depuis plus d’un an, ils sont 80 % en Guadeloupe, 81 % en Guyane et 77 % en Martinique. Le chômage de très longue durée (plus de 2 ans) est également trois fois plus répandu dans les départements français d’Amérique. Les jeunes ( près de 60% de taux de chômage ) sont ipso facto massivement frappés par ce chômage de longue durée qui met ainsi à l’écart, et pour longtemps, du secteur économique des générations d’hommes et de femmes dont le travail aurait dû contribuer à son développement.
L’inscription durable de ce chômage dans le paysage économique est une donnée ancrée dans le quotidien des populations des DOM.
Elle a créé des sociétés fortement scindées, divisions encore renforcées par l’hypertrophie du secteur public (plus du tiers des emplois salariés sont dans la sphère publique). Aux Antilles et en Guyane, l’ensemble des trois fonctions publiques continue à employer 36 % des salariés (contre 23 % en France métropolitaine). La sphère publique y représente 45 % de la masse salariale (contre 21 % en France métropolitaine).
Ce clivage est propice aux discours critiquant le trop grand nombre de postes, souvent parmi les plus valorisants, occupés par des métropolitains.
Surtout, le chômage massif et de longue durée plonge des familles entières dans des difficultés pécuniaires récurrentes et dans la dépendance vis-à-vis des prestations sociales, repoussant toujours plus loin la perspective d’un accès à l’autonomie pour les plus jeunes, avec son cortège de marginalisation et de pauvreté, d’accroissement de la délinquance… Selon l’INSEE, si le niveau de vie des DOM reste plus élevé que celui des pays voisins, il existe un écart élevé dans le pourcentage de « bas revenus » par rapport à l’hexagone. Ce pourcentage tend à s’accroître en Guyane (avec un taux de pauvreté de 14, 6 % à La Réunion, 16,4 % en Martinique, 18,6 % en Guadeloupe et 26,9 % en Guyane, en 2015, contre 11, 7 % dans l’hexagone).
Outre cette « société à plusieurs vitesses », le chômage diffuse aussi insidieusement auprès des plus jeunes « une culture du non-travail ». Comme le notent certains observateurs, il s’agit, auprès de ces derniers, d’une sorte de « dévalorisation du travail, qui est considéré à certains égards comme un peu ridicule. » La valeur travail a fait place à l’art de la débrouillardise (celle du « débouya pa péché », l’ère du plus malin qui veut gagner vite et beaucoup d’argent par le biais d’expédients comme la drogue et le vol à main armée). Car, parallèlement,avec les NTIC la demande de consommation des jeunes n’a jamais été aussi forte, de sorte que le travail est bien souvent devenu secondaire par rapport au fait de gagner de l’argent , d’ou le fort développement de la délinquance. Les notions d’effort, de dignité, de progrès associés au travail sont durement concurrencées par l’image des réussites matérielles faciles.
Cette situation entretient un sentiment de « no future », voire de désespoir chez certains jeunes, convaincus qu’ils n’ont aucun avenir professionnel. À POINTE A PITRE / ABYMES , par exemple, où, selon les Mairies, près de 60 % des jeunes sont sans emploi, plusieurs de leurs représentants ont fait part de leur découragement de devoir passer de « petits boulots » en promesses de « contrats », sans perspective d’embauche, y compris d’ailleurs pour ceux qui ont commencé ou repris leur formation.
Il est clair que l’on a dans ce seul fait en plus du numérique tous les ingrédients d’une « bombe à retardement » sociale pour les DOM.

7) Le défi sociétal du vivre ensemble et la migration

Nous avons des départements d’Outre-Mer (DOM) l’image de sociétés jeunes à la démographie galopante. Or, mise à part en Guyane, la réalité est à l’opposé : la Martinique, la Guadeloupe et La Réunion font partie des départements français les plus concernés par le vieillissement démographique. Il y sera très rapide, un défi à relever avec celui des migrations.
La situation varie sensiblement d’un DOM à l’autre. Les Martiniquais et les Guadeloupéens ont été les premiers et les plus nombreux dans les années 1960 et 1970 à quitter leur département pour s’installer durablement en métropole, ils sont aussi les premiers à revenir dans leur île natale pour la retraite , cela étant on constate aujourd’hui un éssoufflement de cette tendance depuis 10 ans.
Ce dernier constat tranche avec un phénomène inverse qui est celui de l’exode massif de jeunes qualifiés et diplomés qui s’expatrient en masse en france ou de plus en plus à l’étranger , faute de trouver du travail dans l’ile .
La politique sociale de la France, conçue après la seconde guerre mondiale dans un contexte de forte croissance, est aujourd’hui remise en cause pour ses déficits en progression régulière et pour son manque d’efficacité..d’ou le spectre d’un déclassement social inévitable pour les générations à venir.Le problème ne vient pas des Français mais bien d’un système politique, économique et social qui vit dans les années 70. Par ailleurs, la Guadeloupe regorge d’atouts qui peuvent être mobilisés au service de son développement au lieu d’être stérilisés par le carcan réglementaire et fiscal et par les rentes .
L’enjeu de la décennie à venir est pourtant de répondre au malaise de ces jeunes déboussolés , déclassés, et en manque de repères .Que les Guadeloupéens ressentent une « peur » du déclassement pour leurs enfants serait, à lui seul et en soi, un fait social préoccupant. Mais on peut se demander si après le « sentiment d’insécurité »qui existe actuellement en Guadeloupe, la « peur du déclassement » ne va pas servir à camoufler plus longtemps la rupture sociale et sociétale qui existe entre une majorité de jeunes et une minorité élitaire connectée à la mondialisation néolibérale.
Nous assistons à la fin d’une représentation et d’une vision imposée de la société guadeloupéenne . Ce qui était vu à travers l’instruction et l’éducation comme un grand dessein collectif s’engouffre dans les difficultés, et plonge consécutivement dans un certain malaise collectif.
L’école en Guadeloupe et Martinique  joue ainsi de moins en moins son rôle d’ascenseur social. Certes, il y a toujours des exemples édifiants de parcours individuels à brandir – un ou une jeune passée par Sciences Po ou sorti(e) diplômé(e) d’une école d’ingénieurs ou de commerce.
Mais les filière d’excellence – comme la S au lycée – et les formations d’élite – prépas et grandes écoles – restent l’apanage des couches favorisées, qui y sont sur-représentées. L’endogamie a même plutôt tendance à s’accentuer.
Ceux en bas de l’échelle se sentent dès lors exclus, hors jeu. Ils ont le sentiment d’être relégués au second rang, et d’être condamnés à des filières au rabais dans la voie professionnelle, et plus tard à des petits boulots ou à la galère du chômage.
Ces frustrations ont nourri le désespoir ambiant et une défiance à l’encontre de l’école, une institution qui, loin de donner sa chance à tous, servirait les enfants des nantis , ou de ceux de moins en moins nombreux qui veulent encore travailler .Nous sommes dans une société qui réserve ses meilleures places aux jeunes qui ont participé à la course au diplôme le plus élevé possible obtenu le plus jeune possible.
Dans les années qui viennent la Guadeloupe et la Martinique peuvent -t-elles s’appuyer sur les générations actuelles de jeunes ?
On dit beaucoup de choses sur les jeunes d’aujourd’hui : qu’ils sont oisifs, ne pensent qu’à s’amuser, s’intéressent plus aux avantages acquis et surtout au salaire qu’au contenu d’un poste, choisissent des formations qui leur plaisent plutôt que celles offrant de réels débouchés… Et pourtant… Pour y voir clair, je voudrai vous livrer les résultats très intéressants d’un sondage flash réalisé sur internet : l’on a interrogé les élèves et étudiants guadeloupéens pour connaître leurs attentes à l’égard des entreprises et l’attractivité de leurs futurs employeurs. Cette année il fait d’abord apparaître des étudiants quelque peu pessimistes quant à leur intégration sur le marché du travail.
Une confiance en baisse dans leur avenir
La confiance des élèves et des étudiants de l’ UA du campus de  fouillole dans leurs chances de trouver un emploi est au plus bas : ils ne sont plus que 18 % à penser qu’il leur sera facile de décrocher un premier emploi pour 22 % l’an passé et 51 % en 2008 . Malgré les sacrifices à consentir pour s’insérer sur le marché du travail (revoir ses prétentions salariales à la baisse, élargir les secteurs d’activité de recherche d’emploi, miser sur l’expatriation…),pour de nombreux jeunes , le système en guadeloupe repose sur les relations, le clientélisme et le piston , et donc plus de 7/10 restent pessimistes quant à leur carrière à venir. Résultat, ce qui prime pour les jeunes d’aujourd’hui, c’est « l’épanouissement personnel », « le confort » (intérêt du poste, ambiance de travail, équilibre vie professionnelle-personnelle, perspectives de carrière) et « la sécurité de l’emploi ».
Au final, si les jeunes guadeloupéens d’aujourd’hui trouvent qu’ils sont une « génération sacrifiée », c’est peut-être aussi, en partie, de la faute du politique mais également des chefs d’entreprises qui ne joue pas le jeu …La situation économique est compliquée, la fracture sociale étant bien plus grande qu’en France .La dépression est toujours là de manière latente , le pays vit au-dessus de ses moyens, l’activité est atone et les entreprises ne peuvent plus investir et accroître leur productivité . Par contre, les détenteurs de rente sont toujours bien introduits auprès du pouvoir politique pour protéger leurs privilèges.
Aujourd’hui, la question centrale est : comment être compétitif pour approvisionner le pays en tout ce qu’il achète et consomme à crédit ? Et Dieu sait si nous achetons beaucoup de choses au reste du monde….
Pourtant, ce qu’il faut faire pour sortir la guadeloupe et la martinique du marasme est connu. D’un côté, réviser de façon drastique les aides sociales pour rendre le secteur du travail au sens large plus vertueux, plus alerte et plus productif , de l’autre s’attaquer aux rentes de situation qui paralysent l’esprit d’entreprise et l’innovation et qui dégradent la compétitivité interne et externe.
Le « que faire » ? a une réponse connue à court-moyen terme. C’est tourner le dos à toute forme de conservatisme politique et social hérité de 50 ans de départementalisation ou de protectionnisme économique ( refonte de l’octroi de mer qui est un reliquat de la période colonial et dont l’objectif de protéger la production locale et de financer les collectivités locales a atteint ses limites ). Encourager l’esprit d’entreprise et la création de richesses dans des secteurs ciblés d’activité économiques et non privilégier le saupoudrage des aides à des secteurs en déclin comme la banane ,la canne ( hormis l’aspect cultural à vocation purement énergétique comme l’usine bagasse- charbon ) et l’hotellerie de bas de gamme ; attirer les investisseurs extérieurs notamment dans le secteur touristique sur le creneau des gites de haut de gamme et inciter à l’investissement de nos entrepreneurs locaux dans l’agro alimentaire à forte valeur ajoutée ; alléger le secteur public pour le rendre efficace non pas en supprimant les 40% à terme,mais en les modulant afin de supprimer l’effet boule de neige sur le secteur privé et ainsi réduire le coût des produits exportables vers l’Europe et réorienter les importations à partir du continent Nord et Sud Américain afin de baisser le coût des produits importés . De plus , il convient de revisiter la politique de coopération vers la Caraibe qui s’avère être à notre sens une chimère essentiellement d’ordre humanitaire telle que pratiquée actuellement à notre exclusif désavantage , aller plus loin dans la formation des hommes ( numérique ) et tendre vers une plus haute efficience du capital humain en favorisant la mobilité des jeunes à l’étranger notamment vers le CANADA ; favoriser la relation sociale par une réforme radicale du syndicalisme, couper l’appel d’air à l’immigration , car ces environ 100 000 personnes dans les deux îles occupent de plus en plus des emplois qui peuvent être proposés à une jeunesse en perdition et qui a perdu tout sens de la valeur travail.
Cela suppose une action continue autour d’une seule idée : favoriser l’excellence et la réussite qu’elle soit économique, sociale, scolaire, scientifique ou artistique et non le nivellement actuel par le bas .

8) le défi de la mutualisation des moyens financiers par l’intercommunalité et la sectorisation des activités économiques

les départements d’outre-mer comme la Guadeloupe et la Martinique sont aujourd’hui confrontés à plusieurs interrogations. En premier lieu, les transferts financiers nationaux et européens importants qui ont soutenu la dynamique de croissance pourraient voir leur évolution être ralentie. En deuxième lieu, la stratégie d’import-substitution qui a soutenu une grande part du développement industriel et commercial durant les vingt dernières années a aujourd’hui atteint ses limites : le marché intérieur sera très vite saturé. En dernier lieu, la modification de nombreux accords préférentiels et la nécessité accrue de faire face à la mondialisation imposent à cette région ultra-périphérique une gestion plus réfléchie et efficace de sa stratégie d’ouverture et surtout de territorialisation en 5 bassins d’activité autour des 5 communautés d’agglomérations existantes .Une question apparaît alors : les transferts qui ont assuré la première partie du développement de l’économie constituent-ils toujours l’arme absolue de la croissance durable . La situation actuelle basée sur une attente croissante de transferts est-elle soutenable dans un contexte de réductions budgétaire sur fond de crise de l’état providence ?

9) Le défi démographique et du vieillissement de la population

D’ici 2030, la part des personnes âgées de soixante ans et plus devrait doubler, passant de 11 % à 34 % en Guadeloupe et plus encore en Martinique , elle deviendrait même plus élevée qu’en métropole (29%), plaçant nos régions dans le peloton de tête des régions françaises les plus âgées.
Le « taux de dépendance vieillesse », qui est le rapport entre le nombre des personnes âgées de plus de soixante ans et celui des individus d’âge actif (20/­59 ans), pourrait, lui, tripler.
Les démographes de l’Ined soulignent le rôle clé des migrations dans le vieillissement des populations domiennes. Sensiblement équilibrées entre les entrées et les sorties, elles n’ont apparemment pas modifié le taux de croissance de la population.
« Pourtant, le départ des jeunes adultes, principalement des natifs, a entraîné un solde migratoire négatif entre 20 et 30 ans, pendant que l’arrivée de nouveaux immigrants et le retour de natifs d’âge mûr ou retraités concouraient à un solde positif aux âges supérieurs.
« Les migrations ont donc exercé une influence sur la structure de la population en faisant progresser la part des non-natifs (métropolitains et étrangers) et en accélérant le vieillissement démographique, elles ont donc par ce biais pesé indirectement aussi sur la croissance naturelle. »
Les politiques s’inquiètent sur les menaces que fait peser cette évolution sur les solidarités familiales. Aujourd’hui, en guadeloupe, très peu de personnes âgées vivent en institution ; l’immense majorité vivent à domicile, entourées de leurs enfants.
Mais « cette situation pourra-t-elle durer compte tenu du vieillissement croissant, de l’individualisation rapide des modes de vie, du recul des cohabitations familiales intergénérationnelles, et du risque de maintien de la précarité sociale ? », s’interrogent-ils.
Et de rappeler la part importante des bénéficiaires du minimum vieillisse, le chômage endémique et la précarité d’emploi d’une grande part des actifs, le nombre élevé d’allocataires de minima sociaux, le retrait anticipé du marché du travail de nombreux adultes, lesquels risquent donc d’atteindre l’âge de la retraite en ayant insuffisamment cotisé à l’assurance vieillesse.
« On peut craindre que s’y ajoutent les effets de la précarité qui, en touchant leurs enfants ou aidants potentiels, réduisent leur capacité à maintenir la tradition des solidarité entre générations », commentent les spécialistes de l’Ined en pointant le « réel défi » politique et social que représente le problème.
« Les enjeux paraissent d’autant plus cruciaux que, pour l’essentiel, ces réalités demeurent mal connues », concluent-ils.

10) Le défi de l’ouverture sur l’extérieur
À l’instar des autres départements français d’outre-mer, la Guadeloupe se caractérise par la faiblesse de ses échanges extérieurs. Ainsi, son taux d’ouverture ou ratio d’intensité du commerce extérieur, rapport entre la somme des importations et des exportations sur le PIB, ressort à moins de 40 % quand il atteint en moyenne le double dans les petits états insulaires. Les États et territoires de l’espace Caraïbe présentaient un degré d’ouverture sur l’extérieur de la zone de 77 % en 2015 : quatorze pays ont un degré proche ou supérieur à 100 % de leur PIB, le Surinam étant en tête avec 217 %.
Cette situation résulte essentiellement de la faiblesse des exportations du département, liée aux contraintes structurelles qui pèsent sur la compétitivité des produits (faible valeur ajoutée des productions exportées, éloignement géographique des marchés export, coûts élevés des facteurs de production). Elle tient également à l’orientation du système productif vers la satisfaction de marché extérieur et à la polarisation de ses relations commerciales avec la métropole.
En matière d’importations, l’hexagone demeure le principal fournisseur du département (55 % contre 76 % une décennie auparavant). Cette évolution a bénéficié aux pays de l’Union européenne, second fournisseur de la Guadeloupe (14,4 % du total des importations en valeur) et, dans une moindre mesure, à l’Asie (6,2 % des importations). Les deux tiers sont réalisés par la Chine et le Japon : ils concernent des biens de consommation et des biens d’équipement. Les importations guadeloupéennes en provenance des îles voisines demeurent en revanche marginales. L’ouverture des échanges économiques sur la caraibe relèverait aujourd’hui beaucoup plus du mythe .

11) Le défi de la raréfaction des ressources financières

La Guadeloupe est confrontée en cette année 2016 à une crise économique larvée et la Martinique avec les difficultés financières de la CTM n’est pas en reste . De nombreux secteurs d’activités sont durement affectés par cette atonie de l’activité . C’est le cas par exemple du bâtiment et des travaux publics, du secteur agricole…
Pour passer ce cap extrêmement préoccupant, il est nécessaire d’adapter les politiques régionales, nationales et communautaires. Dans des régions éloignées du continent européen comme les nôtres, les impacts de la crise sont accentués par l’isolement territorial. D’ores et déjà, nous enregistrons un ralentissement très sensible dans la consommation des fonds européens. Cela résulte de la difficulté tant pour les opérateurs privés que publics de mobiliser leur contrepartie financière ,faute de marge de manoeuvre budgétaire du fait de la politique de rigueur du gouvernement.
La “ récession” de l’économie attendu en Guadeloupe dès 2017 montre que la Guadeloupe n’est pas encore entrée de plein pied dans la crise , et qu’une autre politique économique s’impose maintenant .
Elle confirme malheureusement toutes nos analyses précédentes : au-delà de la crise financière des finances publiques , la politique économique du gouvernement est non seulement improductive mais aussi néfaste sur le plan de l’endettement ; quand à celle de la région, elle est inefficace, du fait de l’absence de possible relance faute de moyens financiers suffisants (se reporter aux interventions des acteurs économiques du secteur du batiment) .
Face à cette réalité, nous demandons une politique d’assainissement juste et efficace des comptes publics et la mise à plat de la politique budgétaire des collectivités locales , dont le gel des dotations par l’état est particuliérement intolérable.
Les Régions (dont la CTM ) seront les collectivités les plus touchées par ce gel car elles deviennent les plus dépendantes des dotations de l’Etat alors même que ce sont elles qui portent les compétences d’avenir, les politiques d’innovation, qu’elles sont déjà sollicitées depuis plusieurs années par l’Etat sur ses grands projets et qu’elles le seront encore demain dans le cadre de l’acte 3 de la décentralisation.
Comment dès lors pourront-elles continuer à apporter leur concours aux financements des infrastructures , à investir autant dans les lycées et dans la formation professionnelle, à accompagner les entreprises, les laboratoires de recherche de l’UA , les investissements verts, les communes et les départements pour les maisons de santé, leurs projets de haut débit, les équipements culturels et sportifs…. C’est un coup d’arrêt à l’aménagement du territoire et aux services publics de proximité.
Le gel et la baisse des dotations : c’est le dernier coup de poignard dans le dos porté aux Régions qui ne sera pas sans conséquences économiques et sociales puisque les collectivités, et notamment les Régions, assurent, rappelons le, 74% des investissements publics .
C’est l’effet domino. Le gouvernement a annoncé le gel des dotations qu’il verse aux collectivités. En 2009, les dotations versées par l’État au Département s’élevaient à 420 euros par habitant en Guadeloupe, 480 en Martinique et 550 à La Réunion . Dans l’Hexagone, c’est 253 euros en moyenne, mais elles permettent de financer la moitié du budget de certains départements, contre un quart de celui de la Guadeloupe.
La situation financière est tendue. Les autres marges de manoeuvre sont faibles. Les taxes sont au maximum légal. La chasse aux mauvais payeurs ne bouleversera pas les finances. Réduire les effectifs est impossible, selon des responsables politiques : « Nous avons eu l’obligation de doter les collèges en personnel Tos. » Une des rares pistes envisagées sera de remplacer les subventions aux associations par la mise à disposition des équipements et du personnel du Département. Pour le reste, « nous ferons avec nos moyens. Bien ou mal. Si tel est le cas, il sera de notre responsabilité de dire pourquoi nous faisons mal en appliquant une politique de rigueur. »
L’Etat a décidé de mettre un coup d’accélérateur. Il est totalement endetté et il regarde vers qui faire des économies. Les dotations pour les collectivités locales représentant la deuxième dépense de l’Etat après celui de la défense nationale, il y a donc du grain à moudre.
Outre les collectivités, qui sera le plus touché au quotidien par cette diminution des moyens ?
Il y a un risque sur tout le milieu associatif. Le sport et la culture sont financés à 80% par les collectivités territoriales. On sera obligés de restreindre nos engagements financiers. On aura des attaques tout azimut sur la qualité des services publics et du vivre ensemble.

12) Le défi du maintien de la cohésion sociale

Le mot « responsabilité » est à la mode. L’élection de François Hollande n’était-elle pas placée par les uns et les autres sous l’invocation du « gouverner autrement »? Le mot renvoie au sentiment que chacun éprouve plus ou moins clairement qu’il faut repenser, dans le fond et non seulement dans la forme, nos valeurs et nos modes de vie, si on ne veut pas aller, comme on dit, dans le mur. L’insécurité financière de la France vient, paradoxalement, de ce que les progrès de tous ordres, tout en nous apportant du mieux-être, nous font craindre — et vivre — le pire…
L’histoire est cyclique en ce sens qu’elle alterne des phases de croissance économique, convergeant vers plus de liberté et de démocratie, avec des phases chaotiques de doute et de remise en cause de son fonctionnement général. Pendant ces périodes troublées, le modèle sociétal est questionné, et avec lui le modèle social et moral qui le supporte.
Attention une fois de plus et nous le répétons à ne pas pousser le curseur trop loin …..dans le délitement du lien social ! Les contradictions à surmonter sont le terreau de notre croissance. » jugement de Saint-Exupéry, extrait de son livre : « Lettre à un Otage » ? Quelle que soit la dénomination qui lui est attribuée – participation des habitants ou des usagers,débat au sein de la société civile, démocratie participative, cogestion des idées, etc. -, l’idée de l’intervention directe des citoyens dans le champ de la décision politique s’impose de plus en plus.
S’interroger sur le sens de l’action politique en Guadeloupe et Martinique  est devenu une nécessité.
Face aux dérives et aux ambiguïtés des hommes politiques, ne faut-il pas redécouvrir le sens éthique de l’analyse critique ? Démêler l’écheveau complexe qui, ces dernières années, a emmêlé les fils d’une politique d’aide sociale en crise se limitant à de l’assistanat .
Plongée au coeur de ce maelström, l’action du citoyen conscient des enjeux à venir ne peut plus se retrancher derrière les valeurs traditionnelles de neutralité et d’impartialité. Quoi qu’elle en ait, elle est maintenant contrainte d’expliciter son rapport au politique. Schématiquement, on pourrait dire que, si dans les années 60-70, s’imposait le paradigme du « tout politique » (toute injustice, toute souffrance était rapportée à une cause politique qui, de proche en proche, finissait par renvoyer à l’antagonisme travail /capital), aujourd’hui nous vivons sous la domination du paradigme du « tout économique ».
Observer, analyser, restituer ,telle doit être notre conduite dans le contexte actuel en Guadeloupe et Martinique!
Retrouvons le sens de l’analyse critique et faisons vivre le débat .
Les systèmes économiques résultent à la fois de grandes tendances socio-économiques (démographie, facteur technique, stock de richesses valorisables) et de l’agrégation de comportements individuels. Ainsi, nos choix d’actions dans nos métiers, nos responsabilités, les organisations publiques ou privées auxquelles nous appartenons ne sont pas neutres.
Il faut donc repenser nos méthodes de réflexions du monde à venir et sortir de la gangue de paresse intellectuelle qui nous caractérise , nous Guadeloupéens et Martiniqauais , nous qui serons très vite confronté à une nouvelle réalité implacable dans les mois qui viennent à savoir la disparition programmée par la crise de la dette de l’Etat providence. Il n’existe pas une voie dite des « égoïsmes d’enfants gâtés de la république », où chacun s’efforce, au mieux qu’il le peut, de défendre ce qu’il peut de ce qui reste à protéger. Où chacun et chacune se contente d’attendre tranquillement des réformes d’en haut, sans oser croire à son propre rôle à jouer dans le changement.
Les hommes et femmes politiques de la guadeloupe et de la martinique  aiment-ils réellement leur pays ? Ont-ils conscience quand ils ou elles se prétendent patriotes ou encore nationalistes des mutations politiques, économiques et socio-culturelles qui s’opèrent sur le plan international ,ont -t-ils seulement présent à l’esprit les mutations qui s’opèrent à vitesse grand V dans une France en déclin ? Font-ils la politique pour se servir ou servir l’intérêt général ? Ce questionnement fonde la problématique de l’avenir de la Guadeloupe et de la Martinique ! “ Médiocrité présumée de la classe politique exception de quelques uns . L’assertion est fondée, ont soutenu les uns, en relevant que chaque peuple mérite sa classe politique et que, par ricochet, la médiocrité s’applique à toute la société guadeloupéenne qui brille par son inertie. Le terme est très fort, ont rétorqué les autres, en sollicitant des circonstances atténuantes à l’endroit de la classe politique car, ont-ils plaidé, c’est la seule dont dispose la Guadeloupe vu que la quasi totalité de nos meilleurs éléments vivent désormais en France Métropolitaine comme on dit  ou à l’étranger ,et ce même si beaucoup de griefs, fondés d’ailleurs, sont mis à sa charge.En Martinique mem bagay  !!!
La classe politique guadeloupéenne est accusée d’être à la base de l’enlisement économique, du blocage institutionnel, de la cacophonie médiatique stérile des médias , du populisme apparu avec le LKP et du malaise sociétal actuel qui indisposent et désorientent le peuple.
Désormais en Guadeloupe,l’absence de vision prospective ,l’affabulation, la manipulation, le mensonge du changement d’avenir et la violence vont dans tous les sens et n’épargnent personne.
Dès lors, se dit -t-on aussi de plus en plus dans certains cercles de la société martiniquaise, comment ne pas penser, qu’en dépit de la valeur intrinsèque qui leur est pourtant reconnue par certains, l’action collective des acteurs politiques de plus en plus divisés se rapproche plus de la médiocrité que de l’excellence.
Nous pensons que cette voie n’apportera pas les réponses que la population guadeloupéenne et martiniquaise attend de la France . Nous pensons au contraire qu’il est encore possible de défendre et de reconstruire un nouveau modèle de développement économique où la performance n’empêche pas la solidarité, où le marché seul n’est pas décisif des choix d’une société de consommation basé sur les 40% et que la volonté générale a perpétué jusqu’alors à tort . Cette alternative nécessite plus de mobilisation de tous les intellectuels et surtout plus de responsabilité collective et individuelle des citoyens et plus encore une vision forte des élites sur les mutations en cours au sein de la société .

Jean-Marie Nol
Economiste financier

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