Par Olivier Ernest Jean-Marie

Le taux de participation aux élections, les sondages et les études d’opinion, les commentaires de la sphère médiatique, les conversations tenues dans les cercles familiaux ou amicaux montrent une désaffection croissante des citoyennes et des citoyens pour la chose politique.

Dans ce contexte où le cynisme exprime un manque de foi et d’espoir dans l’humanité, il m’apparaît urgent de promouvoir une pratique politique de confiance, une pratique politique « Gran Tjè, Gran Lespri »

Au cours des 60 dernières années, et notamment au cours de la décennie 2000-2010, le personnel politique martiniquais a beaucoup mobilisé l’attention des Martiniquaises et des Martiniquais sur les questions institutionnelles. Les vraies problématiques, elles, ont souvent été oubliées.
Les autonomistes et les indépendantistes qui ont exercé le pouvoir depuis plus de 20 ans au Conseil Général, depuis près de 30 ans au Conseil Régional n’ont pas réussi à montrer aux citoyens martiniquais comment la mise en œuvre de leur idéologie autonomiste ou indépendantiste, par leurs actes de gestion des collectivités qu’ils pilotent ou qu’ils ont pilotées, a rendu le plus grand nombre de Martiniquais plus heureux, plus confiants, mieux préparés à relever le défi majeur de la Martinique d’aujourd’hui et de demain.

Ce défi se résume à un mot : contribution. Pour la Martinique, quelle contribution apporter au monde pour quels revenus (monétaires et immatériels) pour les Martiniquais ? A titre individuel, pour les hommes et les femmes de Martinique, quelles contributions apporter à la Martinique avec quelles rétributions, selon quelle distribution des richesses créées ?

Est-il plus épanouissant de vivre en Martinique, en 2012 qu’en 1981 ? Quelle a été l’influence des idéologies autonomiste et indépendantiste sur la vie quotidienne des Martiniquais alors mêmes que les élus autonomistes ou indépendantistes disposaient de pouvoirs sans commune mesure avec la génération d’élus qui a officié avant 1981. Il serait utile que les autonomistes et les indépendantistes communiquent sur ce point.

Une des questions que nous devons nous poser, citoyens et élus martiniquais, n’est pas de savoir si dans 30 ans la Martinique sera plus ou moins dépendante, plus ou moins autonome qu’aujourd’hui mais si dans 30 ans la prochaine génération des citoyens et citoyennes martiniquais sera plus heureuse, plus épanouie, plus contributive au monde que celle d’aujourd’hui.

Comment, dans 30 ans, vivre dans une Martinique plus sereine, plus consciente de ses potentialités et plus aptes à les mobiliser ?
C’est la réponse à cette question qui devrait présider aux décisions que prennent nos élus au quotidien dans nos mairies, dans notre Conseil Régional, dans notre Conseil Général et dans nos organisations qui en dépendent.

Pour répondre à cette question, il me paraît indispensable de sortir des vieilles chapelles Droite / Gauche / Départementalistes / Autonomistes / Indépendantistes qui ont de très grandes difficultés à mobiliser l’énergie du plus grand nombre de citoyens martiniquais pour écrire et réaliser un projet partagé. L’heure est venue de créer un élan destiné à rénover notre paysage politique fatigué, cassé, qui est en panne de confiance.

Il devient patent que le jeu politique actuel, clivant, qui nous divise sur des bases superficielles, n’est pas en mesure de générer une véritable dynamique d’intelligence collective au sein de la communauté martiniquaise.
Nous avons le devoir de créer une pratique politique plus inclusive, plus inspirante, qui génère confiance et espoir pour l’avenir, qui réduit le cynisme et la division superficielle d’aujourd’hui.

Nous avons besoin d’une pratique politique « Gran Tjè, Gran Lespri ».
La pratique politique « Gran Tjè, Gran Lespri » place les intérêts des citoyens au-dessus de ceux des partis politiques et de leur appareil.
La pratique politique « Gran Tjè, Gran Lespri » s’appuie sur la démocratie ouverte en privilégiant la transparence, la concertation, la coopération et la formation des citoyens à l’exercice de la citoyenneté.

Dans la logique « Gran Tjè, Gran Lespri », les hommes et les femmes de Martinique sont potentiellement constructifs, participatifs, contributifs, dignes de confiance et responsables si un climat favorable est créé.
J’appelle les citoyennes martiniquaises, les citoyens martiniquais qui se sont éloignés des élus, des formations politiques de Martinique, qui veulent (re)devenir auteurs de la Martinique d’aujourd’hui et de demain, à construire, sur tout le territoire martiniquais et dans la diaspora, dans un climat de confiance (confiance en nous-mêmes, confiance entre nous) et de parité (sans leader charismatique), un mouvement, réellement alternatif et ouvert, qui place l’épanouissement des citoyens martiniquais, la construction d’une communauté martiniquaise féconde et équilibrée au-dessus des revendications statutaires.

17 novembre 2012

Source : www.oejm.net