Le président d’honneur de l’Assaupamar a adressé le 12 janvier 2017 une lettre ouverte à la Ministre de l’Environnement de l’Energie et de la Mer. Il y revient sur le projet Galion 2 d’Albioma.

Madame la Ministre, en ma qualité de Président d’honneur de l’ASSAUPAMAR, organisation pionnière du développement durable dans les Antilles, et en tant qu’élu de la Martinique depuis près de 30 ans, je souhaite par la présente attirer votre attention sur le projet d’usine thermique Galion 2 porté par Albioma en Martinique.

Vous avez défendu et autorisé l’implantation de l’usine de cogénération thermique du Galion, en évoquant la transition énergétique proposée par la société Albioma à partir de bois importé. Cette démarche est pénalisante écologiquement, économiquement, socialement et sanitairement. Votre positionnement a encouragé la même société Albioma à s’implanter à Marie-Galante, en Guadeloupe, en utilisant la même technologie.

Paradoxalement, les juges en Martinique viennent à l’initiative de l’ASSAUPAMAR, d’imposer à Albioma de respecter les prescriptions d’usages quant à la loi sur l’eau.

Albioma a fait appel à la décision du tribunal et s’est livré à une course poursuite en accélérant les travaux, communiquant déjà auprès des martiniquais pour évoquer les hypothétiques créations d’emploi. C’est en quelque sorte une tactique également adoptée par Albioma sur l’île de Marie-Galante. Cette entreprise se montre en position de force et cherche à passer outre la volonté politique des élus d’autant que, comme en Martinique, elle trouve appui auprès du préfet, représentant de l’Etat.

Madame la ministre vous avez encore la possibilité de démontrer que vos convictions en matière d’écologie politique indiquent une stratégie qui est une et indivisible. Elle peut être la même pour tous. Il n’y a pas une politique à Paris et une politique à Fort-de-France ou à Pointe-à-Pitre en matière d’écologie.

En effet, la situation actuelle nous laisse comprendre que ce qui est valable pour vous à Paris ne l’est plus à Fort-de-France ou à Pointe-à-Pitre. En quelque sorte vos prises de positions bravant les oligarchies, les multinationales, vos collègues peuvent être comprises et justifiées en France, non en Martinique et en Guadeloupe.

Aujourd’hui avec les technologies qui sont à notre portée pour stocker l’énergie solaire et toute la loi sur la transition énergétique, vous pouvez arrêter la poursuite des travaux quant à l’implantation d’Albioma au Galion et interdire tout permis à Albioma à Marie-Galante.

Ne pas le faire c’est aller à l’encontre de votre loi.
Ne pas le faire c’est venir renforcer la catastrophe sanitaire générée déjà par le chlordécone.
Ne pas le faire c’est démontrer que la santé et le bien être des martiniquais n’ont pas autant de valeur que ceux des parisiens.

Nous vous demandons d’aller plus loin que le juge du tribunal administratif en exigeant le départ d’Albioma du territoire martiniquais et la remise en état du site qu’il continue rageusement de massacrer.

C’est autant d’emplois qui bénéficieront aux travailleurs martiniquais si vous prenez cette position.

Comment peut-on parler de transition énergétique ou écologique quand 80% de la biomasse, (bois), qui alimente cette unité de cogénération provient d’Amérique du Sud, du Brésil , et d’Amérique du Nord ?
Où est donc la cohérence écologique ou la transition énergétique, quand l’empreinte carbone sera en croissance continue ?

Que devient la lutte contre l’effet de serre ?

Et sur le plan social, qu’en est-il ? Veut-on renforcer l’action de ces profiteurs de la forêt qui exploitent de manière insupportable les travailleurs dans ces pays.

Aussi bien en Martinique qu’à Marie-Galante, le délogement des populations au profit de l’implantation d’Albioma ne peut être supportable ni écologiquement, ni psychologiquement, ni socialement.

Nous sommes solidaires des populations et des élus de Marie-galante qui veulent faire de leur île, une île durable, exemplaire en autonomie énergétique. Avec eux nous croyons que l’autonomie énergétique décarbonée est la solution pour nos deux pays et nous comptons sur la détermination qui vous caractérise pour nous accompagner dans cette démarche.

Entre 1992, sommet de la planète et 2017 COP22 à Marrakech en passant par la COP21 à Paris, vous êtes sans doute la Ministre française qui a le plus fréquenté les réunions et les assemblées internationales sur l’écologie et l’environnement.

Vous avez constaté comment ont évolué les prises de positions des Etats sur les différents enjeux majeurs

comme la biodiversité, le climat, la forêt, l’eau, l’énergie, etc.

Ce long parcours vous a permis de bénéficier d’une grande écoute en France et à l’étranger sur ces mêmes grands enjeux qui affectent sérieusement l’avenir de notre planète.

En France, vous n’hésitez pas à braver les lobbys financiers ; au sein même du gouvernement où vous siégez, vous osez fermement vous opposer avec courage à vos collègues pour infléchir leurs positions anti écologiques.

Madame la Ministre, vous avez été égale à vous même quand il a fallu défendre au parlement français la loi sur la transition énergétique qui a été votée. Vous avez même anticipé sur l’avenir en voulant faire de l’écologie politique le fondement d’une nouvelle vision du développement durable des nations. De la transition énergétique vous n’y voyez qu’une étape vers une gestion écologique de la planète.

Cependant, Madame la Ministre, lors de votre visite en Martinique et en Guadeloupe en mai et octobre 2016, vous avez raté une occasion de faire de ces deux régions des lieux d’expérimentations exemplaires de la production préférentielle d’énergie décarbonée.

Les populations et les élus attendaient de vous une proposition dans ce sens d’autant que leurs deux pays continuent de succomber sous les souffrances et les peurs engendrées par le chlordécone.

Le maintien du projet de centrale thermique biomasse Albioma est en totale contradiction avec cette ambition d’exemplarité énergétique et environnementale. Il est reconnu que toutes les particules issues de la combustion du charbon et même du bois sont dangereuses pour la santé. Elles le seront d’autant pour nos pays qui reçoivent de surcroît régulièrement les particules fines venant du Sahara. Ajoutons à cela qu’ils sont de plus en plus exposés aux nanoparticules issues des voitures qui empruntent les axes routiers.

Tout compte fait, madame la Ministre, faut-il vous renvoyer à cette phrase de Pascal qui, à propos de la façon dont les lois étaient appliquées à son époque, disait : « Vérité en-deçà, erreur au-delà ». On était en pleine période de l’esclavage et de début de la colonisation.

Récemment, vous vous êtes fait distinguer avec brio et détermination dans trois actions fortes : les autoroutes, l’aéroport de Notre Dame des Landes, les boues d’assainissement déversées sur le littoral marseillais.

En évoquant le principe de précaution, la défense de la biodiversité pour la protection des populations d’aujourd’hui et le bien-être des générations futures, vous avez su convaincre adversaires et partenaires.

Face aux vagues de pollutions urbaines que connaît la France depuis la fin de 2016, vous avez pris des mesures d’exception afin d’éviter des drames sanitaires sur les populations des villes menacées.

Aujourd’hui, Madame la Ministre, quand vous intervenez sur un projet qui impacte fortement la nature, la biodiversité et la santé des populations votre avis est à 90% considéré comme une décision.

Vous êtes venue en Martinique et en Guadeloupe et, comme l’ensemble de vos collègues, vous avez vanté cette chance pour la France d’avoir les richesses en biodiversité terrestres et maritimes des « outre-mer », sans lesquelles elle ne serait plus la France.

Il est mondialement reconnu que c’est à partir de ces ressources que l’on pourra extraire les aliments et les molécules dont nos organismes auront besoin pour résister aux dérèglements et agressions générés par des dizaines d’années de prédation morbide que l’homme a exercée sur la nature.

Les praticiens de la médecine conventionnelle mentionnent autant que les experts de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) que les fléaux actuels et avenirs ne pourront être traités qu’à partir de

molécules provenant de la biodiversité exceptionnelle marine et terrestre que possèdent les régions tropicales comme les nôtres. En matière de souveraineté énergétique menée en cohérence avec la lutte contre le réchauffement climatique, vous avez montré le chemin en prônant le remplacement d’urgence des énergies fossiles par les énergies renouvelables. Vous préconisez ardemment que là où les sources d’énergies décarbonées sont possibles il faut les utiliser tout de suite.

Cette ambition est partagée par les peuples de Martinique, de Marie-Galante et de Guadeloupe qui en appellent aujourd’hui à votre soutien pour mener à bien leur projet de transition énergétique sans le concours d’ Albioma ou de tout autre multinationale de ce type.

Je vous prie d’agréer, Madame la Ministre, l’assurance de mes respectueuses salutations.

Monsieur Garcin MALSA,

Président d’honneur de l’association écologiste ASSAUPAMAR, Maire Honoraire de Saint-Anne, Membre du secrétariat de la coordination de NOU PÈP LA, Président d’honneur du Centre Caribéen du Développement Durable et Solidaire (CD2S) 

Photo choisie par la rédaction / Le dôme de stockage sur le port ©Albioma