Tribune - Maurice Laouchez - Les causes, innombrables, des formes actuelles de violence doivent être soigneusement recherchées. Parfois, comme dans les problèmes d’étanchéité des toitures, elles sont loin du point où le sinistre se manifeste.

Deux systèmes, le marxisme et le colonialisme, portent leur part de responsabilité dans les actuelles difficultés.

Ils opèrent la pire des séquestrations: celle des esprits.

 Karl Marx très vivant dans de multiples cerveaux

En 1840, le « Tableau de l’état physique et moral des ouvriers employés dans les manufactures de coton, de laine et de soie », dit « Rapport Villermé », est publié.

Il décrit les conditions effroyables de travail et de vie auxquelles sont soumis, par centaines de milliers, les salariés des deux sexes. Des situations du même type pouvaient être décrites dans les champs, les mines, la métallurgie, le bâtiment, etc…

Les historiens ont retenu ce rapport comme l’un des principaux points de départ de ce qui allait devenir pour plus d’un siècle « LA QUESTION SOCIALE » dans le monde occidental.

En 1848, Marx et Engels publient le « Manifeste du Parti Communiste », brulôt révolutionnaire.

Avec le « Capital » de Marx , le Manifeste systématise la théorie de la lutte des classes, et appelle à la dictature du prolétariat. Le portrait de Marx trône longtemps dans de nombreux salons.

La première grande victoire se réclamant du marxisme se produit en 1917, en Russie, à l’occasion de la première guerre mondiale. C’est la « Révolution d’Octobre », conduite par Lénine, puis Staline.

A partir de cette date, sur une bonne partie de la planète, l’histoire s’écrit comme la compétition entre deux systèmes, le communisme et le capitalisme.

Lequel allait le mieux réussir là où il était implanté?

Lequel allait séduire les peuples des pays qui étaient entrain d’accéder aux responsabilités nationales?

La réponse suprême est donnée avec la chute du mur de Berlin en 1989.

De nombreux autres signaux étaient intervenus depuis longtemps: les procès de Moscou dès 1936, la répression du soulèvement de Budapest en 1956 ( qui allait notamment entrainer la démission d’Aimé Césaire du Parti Communiste), le discours de Kroutchev en 1960, la répression du printemps de Prague en 1968, la révolution culturelle en Chine communiste dans la décennie 1966/1976, etc… Mais la destruction du mur de Berlin, à mains nues, par les Berlinois eux-mêmes, marque, de manière symbolique et indiscutable, l’échec patent du marxisme comme base de construction d’une société.

Le bilan en vies humaines ne sera jamais établi avec certitude. Mais il se compte à coup sûr par dizaines de millions, même si on fait un compte à part pour le national-socialisme d’Adolf Hitler, ou pour les Khmers rouges communistes de Pol Pot au Cambodge.

Ne parlons pas des retards économiques accumulés, des inégalités aggravées, des libertés sacrifiées, des mensonges systématisés.

Les peuples, depuis les années 1930, ont voté avec leurs pieds. Ils ont quitté, par millions, les pays collectivisés, socialisés, communisés, pour rejoindre les pays capitalistes, les pays libéraux, malgré les multiples défauts de ces derniers.

Sur une longue durée, sans aucun retour en arrière , ils ont rendu leur verdict.

Contester cela n’est que refus de voir la réalité, ou refus d’admettre que l’on s’est trompé.

C’est d’ailleurs après cette chute du mur de Berlin que, dans le monde entier, on a libéralisé à tout crin, sans construire les limites que doit recevoir toute activité humaine. La crise financière des années 2007/2008 fut une conséquence directe de cette euphorie post « Chute du mur de Berlin » qui s’est traduite par un excès de déréglementation.

Il reste qu’aujourd’hui, au sein du Parti Socialiste français, Parti de gouvernement, comme au sein de plusieurs Partis politiques, y compris aux Antilles, nombreux sont ceux pour qui Marx, Staline, Trotski, Mao ou Castro restent les plus grands des prophétes. Avec, en accompagnement permanent, la détestation de l’entreprise capitaliste, du profit, du libéralisme, etc… Sans aucune alternative crédible, et trop souvent, en buvant gloutonnement la soupe dans laquelle on crache.

Mesure-t-on le temps perdu, les souffrances accumulées, à cause de la contestation permanente du seul système que l’histoire ait gardé, avec diverses variantes?

La lutte pour l’emploi étant impossible à gagner sans une franche coopération entre le secteur public (qui gère déjà 57% du Produit Intérier Brut), et le secteur privé, capitaliste ou mutualiste, le chômage est l’une des conséquences directes des convictions marxistes, ouvertes ou cachées, d’une large fraction des dirigeants français.

Ce chômage, devenu structurel vu son volume, constitue aujourd’hui la violence majeure de nos sociétés, et l’une des causes essentielles de la violence sanglante qui marquera de plus en plus notre époque, si l’on continue à traiter les problèmes du 21ème siécle avec des analyses vieilles de 150 ans.

Karl Marx séquestre encore une bonne partie des cerveaux, et donc des chances de progrès de la France et des Antilles.

 

Jules Ferry, colonisateur féroce…et éducateur ! 

Jules Ferry est partout honoré pour avoir institué en France ce véritable trésor qu’est l’école gratuite, obligatoire, et laïque.

Mais, peu de temps après la débâcle de Sedan, en 1870, il cherche, comme d’autres, à consoler les Français de leur défaite militaire face aux Prussiens, et de la perte de l’Alsace et de la Lorraine.

C’est alors la conquête coloniale en Asie comme en Afrique. C’est le  « droit  et le devoir  des  races supérieures  d’aller apporter la civilisation aux  races inférieures ». Clemenceau, notamment dans un discours célèbre de juillet 1885, démontre l’absurdité de cette démarche, face notamment à l’Hindouisme ou au Confucianisme.

La colonne infernale de Voulet et Chanoine à la fin du 19ème siècle, en Afrique, illustre quelques méthodes d’apport sanglant de civilisation.

Avant Clemenceau, Schoelcher, qui connaissait l’Egypte, avait compris que la civilisation gréco-romaine, en soi parfaitement respectable, avait été largement précédée, et avait largement puisé, dans les accomplissements des Pharaons noirs, 3000 ans avant le siècle de Périclès. Les mensonges grecs n’ont pas commencé avec l’Euro: Las Casas, en introduction de « Los Indios » les signalait déjà au …16ème siècle.

Et pourtant, dans les livres d’école français, pendant un siécle, les concepts d’infériorisation de toutes les  « races » non blanches, sont présents. Les gouvernements de droite et de gauche qui se sont succédés sous la Troisième République, y compris le Front Populaire de 1936, dont les Parlementaires ont voté majoritairement les pleins pouvoirs à Pétain en 1940, n’ont pas traité ce problème. Aujourd’hui encore, le mot « race », qui n’a exactement aucun sens, n’a pas été supprimé du Préambule de la Constitution.

Comment s’étonner dès lors que la France, comme tous les autres pays ex- esclavagistes, ait à déplorer tous les jours des milliers de comportements racistes, envers les Noirs ( y compris Antillais), envers les Arabes, envers le Juifs?

Comment s’étonner qu’un certain nombre de personnes finissent par réagir violemment, sauvagement, à des comportements qui les discriminent tous les jours, eux-mêmes ou leurs proches?

Comment s’étonner que les croyants musulmans s’estiment doublement humiliés quand, en plus des vexations quotidiennes, leur foi est ridiculisée dans des caricatures qui, au demeurant, ne servent en rien le mieux vivre ensemble?

Comment s’étonner que la France ait tant de mal à s’adapter à la mondialisation? Malgré les chiffres catastrophiques du commerce extérieur, certains se croient encore supérieurs  à leurs concurrents. Quand on entend des responsables nationaux prôner la spécialisation de la France dans des « activités à haute valeur ajoutée », n’est-ce pas croire encore que ni les Chinois, ni les Indiens, ni les Africains ne sont capables de se porter sur des créneaux exigeant une forte densité de matière grise?

Le déficit du commerce extérieur reste structurel (54 Mds d’ € en 2014), malgré toutes les aides publiques, et la méconnaissance des langues étrangères par les Français stupéfie les étrangers.

L’Allemagne, qui a dû payer le prix de sa réunifiaction, accuse de son côté un excédent dépassant les 200 MDSd’€.

Dès le dix-neuvième siécle, et plus encore au 20ème, plusieurs pays d’Europe ou d’Amérique, comme le Canada, ont marginalisé la guerilla marxiste permanente, au profit du dialogue, de la coopération et du mutualisme.

Ils y ont gagné, en termes de démocratie vraie et d’efficacité économique. C’est notamment le cas de la Suisse, de l’Allemagne, de l’Autriche, des Pays-Bas, et de certains pays tels que la Pologne, que j’ai personnellement aidé, après l’évacuation du communisme, à redécouvrir ses anciennes traditions coopératives des années 1860.

La France, l’Italie, la Grèce, l’Espagne ne sont pas encore parvenues au même degré de réalisme.

Gramsci y a fourni des relais fort habiles au marxisme.

Les puissances jadis coloniales ont toutes gardé, à des degrés divers, des stigmates idéologiques de la période coloniale, basée sur le racisme. Leur affranchissement psychologique n’est guère plus avancé que celui de certains descendants d’esclaves, mes frères.

Le cumul des deux handicaps ( marxisme+racisme) n’a pas fini de faire des ravages.

Quand le Premier Ministre Manuel Valls parle « d’apartheid territorial, social, ethnique », il soulève une partie du voile. Dans une université d’été du P.S., il a eu l’occasion de s’offusquer que ses camarades de Parti sifflent encore le mot « entreprise ».

Il lui reste à agir sur les causes profondes de ces deux maux, qui sont dans les esprits.

La mobilisation des programmes scolaires et des médias fait évidemment partie des leviers,de même que la révision de multiples représentations collectives couramment constatées et qui ancrent les préjugés.

De nombreuses lois, d’innombrables habitudes sont à changer.

Le combat , nécessairement multi-fronts et multi-acteurs, sera long.

Mais quand commencera-t-il vraiment avec l’ampleur que dictent tant la crise économique et morale française que la résurgence des violences?