Tribune - Max Dorléans | De la même manière qu’au début du capitalisme la charité a œuvré pour limiter l’insécurité de la condition salariale et des familles populaires, de nos jours avec Agnès Buzyn (la ministre de la santé), c’est une réponse de même nature (charité imposée) qui nous est donnée au sujet du financement de la perte d’autonomie des personnes âgées, c’est-à-dire de leur dépendance.

En effet, pour Buzyn, loin d’envisager un financement par l’Etat (une pensée surannée !) à hauteur de l’enjeu, c’est toujours la logique de la responsabilité individuelle qui est privilégiée. Ce sont donc aux individus, aux familles, aux salarié(e)s en l’occurrence ici, à assurer le financement de la dépendance. Une orientation fondée sur un prélèvement individuel sur salaire, et examinée dans deux directions. La première direction, qui a sa faveur – et que Macron a repris lors de son entretien du dimanche 15 avril sur BFM TV – n’est rien d’autre que de la « charité salariale imposée » dénommée solidarité. Il s’agit ici d’une seconde « journée de solidarité » (la première étant l’œuvre de Raffarin, et Chirac en 2003), c’est-à-dire une journée de travail gratuit, imposée aux salarié(e)s.  L’autre direction, tout juste signalée, consiste dans le recours aux assurances privées.

En réalité, dans les deux cas, ce sont aux salariés à qui sera demandé de payer, soit sous forme de travail non rémunéré, soit par le financement à leurs frais – et pour ceux/celles qui le pourront financièrement – d’une assurance « dépendance ».

A aucun moment tous les Macron, Buzyn et autres bavards aux ordres du patronat et des nantis, opposés à toute forme de solidarité collective – étatique ici en l’occurrence – n’entrevoient autre chose que de mettre à contribution, ceux/celles qui quotidiennement, voient leur pouvoir d’achat dégringoler à un rythme bien plus rapide que celui, en sens opposé, des profits du patronat, du grand patronat notamment.

Il suffit de penser que Macron et Buzyn, tout comme Hollande et Touraine, tout comme encore Sarkozy et Bachelot, n’ont eu les uns et les autres, comme réponse aux problèmes de la protection sociale créés par leurs propres politiques libérales, qu’un même refrain en trois volets. Faire payer toujours plus les salarié(e)s et les couches populaires, exonérer toujours plus les employeurs, et chercher à liquider les institutions protectrices des salarié(e)s. Rappelons-nous par ailleurs que la question de la création d’un 5ème risque pour la prise en charge des personnes handicapées et âgées dépendantes, évoquée par Sarkozy la veille de son élection, est vite passée aux oubliettes, et n’a depuis, jamais été au programme d’aucun des grands partis de droite comme de gauche, LREM de Macron compris. Et pour cause, leur préoccupation commune étant davantage de réduire le périmètre des risques sociaux couverts par la Sécu, plutôt que de l’élargir.

Au 1er janvier 2019, c’est la perpétuation de cette logique à laquelle on va assister, puisque le fameux CICE (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi) mis en place par Hollande – un cadeau de 30 milliards d’euros – aura vécu, puisque transformé en baisse et suppression définitive de cotisations sociales pour les employeurs.

S’agissant par ailleurs du financement des EHPAD, la ministre ne s’est intéressée qu’à la question de la nouvelle tarification, indiquant sa volonté de neutraliser pendant deux ans les effets de cette dernière, pour ne pas trop et dans l’immédiat, pénaliser les EHPAD publics. Une réponse à ce niveau évidemment insatisfaisante – jusque là la tarification prenait en compte une série d’éléments objectifs, qui les maintenaient a minima à flots – mais qui surtout passe sous silence la principale revendication des personnels et des usagers : des moyens humains et matériels pour une prise en charge digne et véritable des personnes âgées. Avec Macron comme avec ses prédécesseurs, ce sont toujours les mêmes qui paient, et les mêmes qui profitent. Cet état de choses, il faudra, pour les intérêts du plus grand nombre, lui faire un sort. Le plus tôt sera le mieux. Mais cela ne dépend que de nous.

Max Dorléans (Groupe Révolution Socialiste)

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