Par Christian Magloire

La lecture de votre tribune sur PP serait acceptable dans son ensemble si ce n’était qu’une phrase dérangeante sur le plan de la conscience politique m’a paru mal placée sinon indécente de votre part .

Il est fréquent de laisser passer des propos qui horripilent quand on les lit , mais quand c’est bien plus fort que soi et que ça vous reste en travers de la gorge comme une arête , il n’est pas de fait impertinent d’extérioriser sa désapprobation et sa colère.

Monsieur Delépine à une époque de votre vie politique ex-révolutionnaire du GRS chantant avec vos amis « C’est la lutte finale, groupons nous et demain etc…. » Reconverti quelques années plus tard en soldat d’un parti sans orientation politique constructive , vous auriez du vous abstenir totalement de pondre un tel propos proche de l’ineptie la plus totale. je cite : « il est vrai, 35 ans plus tard, de la farce du combat de 2009 contre la pwofitation. »

Vos racines et votre fondement politique inspirée du Marxisme-léninisme aurait du en tant qu’homme de culture , historien de surcroit vous faire réfléchir à deux fois avant d’écrire une aussi grotesque sottise.

En parlant de farce du combat de 2009 qui fut la plus grande protestation populaire contre l’administration française et les pratiques autorisées depuis 1974 où les ouvriers agricoles ont réclamés plus de pouvoir d’achat. On connait la suite tragique
occasionné par les gardes mobiles .

Volontairement ou non , vous vous alignez implicitement sur ceux qui pensent que les martiniquais auraient mieux à faire que cette grève qui semble avoir été qu’une grande mascarade. Vous savez monsieur que cette lutte contre la pwofitation de 1974 que l’on peut par analogie nommer comme telle a été arrêtée nette , non
pas parce qu’il y eut deux morts et l’ampleur politique que prenait cette manifestation que les autorités ont vite fait d’arrêter la progression , mais aussi par le fait qu’à l’époque Feu Frantz Agasta secrétaire général de la CSTM qui fit au lorrain un discours fleuve très subversif le jour de l’enterrement de Hilmany ou de Marie-Louise (la mémoire m’échappe bien que j’y étais présent) fut contacté par les autorités de l’époque qui lui firent l’injonction de mettre fin à ce qui aurait peut être été un énième épisode sanglant de l’histoire de la Martinique afin qu’il n’en portât pas la responsabilité. Et sur cet épisode vous en savez quelque chose.

Peut-on dire par là que ce combat des ouvriers auquel commençait à se rallier toute la classe ouvrière martiniquaise pour la dignité fut une farce ?

Y a-t-il eut plus de sollicitude envers les ouvriers agricoles sinon que le commencement de l’amélioration de leur situation dont le cours de l’évolution n’est jusqu’à maintenant en devenir ?

Tout comme Février 1974 , cette lutte contre la pwofitation que vous estimez être une farce est du même acabit que celle de 1974 , une lutte contre le pot de fer et le pot de terre avec le dénuement que vous connaissez . Cette grève de 2009 n’avait contre elle que déficience de conviction et de conscience politique populaire puisque ceux qui doivent alimenter et faire grandir cette conscience politique se sont désolidarisés du même peuple qu’ils implorent lors des scrutins populaires.

Il est vrai qu’en cette époque le mercantilisme- roi dissout les consciences les plus affûtées et que les parodies de charisme du maître à penser dont certains d’entre beaucoup ont auto-hérités font passer pour autorité salvatrice de la Martinique , faisant régresser le besoin et la force de cohésion qui s’élevait au fil des années d’avant le moratoire auquel vous vous êtes rallié et avez entériné de fait la décision par votre adhésion politique au PPM .

Dire que ce combat de 2009 est une farce est une atteinte à la dignité d’ hommes et de femmes martiniquais qui ne savaient comment mener positivement une lutte juste et sérieuse contre un système qui était la cause de l’affaiblissement soutenu et progressif de leur pouvoir d’achat.

La classe inféodée à ce système mercantile n’y voyant que leurs profits , cela se comprend , mais quant à vous faire leur supplétif et ne voir que les aspects négatifs induits automatiquement , il y a désordre.
A t-on jamais fait une d’omelette sans casser les œufs ?

Ce simple propos de vous est une injure aux martiniquais auquel vous adressez implicitement le conseil de ne pas renouveler ce combat contre ce qu’ils considèrent être une forme d’oppression, car la vie chère est pour un grand nombre en est une, contrairement à ce que vous pouvez penser ou croire.

Combien de batailles ont été gagnées dès le premier affrontement ? Doit-on penser que l’on aurait pas du agir contre l’aggravation agressive du coût de la vie déjà si élevée dans ce département où aucune règle de quelque sorte qu’elle soit en matière de prix n’est respectée ?

Combien de lutte ont mis du temps à être gagnée même quand une conscience politique forte décuple la pugnacité pour la victoire? Vous est –il venu à l’esprit que ce combat contre la vie chère aurait pu être réellement engagé et plus fructueux si la grande majorité des politiciens frileux et pusillanimes ne s’étaient pas tenus en dehors des aspirations d’une population demanderesse de bien être et si ils s’étaient totalement impliquée pour l’accompagner dans sa démarche . N’y aurait-il pas eu une issue plus fructueuse pour les martiniquais ?

Il semble monsieur Delépine que vous exécrez les idées et les principes que vous avez jadis dénoncé avec force et conviction .

Vous n’avez-vous le droit monsieur de parler de cette manière d’une lutte des martiniquais qui ne trouvèrent pas l’aval de politiciens comme vous cachés on ne sait où et qui insinuent actuellement toutes sortes de propos malveillant sans avoir fait bloc avec la population qui à ce moment cherchait une manière ou d’ améliorer ses moyens d’existence .
Le résultat escompté ne fut pas atteint, certes, l’action avortée par le manque de solidarité de ceux qui ont pour mandat de répondre aux besoins impérieux du peuple , à part quelques fugaces apparitions de quelques uns pas trop intrépides , la majorité d’entre eux resta invisible jusqu’à la fin de cet important épisode social .

Cette longue action ne fut pas vaine dans son ensemble qu’on l’admette ou non , elle permit une ébauche de prise en compte des considérations des martiniquais au regard de la vie chère.

Des actions quand bien même bénéfiques ont été prises dans ce sens et beaucoup plus encore aurait été fait si des détracteurs comme vous ne mettaient pas le doute dans la tête des martiniquais à propos de leur engagement solidaire pour une combat .
Comment dans ce cas espérer une cohésion du peuple sur la base de la solidarité .

L’actualité actuelle à propos de la loi Lurel sur la baisse des carburants, que l’on y croit ou non , est une résultante de la farce de 2009 dont vous faites si honteusement allusion. Cette loi est un des multiples points positifs qui découla de cette grève dont pourtant l’action a été limitée à cause de multiples détractions du même genre.

Ne pensez vous pas que la pression populaire constante et non décriée, mais appuyée par des politiciens permet plus de justice sociale , d’écoute et de réalisation concrète des demandes de la population et que les dénégations sur l’objet , la nature donnent raison à ceux qui font de la pwofitation leur bisness ?

Ne pensez vous pas que cette distance que met le politique entre ses mandants et lui ne fait qu’entériner l’idée que celui-ci ne se sert de la population seulement lorsqu’il a besoin de ses voix ?

Ne pensez vous pas que cela pourrait être interprété comme une trahison qui frustre et sape le moral des travailleurs , à qui aucune manifestation de solidarité n’a été faite par une classe politique qui se targue de vouloir arrêter la progression du chômage tout en ne s’opposant pas frontalement à un système qui détruit des milliers ?

Il est vrai, vous êtes passé de l’autre bord et n’avez plus le souci de la lutte finale qui de nos jours est devenue une la lutte pour la survie , une lutte contre un système dont les manipulations oblitèrent le sens critique des hommes qui furent jadis
révolutionnaires, actuellement devenus apparatchiks d’un système dont ils se repaissent.
Vous vous gaussiez dans vos jeunes années de faire partie de ceux qui luttaient uniquement pour le bien du peuple , des prolétaires disiez vous, vous luttiez pour le bien être du prolétariat. Prolétaires de toutes nations unissez vous était votre mot d’ordre et la victoire finale votre leitmotiv. Que les temps ont changés!

Certes l’homme évolue et change , mais celui dont les convictions sont profondément ancrées ne bascule pas d’un bord à l’autre en reniant radicalement les fondements qui ont structurés sa conscience politique , si tant est qu’elles fut réellement structurée.
Fustiger la lutte des travailleurs quelque soit le résultat final est un affront à ceux qui croient que ce n’est que la lutte qui paye . C’est une honte pour vous qui éleviez des consciences dans la foi de cette croyance . Honte à vous monsieur Delépine de discréditer un combat des martiniquais qu’ils espéraient gagner contre un système différemment et insidieusement plus oppressif de ce que vous connaissiez et
combattiez il y a quarante ans. Vous vous faites à ce jour implicitement ou volontairement le porte–parole de ceux qui encore et toujours mystifient la population
travailleuse.

Il est vrai qu’avec l’âge le risque de perte de mémoire ainsi que la cécité augmentent, mais la substantialité des convictions de l’homme quand bien même modifiées avec le temps ne se gomme pas radicalement parce qu’il a épousé de nouvelles idées. Il y a toujours un fond de conscience qui demeure.

Ou est-il chez vous?