A quelques jours des cérémonies du 22 mai, liées à l’abolition de l’esclavage, le conseil municipal de la ville du Prêcheur a décidé d’adopter la clause de transparence relative aux crimes contre l’humanité.

Cette mesure a pour but d’obliger les entreprises voulant obtenir des aides ou des marchés publics à ouvrir leurs archives et à révéler si, par le passé, elles ont bénéficié en quelque façon de crimes contre l’humanité, et notamment de l’esclavage. La mairie de Sainte-Anne avait déjà  voté le texte, sous l’égide de Garcin Malsa. Mais sa mise en œuvre semble avoir été abandonnée depuis le changement de majorité municipale dans cette commune.

S’exprimant sur cette décision, Marcellin Nadeau, le maire du Prêcheur, a déclaré : «  En matière d’esclavage, nous militons pour les réparations. Or la première des réparations, c’est la vérité. C’est pourquoi nous avons adopté cette clause de transparence, qui nous permettra d’avoir une meilleure connaissance de notre histoire. Par ailleurs, dans un contexte où l’on parle si fréquemment de moralisation de la vie publique, les citoyens ont le droit de savoir où va l’argent public. Les entreprises qui veulent recevoir des fonds publics (aides, marchés, etc.) ont-elles été par le passé complices de crimes contre l’humanité ? Et si oui, où, comment, dans quelles circonstances, dans quelle mesure, avec quelles conséquences et quels profits ? »

Engagé depuis plusieurs années pour que les villes concernées adoptent cette clause, Louis-Georges Tin, président du CRAN, a déclaré : « le conseil municipal du Prêcheur a pris une décision historique. J’invite par conséquent tous les autres maires de la Martinique, et pas seulement, à suivre l’exemple remarquable de Marcellin Nadeau. L’esclavage colonial fut un crime contre l’humanité. Sauf à vouloir protéger des intérêts coupables et obscurs, les élus du peuple se doivent d’adopter cette mesure, qui permettra de gagner une nouvelle bataille contre l’oubli. Avec l’adoption de cette clause, nous entrons clairement dans l’âge de la réparation.»

En 2013, déjà, Louis-Georges Tin, et Jean-Paul Makengo, le président de l’ECCAR (Coalition européenne des villes contre le racisme, initiative placée sous l’égide de l’Unesco), avaient lancé un appel aux villes d’Europe pour les inviter à adopter cette clause de transparence, qui existe déjà aux Etats-Unis, en Californie,dans l’Iowa, dans l’Illinois, à Chicago, à Los Angeles, à Cleveland, à Atlanta, àBaltimore, à Dallas, à Philadelphie, à Detroit, à New York, à Berkeley, àMilwaukee, à Oakland, à Philadelphie, etc.

Et depuis lors, plusieurs banques comme Bank of America (plus grande banque américaine en termes de dépôt et de capitalisation boursière), JP MorganChase (première entreprise mondiale selon Forbes), Wachovia Corporation (quatrième réseau bancaire aux Etats-Unis) ont dû reconnaître qu’elles avaient possédé des esclaves par le passé, et ont ensuite payé des réparations, par exemple sous forme de bourses d’études.

La mesure adoptée au Prêcheur entrera en vigueur à partir du 1er janvier 2018, ce qui permettra à l’administration, mais aussi aux entreprises concernées, de se préparer à cette mise en place.