Tribune – Aïsha Ghanty, représentante de l’association « avançons ensemble » | La traite des esclaves est le plus grand déplacement d’hommes de tous les temps. Pendant 400 ans… pendant 20 générations , des hommes, femmes et enfants vont être kidnappés en Afrique et emmenés vers les marchés d’esclaves aux Amériques et en Europe.

La traite des Noirs aura coûté à l’Afrique quelques 210 millions d’êtres humains ; ce chiffre inclut les noirs décédés lors de leur capture, lors de leur transport vers les côtes, et lors de la traversée de l’Océan, pendant laquelle, souvent, 50 % des embarqués mourraient dans les cales des navires. Cet ignoble commerce des esclaves a rapporté à ceux qui l’ont exercé, plus d’argent que jamais aucun autre commerce ne l’avait fait. on affirme qu’un esclave acheté pour 4 livres sur la côte africaine peut être vendu au Brésil pour 80 livres ». Ce commerce honteux rapporte donc très gros… jusqu’à un bénéfice de 2 000 %,!!!

Mais pire, la traite des esclaves noirs a alimenté des théories racistes, dont certaines sévissent encore aujourd’hui. Ainsi, pour justifier la poursuite de leur commerce face à un mouvement abolitionniste de plus en plus important, les esclavagistes vont recourir aux théories discriminatoires engendrant le racisme, allié de leur cause. Plusieurs ouvrages vont paraître qui analyseront la physionomie des Noirs en se basant sur une théorie que ses propagandistes ont osé appeler « scientifique » ; elle compare les squelettes et crânes des Noirs à ceux des singes, et concluent à l’infériorité des Noirs. L’inconscient ne connait pas le temps. Et le relais est donné, de génération en génération, sur ces ignominies .

Les blessures sont encore bien présentes, celles de l’humiliation, de l’impuissance, de la culpabilité également, de “se vendre pour un plat de lentilles dans la maison de l’homme blanc” . La théorie de “l’homme noir étalon “ ne serait qu’une réponse à 400 ans d’impuissance devant les viols que subissaient leurs mères, leurs femmes, leurs filles. L’agressivité des femmes, leurs manques de confiance ne viendraient-elles pas également de ce sentiment d’abandon que leurs aïeules ont vécues de n’être pas protégées par “leurs hommes”? Et ainsi, de générations en générations, les inconscients se sont donnés des clés qui ferment à la confiance en soi et en sa propre communauté. A cela, l’inconscient collectif alimente également la culpabilité d’être métisse, porteur de gênes des violeurs.

Comment sortir de là? Comment panser les blessures de l’esclavage? Pardonner comme tout bon chrétien? Combien de chrétiens savent que l’église catholique,a non seulement été complice, mais est,à l’origine de l’esclavagisme à grande échelle? La traite des noirs a commencé en 1441 quand le marin portugais Antam Goncalvez débarqua sur la côte ouest de l’Afrique et captura 10 noirs, les transporta , et les offrit à Henri le Navigateur, qui en fit cadeau au Pape Eugène IV. En retour le Pape donna au Prince Henri le titre de propriété de toutes les terres à découvrir à l’Est de Cape Blanco, un point situé sur la Côte Ouest à peu près 300 miles au-dessus du Sénégal ! Dès lors, une nouvelle ère commença dans l’histoire de l’humanité, l’ère de l’esclavagisme ! L’’église catholique a joué sur un triple registre négrier: – en co-produisant une idéologie de légitimation de la Traite et de l’Esclavage des Africains et de leurs descendants – en s’impliquant directement dans la partage des prédations négrières – enfin en étant bénéficiaire économique et confessionnel de la Traite négrière.

Le Pardon est possible , peut être, mais par des actes forts et des symboles forts de reconnaître tous ces faits. L’église catholique extrêmement fortunée, mais également tous les états européens et américains qui ont tiré profil de ce commerce ignoble, ont un devoir de réparation. Comme par exemple : De mieux répartir les égalités des chances, et de permettre à ces générations de jeunes chômeurs , sacrifiés, qui aujourd’hui traînent , sans emploi, sans projet de vie, désœuvrés. D’ouvrir des lieux de discussions, d’échange pour informer, dialoguer sur les blessures de l’esclavage, ignorées du grand public. D’autres pistes existent, merci de votre contribution pour aider nos populations à s’en sortir . Merci de vos contributions pour enrichir ces analyses, et trouver des pistes.

Aisha Ghanty , représentante d’Avançons Ensemble

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