Céline Perron, citoyenne engagée &  Membre du collectif « Pour que le Cosette soit le dernier » répond ici à l’article rédigé par Jean-Pierre Porry et publié dans le quotidien local « Cosette : Au fond… Il n’est pas mal ! »

A titre de propos préliminaires, rappelons qu’il n’a jamais été contesté que le Cosette ait été vidé de ses fluides (Huiles, carburant et déchets) par qui que ce soit.

Par contre, il est important de préciser qu’effectivement le Cosette a transporté des produits d’une telle toxicité que lors du dépôt des dits-futs, au port de Puerto-Cabello, (Venezuela), un enfant jouant sur le terrain ou ils avaient été déchargés a été retrouvé mort. A la suite de quoi plusieurs ports (Sardaigne, Grèce) lui ont refusé leur accès l’obligeant à errer en mer jusqu’ à ce que le port de Gennes ( et le Gouvernement Italien) , accepte de récupérer les déchets et de les traiter.

Personne, au sein des lanceurs d’alerte n’a eu la prétention de s’ériger en  Expert Maritime. Pour preuve, il avait été demandé à la Préfecture par le collectif citoyen « Pour que le Cosette soit le dernier » de mettre à la disposition du Public les rapports afin que ces derniers puissent être consultables par tous et notamment des experts dont l’indépendance ne pourraient être remise en cause. Au lieu de quoi, la préfecture a mis à disposition les dits-documents uniquement  en consultation sur place de 8h30 à 12H du Lundi au Vendredi… Si la préfecture avait souhaité que ces documents soient consultables par tous, il eut été enfantin de les produire via leur site internet.

De plus, la remise en cause de l’impartialité des personnes qui ont souhaité apporté leur contribution à cette cause est bien mal venue, lorsque l’on sait que ceux qui défendent l’immersion sont les représentants de  la société la SOMARA, société qui aurait effectué la dépollution sommaire ( que les représentants nomment eux-mêmes « Toilette de mer »), et qu’en outre ces mêmes représentants ont été sollicités par la préfecture pour mener le bateau jusqu’à son site d’immersion.

Quant à ceux qui ont fait travailler, il y a 3 ans, des personnes plusieurs semaines dans les cales non ventilées de ce navire, il reste à espérer que les employés aient été pourvus de vêtements et masques appropriés. Et si ces dernier semblent pour l’heure en bonne santé, il est a souligné qu’il faut attendre en moyenne entre 20 et 40 ans pour que se déclare un cancer du poumon  dû à l’amiante ( Cf :La ligue contre le cancer,  brochure « Les dangers de l’amiante ) .

Quant à la désignation par le terme « Ceux qui prennent des positions sans se renseigner », il s’agit de citoyens qui dans une démocratie, on le droit et même le devoir, devant l’immobilisme de leurs élus toujours si prompts à s’échauffer sur des sujets aux conséquences bien moins dramatiques, de réagir et de s’interroger quant aux actions qui ont été menées sur leur territoire.

Quant au fond du problème…

LA DECISION DE LA PREFECTURE

La décision du préfet aurait donc été conduite par le principe entre le mal et le pire ?

Le député Alfred Marie-Jeanne, lorsqu’il a soulevé ce point à l’Assemblée Nationale au cours des questions au gouvernement, le 18 novembre 2014, à eu comme réponse (un peu plus précise)  de la part du secrétaire d’Etat au Transport et devant Madame la Ministre de l’Ecologie que la  force majeure avait imposé l’immersion.

Rappelons rapidement  que c’est l’article 1148 du Code Civil qui précise les contours de la force majeure. La jurisprudence a eu  a de nombreuses reprises l’occasion d’approfondir les critères. Ils sont principalement au nombre de 3 : Il faut que le fait soit simultanément Extérieur, Irrésistible et … Imprévisible.

En effet, cela faisait 4 ans que ce bateau était présent dans le port et il ne semble imprévisible à personne qu’un bateau sans entretien durant un tel laps de temps aboutirait à  sa déliquescence.

Par conséquent, il ne s’agissait aucunement de force majeure dans ce cas précis mais bien d’une volonté délibérée du Gouvernement représenté par le Préfet dans notre département de se « débarrasser  avec une rapidité confondante d’un encombrant et onéreux problème » .

POURQUOI NE PAS AVOIR AGI EN AMONT ?

D’une part parce que, durant toute la procédure de déchéance de propriété menée par la Préfecture, ceux qui se sont indignés pensaient, que la Préfecture qui menait  alors des consultations auprès de sociétés locales et avait reçu plusieurs offres, s’affairait à répondre au mieux à la problématique, soit en le faisant démanteler sur place, soit  en le faisant complètement dépolluer avant immersion (amiante comprise).

D’autre part, parce très naïvement, ces mêmes citoyens pensaient que nos élus, chargés de représenter  le bien public seraient attentifs au sort qui serait réservé au Cosette.

Croyez bien, qu’une telle naïveté ne se reproduira plus.

ALORS QUELLE SOLUTION ?

Le navire était sous perfusion, certes, mais dans ce cas, pourquoi ne pas avoir attendu le fameux bateau semi-submersible mandaté par la préfecture pour conduire le bateau jusqu’à Bordeaux, lieu prévu pour son démantelage ? Ou était ce fameux navire tant attendu lorsque le Bateau Cosette a été immergé ? La préfecture a-t-elle engagé des frais ? A- t-il eu à faire demi-tour ? Devait-t-il seulement venir ? Cette solution a-t-elle été réellement envisagée puisqu’aucune compagnie d’assurance ne souhaitait prendre en charge cette responsabilité ?

Beaucoup de questions restent à ce jour sans réponse.

Il est toutefois important de souligner que si le navire a réussi à être remorqué jusqu’au Prêcheur, ou nécessairement, il a, à cette occasion, absorbé plus d’eau que s’il était resté statique,  il pouvait tout aussi bien attendre l’arrivée du fameux semi-submersible prévu moins d’une dizaine de jours plus tard.

POUR L’AMIANTE : NON, PAS ET ALORS !

Enfin,  Si personne au sein des lanceurs d’alerte ne se prétend expert maritime, il serait judicieux que les autres ne se prétendent pas plus Experts médicaux et environnementaux.

Il est important d’attirer l’attention de tous sur le fait qu’un principe existe en droit de l’Environnement et qui s’il a aujourd’hui été largement détourné, s’applique principalement à ce domaine. Il s’agit du Principe de précaution.

«  Une rapide recherche sur Internet permet de lire «  Les fibres d’amiante sont insolubles en milieu aquatique ». Que ceux qui font des recherches particulièrement poussées sur le sujet soient remerciés, toutefois, il n’y a pas si longtemps, d’autres, tout aussi expérimentés pouvaient nous affirmer que le Chlordécone était non seulement inoffensif pour le sol mais également pour l’homme. Je vous laisse juge de ces déclarations bien intentionnées.

Enfin quand est-il exactement des effets des explosifs utilisés pour immerger le navire  ainsi que les différents débris éparpillés dans l’eau ?

QUID DE LA FILIERE ?

A ceux qui précisent, enfin, que la filière est une « fort bonne idée » mais complètement irréalisable.

Nous avons le plaisir de vous apprendre que cette filière existe déjà belle et bien en Martinique et que plusieurs bateaux ont déjà été démantelés telle notamment l’épave située côté droit de Grand Anse.

Cette filière ne mérite donc pas d’être créée mais développée et soutenue. Car avec les 300 épaves qui jonchent nos côtes et parsèment nos eaux, il y aura de quoi faire.

CONCLUSION

Le Cosette a été immergé et il est certes trop tard pour ce navire mais restons vigilants pour que d’autres navires poubelles ne suivent pas le même sort.

A l’heure actuelle personne n’est en mesure d’affirmer que l’immersion de ce navire n’aura aucune conséquence sur notre santé dans le futur. Nous nous réveillerons peut-être dans 20 ans avec de nouveaux problèmes environnementaux et médicaux.
*Céline PERRON – Citoyenne engagée  &  Membre du collectif « Pour que le Cosette soit le dernier »