Tribune – Danielle Boriel - Serge Letchimy a présenté ce mardi 26 mai 2015, le compte administratif de la Région pour 2014. Didier Laguerre en a fait de même pour la mairie de Fort-de-France.

La Région affiche un petit excédent de 1,844 million d’ euro (M€). La mairie de Fort-de- France  et ses satellites, avec un déficit de  l’ordre de 380 M€, nous montre la voie que Serge Letchimy est en train de  tracer pour la Martinique !

Ce petit million huit est obtenu grâce à des pratiques de reports systématiques des remboursements d’emprunts  et autres paiements, qui masquent la réalité des résultats de la gestion financière de Serge Letchimy.

Les emprunts

De 2011 à 2014, la Région a souscrit des emprunts pour un montant total de : 250, 8 M€ en valeur nominale. En quatre ans, seulement  14, 5 M€  ont été remboursés si bien que  le capital restant dû  est de 236, 29 M€ à fin 2014.

IL faut noter que cet endettement a déjà généré 16, 9 M€ d’intérêts payés au profit des organismes financiers.

Dans le cas de remboursements par amortissements constants, cette anomalie s’explique par la pratique systématique du différé de remboursement des emprunts, qui permet de reporter sur les années à venir la charge de l’amortissement mais qui alourdit les charges d’intérêt.

Dans les comptes de 2014, il existe trois emprunts pour une valeur nominale de 78,2 M€ qui n’ont fait l’objet d’aucun amortissement. C’est donc  plus de 4,2 M€ d’amortissement, qui ne sont pas pris en compte pour la détermination du résultat de 2014, qui sans cela serait déficitaire et  qui sont  reportés sur 2015 !

Cette technique de remboursement permet théoriquement de disposer de trésorerie. Mais ses dépenses se révélant très importantes, la Région a de plus, recours à une ouverture de lignes de trésorerie (découvert bancaire) auprès de l’ AFD (Agence Française de Développement) qui ont été mobilisées quatre fois et qui ont généré des charges d’intérêt pour plus de  400 000 € en 2014.

L’inflation des dépenses et la gabegie commencent en général à impacter  les résultats au bout de quatre à cinq ans.

Evolution du Résultat et de la Capacité d’Autofinancement (CAF)

La Chambre Régionale des Comptes CRC) s’est intéressé  à l’évolution du Résultat et de la Capacité d’Autofinancement  (CAF) disponible de 2007 à 2012.

En 2010, la CAF disponible était de 92 M €, en 2011 elle a baissé jusqu’à 86 M € pour finir à 51 M € en 2012.

Commentaire de la CRC, (Voir son rapport du 24/12/2013, page 35 § 3) : « La CAF pour 2012 est de 51M€, tendanciellement en baisse, en raison de la diminution du résultat et de l’augmentation de l’amortissement du capital de la dette contractée en 2011, à partir de 2012. »

La baisse du résultat comptable s’est confirmée en 2013 :13,9 M€ contre de 31 M€ en 2012  soit une diminution de 55 %. Cette baisse s’est tendanciellement poursuivie en 2014 : 15 M € soit une diminution de 51 % par rapport à 2012.

La baisse du Résultat Comptable, même avec le maquillage des amortissements différés d’emprunts, des reports de paiement aux entreprises, aux Collectivités, aux associations… est  amplifiée au niveau du résultat global du Compte Administratif (CA).

Résultat Global du CA pour  2012 : 23,23  M€, pour 2013 : 11,47 M€ soit  une baisse de  50 % et en 2014 :1,8 M€ soit une baisse de  92 %.

 

La baisse du Résultat s’étant fortement accentuée sur les 2 dernières années, l’amortissement du capital régulièrement différé commençant à être comptabilisé, la CAF passe de 51 M€  en 2012 à 10,8 M€  en 2014.

Cette tendance va se poursuivre de manière encore plus significative en 2015.

 

L’endettement de la Collectivité Territoriale de Martinique (CTM)

La Région va transférer à la CTM, une capacité d’autofinancement pratiquement nulle ce qui limite d’ores et déjà ses possibilités financières en matière d’investissement. Ce d’autant que son niveau d’endettement sera égal à  celui de la Région, environ 400 M € (236 M€ fin 2014, plus 63 M€ inscrits au budget 2015, plus un PPP (Partenariat Public Privé)  d’environ 100 M€) plus ! 280 M€ du Conseil Général soit  au total près de 700 M€ de dettes.

Ce niveau d’endettement représente déjà plus de 63 % du budget de la CTM évalué à 1,100 Millard d’€!

Le ratio d’endettement par habitant, que la majorité régionale nous rabâche, n’a aucun sens ! L’endettement rapporté à la personne est identique dans le cas d’un étudiant  qui s’endette de 6000 € pour financer ses études et celui d’un médecin qui s’endette de 6000 € pour financer le renouvellement de la voiture de son épouse ! Ce qui est significatif c’est la capacité de remboursement.

Le niveau d’endettement actuel de 700 M€ doit être rapporté à la CAF actuelle de 10,8 M€ qui ne risque guère de s’améliorer.

La CTM sera assez rapidement dans la même situation que la Mairie de Fort-de-France, obligée de contracter de nouveaux emprunts, à des conditions onéreuses pour, non pas investir, mais rembourser des emprunts !

Serge Letchimy porte l’entière responsabilité de la gestion catastrophique de la Mairie de Fort-de-France et on n’ose imaginer les résultats si la Région ne lui apportait pas des aides substantielles dans tous les domaines. Le modèle du Président de région pour financer  l’économie, est en parfaite adéquation avec le modèle financier de la mondialisation capitaliste qui fait la part belle aux banques, aux grandes entreprises multinationales.

Serge Letchimy  a fait la démonstration de son savoir-faire en matière d’endettement, de déficit, de retard de paiement de ses fournisseurs, on peut parier sans risques, qu’il lui sera impossible de changer de cap et de méthode pour  gérer la CTM. Le recours massif à l’endettement se poursuivra, la dégradation de la Capacité d’Autofinancement continuera accompagnée de son manque structurel de trésorerie. C’est la Martinique toute entière qui, dans peu de temps, se trouvera dans une situation encore plus catastrophique que celle de la Mairie de Fort-de-France. Et, il n’y aura personne d’autre que les Martiniquais  pour aider la CTM!

Tous reconnaissent que les Martiniquais ont un niveau élevé de formation ; ils doivent aussi admettre qu’ils sont en capacité intellectuelle de comprendre que Serge Letchimy et son équipe ont commencé à nous entraîner à la catastrophe.

 

Danielle Boriel est trésorière du MIM