Par Sylvain Félix

A l’occasion de l’audition par la commission des affaires économique de l’assemblée nationale le 15 janvier dernier, on a pu assister à un échange vif entre le député de Mayotte Ibrahim Aboubacar et le président du groupe Total dans le cadre des décrets sur le prix du carburant. Le président du groupe pétrolier insistait sur le fait que l’entreprise ne gagnait pas beaucoup d’argent dans le cadre de ses activités dans le 5 ème département français d’outre-mer tandis que les parlementaires notaient qu’en pratique, le consommateur ultramarin ressent le coût de la vie chère sur place, ne manquant pas d’asphyxier surtout les consommateurs et les petits acteurs économiques. L’échange qui s’en est suivi entre les parlementaires et le président du groupe pétrolier est révélateur d’une réalité et des difficultés qui à l’évidence perdurent pour l’ensemble de l’outre-mer.

Des territoires éloignés de l’hexagone dont les populations aspirent à être traitées et vivre comme les autres concitoyens français. Aspiration tout à fait légitime au nom du principe d’égalité qui est l’un des piliers de notre modèle républicain. Des territoires où le chômage des jeunes de moins de 25 ans oscille entre 50 et 60 % selon les régions tandis que le niveau du chômage toutes tranches d’âge confondues, qui ses situe après de 3 fois la moyenne nationale, reste très élevé, à 36 % de la population active dans les départements d’outre-mer. Des territoires enfin où l’emploi public qui par le passé palliait le déficit d’emploi dans le secteur privé mais qui du fait de la réduction des dépenses publiques, ne peut plus compenser l’absence de création de postes. Ces ingrédients sont indiscutablement la source d’alimentation de la réalité du mal être social dans les régions d’outre-mer qui s’est aggravé depuis les événements de 2009. L’outre-mer souffre comme le reste du pays d’ailleurs, seul qu’à la différence, les difficultés économiques et sociales vécues à l’échelle d’aussi petits territoires (la superficie de Mayotte est de 376 km2) font l’effet de véritables bombes nucléaires.

Si nous pouvons entendre beaucoup d’arguments, il reste que les sujets nous semblent bien mal posés. Nous sommes convaincus que les grandes entreprises ne peuvent imaginer les régions d’outre-mer comme de simples investissements à réaliser car à ce jeu il est vrai que personne ne s’y retrouve. Oui, à la politique d’implantation des groupes français doit rentrer dans une logique plus stratégique plus que financière. Être présent à Mayotte ce n’est pas uniquement réaliser une opération sur ce petit territoire de 376 km2 et de 212 000 habitants, mais c’est peut-être surtout être présent dans une zone stratégique celle du canal du Mozambique et non loin de Madagascar et dans l’océan indien. En d’autres termes pour une entreprise française c’est d’être dans une zone stratégique tout en étant en France ; ceci a un prix ! Non, la politique de ces grands groupes français en outre-mer ne peut plus seulement se faire dans une logique purement financière. C’est pourquoi, il n’est pas inimaginable que cette implantation le soit dans le cadre des responsabilités sociales de entreprises. Entendons-nous bien, il ne s’agit pas de dire qu’il faut travailler à perte mais il s’agit de travailler avec ces régions dans le cadre d’une démarche plus spécifique.

Si nous voulons éviter de nouveaux événements comme ceux de 2009 et qui seront nécessairement plus violents, il est certain qu’il faut imaginer une réflexion plus globale et commune de l’ensemble des groupes qui sont implantés en outre-mer afin d’élaborer ensemble un projet stratégique. Prenons donc cet échange de janvier 2014 à l’assemblée nationale pour ouvrir le dialogue et bâtir intelligemment l’avenir des jeunes français d’outre-mer.

*Président de l’association « Jeunesse Fair Play »